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Me262
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« The Eagle has landed »

Douze ans seulement après le lancement du premier Spoutnik soviétique, les Américains sont allés sur la Lune. Et c’est Neil Artmstrong qui a symbolisé cette réussite technique hors du commun, exploit d’une ampleur sans précédent, en devenant le premier homme à fouler le sol lunaire. C’était le 20 juillet 1969 et, pour autant d’être né à la «bonne» époque, chacun se souvient de cet événement planétaire.

Les images vues à la télévision étaient de qualité médiocre mais nos imaginations les ont complétées. Nous avons entendu la voie sereine de Neil Armstrong, impassible commandant d’Apollo 11, annoncer «the Eagle has landed», suscitant l’indescriptible euphorie des équipes de la NASA, du peuple américain tout entier et de nous tous emportés par des perspectives insoupçonnées précédemment. Puis, précautionneusement, Armstrong a descendu l’échelle du LEM, le module lunaire, a foulé le sol et y a laissé l’empreinte bien marquée de sa botte. A cet instant, nous étions tous astronautes et nous avons compris que la vie ne serait plus jamais comme avant.

Armstrong, non sans mal, a porté une célébrité qu’il n’avait visiblement pas pu venir. Il a assumé ce rôle difficile avec courage mais sans doute sans plaisir. Pilote accompli (il avait été breveté alors qu’il n’avait pas encore son permis de conduire), dans l’U.S. Navy de 1949 à 1952 (78 missions de guerre en Corée), il avait rejoint le National Advisory Committee for Aeronautics, ancêtre de la NASA, et avait ensuite été choisi pour faire partie d’un petit groupe de futurs astronautes promis à la célébrité.

Ce fut une période d’une intensité intellectuelle exceptionnelle, doublée des rebondissements de la Guerre Froide et de la «course à la Lune», la mise en oeuvre de moyens jamais réunis précédemment, voulus par le Président John Kennedy, coordonnés par le charismatique Wernher von Braun, sans arrières-pensées parce que, dans ces cas-là, la mémoire humaine est sélective. Et les Etats-Unis ont gagné, sur toute la ligne.
Quand il est apparu que la mission Apollo 11 serait celle du premier atterrissage lunaire, et que son équipage a été constitué, la NASA a anticipé les retombées médiatiques, politiques, du succès espéré. Et, d’entrée, il a été entendu que Neil Armstrong serait le premier à fouler la poussière lunaire. «That’s a small step for [a] man, one giant leap for mankind» dit-il, la plus célèbre des declarations, apparemment improvisée. Ce fut Armstrong, et non pas son second, Buzz Aldrin, psychologiquement moins solide, semble-t-il. De toute manière, le troisième astronaute, Michael Collins, resté sur orbite lunaire, l’a confirmé plus tard : Armstrong était tout simplement le meilleur.
La suite est plus complexe. Armstrong a éprouvé de sérieuses difficultés à assumer sa gloire mondiale. Et sans doute les dirigeants de la NASA lui auraient-ils préféré un personnage plus médiatique, plus flamboyant, et non pas un homme quasiment taciturne (c’est un de ses proches qui a choisi ce qualificatif) qui estimait avoir fait son travail, ni plus, ni moins.

Honoré plus que tout autre, ne jouant pas les prolongations au sein de la NASA, Armstrong a ensuite choisi l’enseignement universitaire puis l’industrie, mais bien loin des premiers rôles. Pour un peu, on l’aurait perdu de vue : peu d’apparitions publiques, pas d’interviews, encore moins de mémoires. La réalité est qu’Armstrong a gardé la tête froide, contrairement à certains de ses collègues, mais qu’il a préféré la discrétion. Avec de rares exceptions, quand il a estimé en âme et conscience que les Etats-Unis ne consacraient plus suffisamment de moyens à la suite de la conquête spatiale.

Envolé vers les étoiles à 82 ans, après avoir marqué son temps, le plus célèbres des astronautes vient de tourner la page. Son ultime petit pas.

Pierre Sparaco – AeroMorning – aout 2012