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Me262
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Lockheed Martin SR-72 : les vitesses hypersoniques font leur come back… –

En octobre 1999, après plus de 30 années de bons et loyaux services et à l’issue d’un vol scientifique pour le compte de la NASA, les roues du dernier SR-71 « Blackbird » prenaient contact avec la piste. Avec l’extinction de ses deux énormes turbo-statoréacteurs Pratt & Whitney J-58 de 15 tonnes de poussée chacun, c’est une page de l’Histoire aéronautique qui se tournait…

Parmi les passionnés de cet appareil, aujourd’hui devenu mythique, deux camps se formèrent : d’un côté, les pragmatiques, ceux qui estimaient que l’ère de l’aviation militaire hypersonique venait de prendre fin au profit de celle de l’économie d’énergie, de la furtivité ou encore de l’aspect multi-rôle des appareils du futur ; et de l’autre, ceux qui attendaient de voir un appareil prendre la suite du Blackbird. Ceux-là, à grands coups de suppositions et de rumeurs, virent en un hypothétique projet d’appareil de reconnaissance hypersonique, baptisé « Aurora », la suite logique du SR-71. Seulement, à l’heure actuelle, on ne sait toujours pas si l’Aurora ou XR-7, qui, selon de nombreuses spéculations serait capable de voler à mach 12, est réel ou non. En effet, le Pentagone ni aucun constructeur n’ayant jamais communiqué sur cet avion, les attentes des fanas ont peu à peu laissé place aux fantasmes et aux élucubrations les plus folles : par exemple, l’avion aurait été conçu, testé et basé dans l’enceinte même de la fameuse « zone 51 » et sa technologie aurait même été d’origine extra-terrestre… Ah Hollywood, quand tu tiens !

Si on n’a aucune preuve de l’existence de l’Aurora (et que de ce fait, cet appareil n’a potentiellement peut-être jamais existé) depuis le 1er novembre 2013 en revanche, « Skunk Works », bureau d’études top secrètes, filiale de Lockheed Martin et principal acteur du développement du SR-71, a donné un sens aux espoirs que nourrissaient ceux qui, depuis maintenant 14 ans, scandaient que le Blackbird devait avoir un héritier.
Mais que ces aficionados ne s’emballent pas : l’appareil justement et simplement dénommé « SR-72 », n’en est qu’au stade de la genèse et, si un démonstrateur devrait effectuer son premier vol en 2018, selon Lockheed, le fils du SR-71 ne devrait pas être opérationnel avant 2030. Autre aspect, bien moins sexy, il s’agira d’un avion sans pilote, un drone en somme… encore un.

Tout comme l’ensemble de son architecture, sa propulsion sera révolutionnaire : un système de cycle combiné associera un turboréacteur classique lui permettant de décoller et d’atteindre Mach 2.5 ; vitesse à laquelle son moteur « statomixte » prendra le relai pour lui permettre d’atteindre des vitesses de l’ordre de plus ou moins Mach 6, soit 7 400 km/h. Ce deuxième moteur est également la conjugaison de deux technologies : celles d’un statoréacteur « classique » et d’un super-statoréacteur.
Darpa (pour Defense Advanced Research Projects Agency) et l’US Air Force, devraient être amenés à financer ce projet de propulsion qui n’est, pour l’heure, qu’au stade de la théorie. Cependant, de nombreuses étapes vers la pratique ont été d’ores et déjà franchies : ainsi, par exemple, le super-statoréacteur Pratt & Whitney « Rocketdyne » SJX61 a permis au démonstrateur technologique X-51, d’atteindre la vitesse phénoménale de Mach 7 (8 575 km/h), le 26 mai 2010.

Egalement, la fonction du SR-72, différera de celle de son aïeul : lancé en période de guerre Froide, le SR-71, avait pour but de mener des missions de renseignement et de surveillance au-dessus de l’ex-URSS – d’où sa dénomination « SR » pour « Strategic Reconnaissance ». Les missions du SR-72 devraient aller au-delà du simple espionnage : selon Lockheed Martin, en plus d’être capable de traverser un territoire ennemi très rapidement et très haut, l’appareil devrait à terme, être capable de tirer des missiles, eux-aussi, hypersoniques et ainsi, frapper des cibles stratégiques avec précision, situées loin derrière les frontières… A propos de ces missiles, de vastes rumeurs font état qu’ils seraient amenés à être propulsés par le super-statoréacteur « Rocketdyne », cité un peu plus haut et qui équipe actuellement le démonstrateur X-51.

Bref, quel beau projet que ce SR-72 ! Qui plus est, contrairement à beaucoup d’autres, il y a fort à parier que celui-ci ne se résumera qu’à la planche à dessins.
Cependant, le SR-72 est un appareil qui peut également générer quelques craintes. Car une question subsiste : le jour où un tel appareil entrera en service, qu’adviendra-t-il du reste de l’aéronautique militaire ? Ne faudra-t-il pas revoir toute l’articulation liée à la surveillance du ciel ? Lorsqu’un SR-71 volait à Mach 3, la fenêtre de tir pour l’abattre n’était que de quelques secondes. D’ailleurs, au début des années 70, des Mirage F1C avaient tenté d’intercepter un Blackbird volant à Mach 2.8, lors d’un exercice au-dessus du territoire français. Ils n’y étaient pas parvenus… Concernant le SR-72, cette fenêtre de tir serait d’autant plus réduite et pourrait être de l’ordre de quelques dixièmes de seconde !
Ainsi, cet appareil serait un véritable spectre, et à moins de lui opposer un intercepteur aux performances similaires, le « tuer » serait probablement impossible.

Bastien Otelli – AeroMorning – 07/11/2013