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Me262
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Malaysia MH370 : un rapport préliminaire « un peu » vide…

On tombe rarement des nues à la lecture d’un rapport préliminaire d’accident… surtout quand les boîtes noires n’ont pas été retrouvées.
Mais celui qui a été publié vendredi 2 mai 2014, relatif à la disparition du Boeing 777-200ER, vol MH370 de la compagnie Malaysian Airlines, est désespérément vide :

Est-ce capital de découvrir que les contrôleurs aériens aient mis 17 minutes pour se rendre compte de la disparition de l’appareil, ou, que la compagnie ait déclenché les opérations de recherche au bout de 4 heures (et ce, même si ce dernier point est «particulièrement important» pour la presse anglo-saxonne : «révélateur des lacunes de Malaysian Airlines» et a contribué à «davantage perdre de vue» l’appareil) ? Est-ce une politique de transparence d’apprendre que les militaires ont attendu 8 heures avant de signaler aux autorités Malaisiennes qu’ils avaient aperçu le Boeing faire demi-tour sur leurs écrans radars ? Est-ce un indice capital que de connaître le siège qu’occupait chaque passager ? Cette «carte de trajectoires probables» est-elle digne d’un rapport d’enquête ? Et que penser de la publication des enregistrements audio des discussions entre le contrôle et l’équipage ? Formidable ! On n’y apprend rien…

Qu’il soit définitif ou préliminaire, un rapport d’enquête est généralement froid et factuel. Il se contente d’apporter des précisions et d’informer. Celui-ci n’informe pas. Tout du moins, il se contente de rappeler ce qu’on nous rabâche depuis le 8 mars. Il y a bien un détail qui pourrait mériter une attention : le manifeste des marchandises. On y lit la confirmation officielle d’une cargaison de batteries au lithium-ion, dans les soutes du Boeing. Deux cents colis de batteries, précisément.
Toutefois, et contrairement à une NOTOC (Notification TO Captain/Special load notification) ce manifeste cargo ne donne pas de détails quant à la nature du chargement. Qui plus est, un manifeste cargo est généralement rangé dans une sacoche en soute, et donc, inaccessible à l’équipage. A l’inverse, une NOTOC est un document opérationnel, qui, entre autres, donne le numéro IATA du colis, tous ses détails, et surtout, les risques potentiels qu’il pourrait représenter. Or, dans le rapport préliminaire du 2 mai, il n’y a rien de tout cela. A peine un aveu du bout des lèvres : oui, il y avait bien des batteries au lithium ionique.
Mais ce ne sont pas «quelques batteries». C’est même bien plus que ce qu’avait annoncé la compagnie. Ces 200 colis, en provenance de la région de Penang, représentent la bagatelle de 2,5 tonnes de lithium-ion, chargées dans les soutes du MH370 ! Pourquoi ce mutisme ? Ces batteries étaient-elles hors réglementation ? Tant qu’on n’aura pas accès à la NOTOC ou à un document équivalent, personne ne saura répondre à cette question.
Rappelons toutefois que la technologie au lithium-ion est instable (supporte mal les écarts de température, tendance à la surchauffe, etc.). C’est même de notoriété publique depuis les incidents à répétition qui ont frappé plusieurs Boeing 787 Dreamliner, heureusement sans faire de victime. Rappelons également qu’une des hypothèses les plus discutées dans le milieu aéronautique, serait un incendie sournois qui aurait pu se déclencher dans les soutes du MH370, entraîner une lente et insidieuse asphyxie des passagers et membres d’équipage et endommager des circuits électriques/composants électroniques du Boeing. Certains experts affirment et d’autres réfutent cette théorie, car un incendie de ce type n’expliquerait pas tout, notamment les nombreux changements de cap et variations d’altitude. Retour à la case départ…

Enfin, et histoire de faire bonne figure (ou de se donner un peu de valeur), le rapport préliminaire conclut sur une recommandation de OACI : monter un projet qui permettrait, à terme, d’obtenir un suivi en temps réel des mouvements d’avions de ligne. A la bonne heure ! Il est en effet urgent de combler ces lacunes, surtout à une époque où médias et moyens de communications sont très développés dans d’autres secteurs. Également, il est désolant de constater qu’il ait fallu qu’un tel drame survienne pour que ces carences technologiques soient mises en lumière.
En bref, voici un rapport préliminaire plus politique que concret, dont le « contenu » n’ira certainement pas consoler les familles des disparus, pas plus qu’il n’apaisera leur colère…

Incendie, détournement qui finit mal ou suicide meurtrier, si Socrate avait été encore en vie, il aurait probablement détourné une de ses plus célèbres pensées : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien», et, concernant la disparition du vol MH370, si il y a bien une chose dont on peut être certain avec toutes les hypothèses émises, c’est qu’il n’y a aucune logique, nulle part.

Bastien Otelli – AeroMorning – mai 2014