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EADS mise sur Singapour pour relancer son projet de tourisme spatial

Le groupe aéronautique a conclu un accord avec l’agence de développement économique de la ville-Etat, particulièrement intéressée par le tourisme spatial. Il cherche des industriels locaux pour construire un démonstrateur.

François Auque persiste et espère toujours signer. La crise de 2008 ayant balayé ses espoirs dans les pays du Golfe, c’est en Asie désormais que le PDG d’EADS Astrium cherche des partenaires prêts à financer son projet d’avion spatial. A Singapour notamment. La filiale du groupe aéronautique a conclu en janvier un accord avec l’agence de développement économique de la ville-Etat, très intéressée par le développement du tourisme en général, dans les étoiles en particulier. Prochaine étape : faire voler un démonstrateur à Singapour, explique Silvio Sandrone, le directeur des nouveaux programmes de fusées d’Astrium.

Evoqué depuis une dizaine d’années, le tourisme suborbital consiste à envoyer depuis n’importe quel aéroport des personnes jusqu’à 100 kilomètres d’altitude, à la limite entre la Terre et l’espace. Malgré le prix élevé d’un aller-retour, plusieurs centaines de milliers d’euros a priori, entre 200.000 et 300.000 happy few motivés et aux poches suffisamment pleines seraient prêts à s’offrir le grand frisson. Du coup, les initiatives foisonnent. En témoigne le colloque qui a récemment réuni à Arcachon des spécialistes du monde entier, du CNES par exemple.

Les projets les plus avancés sont ceux de Xcor et de Virgin Galactic. EADS Astrium a démarré ses premières études en 2005 pour vérifier l’existence d’un marché.

Aujourd’hui, son projet n’a pas beaucoup varié. Sur le plan économique, la société veut rester dans son rôle d’industriel qui fabrique des avions pour des opérateurs de tourisme qui en assureraient l’exploitation. Outre le chiffre d’affaires associé à la vente d’une dizaine d’exemplaires par an en rythme de croisière, il y a beaucoup à apprendre en croisant l’expérience de l’aéronautique et du spatial, estime Silvio Sandrone. « Les grandes idées sont souvent issues d’un métissage. »

Techniquement, les ingénieurs d’EADS Astrium misent toujours sur un avion doté de deux turboréacteurs et d’un moteur de fusée. A bord, 4 passagers et un pilote pour un vol de deux heures à deux heures et demie, selon l’endroit de décollage, pour quatre minutes dans l’espace.
Estimé à sept années, le temps de développement renvoie toute mise en service commerciale à la fin de la décennie, au mieux. A condition de trouver le milliard d’euros au minimum nécessaire pour cela. Tout comme Airbus doit enrôler des compagnies aériennes de lancement avant de fabriquer un nouvel avion de ligne, EADS ne fera rien sans l’appui d’investisseurs externes.

Pour donner à son projet le maximum de chances de décoller, sa filiale spatiale tente donc de rallier des partenaires à Singapour pour construire son démonstrateur. Premier vol d’ici à deux ans, si tout va bien.

Source : Alain Ruello, Les Echos, juin 2011