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M-346 : le LIFT à l’italienne

Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI (article paru dans DSI-Technologies, n°15, janvier-février 2009)

Lorsqu’il a effectué son vol inaugural le 15 juillet 2004, le M-346 pouvait être considéré comme un ressuscité : initialement développé dans le cadre d’un partenariat avec la firme russe Yakovleff conclu en 1993 (et débouchant sur un premier vol du Yak/AEM-130 en 1996), l’appareil avait fait les frais des stratégies de plus en plus discordantes des firmes l’ayant développé. Poursuivant ses travaux, Alenia Aermacchi, déjà à l’origine de plusieurs types d’appareils d’entraînement (1) entendait développer un appareil répondant au concept LIFT (Lead-In Fighter Trainer). Au-delà de l’entraînement avancé des pilotes, les appareils doivent alors participer pleinement à leur formation opérationnelle au travers des manœuvres contraignantes propres à la supériorité aérienne ou à l’attaque telles qu’elles sont menées avec des appareils de dernière génération. Il s’agit donc de développer un véritable « mini-chasseur ». Pour ce fait, la firme italienne a mis l’accent sur un design autorisant des manœuvres à de hauts angles d’attaque (jusque 40°), utilisant la génération de vortex tout en étant équipé d’un système fly-by-wire à multiple redondance. Dans le même temps, Alenia s’est focalisé sur l’obtention de vitesses transoniques plus que supersoniques, tout en dotant l’appareil de deux réacteurs Honeywell F-124-GA-200 de 27,8 kN de poussée unitaire (dépourvus de post-combustion), maximisant ainsi la sécurité.

Pour autant, l’impératif de réalisme de l’entraînement impose de développer une poussée, une vitesse ascensionnelle et une forte aptitude à la manœuvrabilité. Ces caractéristiques étant acquises, le M-346 est également promu comme appareil d’attaque léger. Pour ce faire, il peut accueillir 9 points d’emport (2 rails à l’extrémité des ailes, 6 points sous les ailes, un point ventral pour un pod ou un réservoir auxiliaire) pour une combinaison de bombes classiques, de pods de roquettes, des AGM-65 Maverick ou encore l’antinavires Marte Mk2. Ses deux rails de bout d’ailes lui permettent de lancer des missiles air-air de courte portée. Son avionique est relativement conséquente. En plus d’un glass cockpit comprenant un HUD (Head Up Display) et d’un système HOTAS (Hands On Throttle And Stick), il peut recevoir en point ventral un pod de désignation de cible, un pod de reconnaissance VICON-601 ou encore un pod CME Elettronica ELT-55. Le ciblage des armes est facilité par l’intégration d’un viseur de casque, qui dispose également de fonctions de simulation de menaces. Le cœur du système avionique est le bus MIL-STD-1553B et permet d’intégrer de nouveaux équipements. L’appareil est également doté d’un transpondeur IFF et de systèmes de communication VHF et UHF. Le système de navigation s’articule sur une centrale inertielle gyro-laser, un récepteur GPS, un TACAN et un système VOR.

Comparativement au prototype, les appareils de série ne devraient pas comporter de modifications substantielles. Le train d’atterrissage a toutefois été renforcé et un grand aérofrein a été positionné à l’arrière du cockpit. Les appareils de série devraient également, afin de compenser l’alourdissement découlant de ces modifications, comporter plus de pièces en matériaux composites et en titane. In fine, l’appareil sera même plus léger de près de 800 kg. Pour l’heure, seuls 14 appareils ont été commandés par l’Aeronautica Militare italienne. Par contre, Alenia a développé une politique de partenariats très agressive, notamment avec la Grèce (HAI, janvier 2006, après que le ministère grec de la défense soit lui-même devenu partenaire en janvier 2005), le Chili (Enaer, mars 2008) et les Etats-Unis (Boeing, mai 2008).

Encadré : le M-346
Dimensions : longueur : 11,49 m ; envergure : 9,72 m ; hauteur : 4,76 m ; surface ailaire : 22,52 m².
Masses : à vide : 4,61 t ; au décollage (configuration lisse) : 6,7 t ; MTOW : 9,5 t.
Motorisation : 2 x F-124GA-200 (sans postcombustion) d’une puissance unitaire maximale de 2,85 t ; carburant interne : 2 t.
Performances (configuration lisse) : vitesse maximale au niveau de la mer : 590 nœuds ; vitesse limite : M 1,2 ; vitesse de décrochage à l’atterrissage (20 % de carburant) : 90 nœuds ; vitesse ascensionnelle : 21 000 pieds/min. ; plafond : 45 000 pieds ; distance franchissable (3 réservoirs auxiliaires) : 1 540 nautiques ; facteurs de charge : +8G/-3G ; taux de virage maximal à 15 000 pieds : 14°/sec ; course de décollage : 320 m ; course d’atterrissage : 470 m.

(1) Comme les appareils d’entraînement de base SF-260 (après le rachat de Marchetti) et M-311 et les appareils d’entraînement avancés S-211, MB-326 et MB-339.

DSI

 
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Voilà un avion qui irait très bien dans le paysage tourangeaux et cazausois pour remplacer les antiques Alphajet. La marche doit être haute entre l’A-jet et le Rafale maintenant.

 
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Bonjour Hip3rion

Une partie des ALPHA JET vont avoir leur cockpit modernisé afin qu’il y ai le moins de différences possible entre celui-ci et le RAFALE.

 
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Salut,

Ah oui, j’étais pas au courant. C’est même déjà en cours de modernisation apparement.
http://www.defense.gouv.fr/dga/actualite-dga/2008/renovation-des-avions-d-ecole-alphajet-de-l-armee-de-l-air

Bonne nouvelle, il y aura quand même des M346 à Cazaux !!!
… pour Singapour 😆
http://www.aerobuzz.fr/spip.php?article2546

J’en connais qui vont baver.

 
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Israël signe pour 30 M-346

Le 19/07/2012 à 15:24 | Par Guillaume Steuer

C’est Alenia Aermacchi qui l’annonce aujourd’hui : l’avionneur italien et le gouvernement israélien viennent de signer un contrat d’une valeur globale d’un milliard de dollars pour l’achat de 30 biréacteurs d’entraînement M-346 Master, qui serviront à remplacer les A-4 Skyhawk vieillissants de la force aérienne de Tel-Aviv dans la mission de formation des jeunes pilotes de chasse.

Les premiers M-346 aux couleurs israéliennes devraient être livrés à partir de la mi-2014, selon Alenia Aermacchi. L’industriel souligne qu’au titre de ce contrat, 600 millions de dollars devraient directement lui revenir.

Tel-Aviv a préféré le petit jet italien au monoréacteur T-50 « Golden Eagle », qui était proposé par l’avionneur coréen KAI en association avec Lockheed Martin. Un choix qui avait été annoncé dès février dernier par le gouvernement israélien.

Israël devient ainsi le deuxième client export à s’être engagé pour l’achat ferme du M-346 après Singapour, qui avait signé en octobre 2010 un contrat de 543 millions de dollars pour douze appareils, dont le premier exemplaire a fait son vol inaugural en Italie en début de mois.

Quatre avions devraient être livrés à l’Ile-Etat avant la fin de cette année; ils seront stationnés sur la base aérienne de Cazaux. Une base qui, à l’horizon 2020, pourrait peut-être accueillir des M-346 aux couleurs françaises afin de remplacer des Alphajet vieillissants… Une hypothèse certes lointaine mais loin d’être farfelue, puisque Cassidian a récemment signé un accord avec Alenia Aermacchi pour la commercialisation de l’appareil sur le marché français.

Pour en savoir plus sur l’avenir de la formation des pilotes de chasse français, ne ratez pas notre dossier spécial dans le prochain numéro d’Air&Cosmos, en kiosques dès demain.

Source

 
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Le M-346 témoigne d’une volonté de renouveau.

La décision d’Israël de confier l’entraînement avancé de ses pilotes militaires au M-346 d’Alenia Aermacchi constitue une victoire importante pour le constructeur italien en même temps que l’ensemble du groupe Finmeccanica. Lequel est apparemment sorti de sérieuses difficultés de gouvernance et cherche un souffle nouveau et les moyens d’une croissance redynamisée. Avec un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros et un effectif de 70.000 personnes, Finmeccanica constitue une valeur sûre de l’industrie aérospatiale européenne, caractérisée par une stratégie qui ne manque pas d’originalité.

C’est précisément une notion que l’on retrouve dans le cadre du programme M-346, appareil russo-italien véritablement inclassable. On pourrait en effet le croire purement italien, issu de la lignée des MB-326 et MB-339 d’Aermacchi alors qu’il a été conçu en Russie par Yakovlev. Né Yak-130 (premier vol en 1996), devenu M-346 dans le cadre d’un accord technico-commercial avec Alenia, repreneur de Macchi, cet avion a vécu un curieux dédoublement de nationalité. Il poursuit en effet deux carrières parallèles, discrètes mais solides, sur un marché potentiel prometteur, celui le remplacement d’avions d’entraînement vieillissants, notamment l’Alpha Jet de Dassault, curieusement laissé sans successeur français ou franco-allemand.

Côté russe, le Yak-130 a connu un démarrage lent et compliqué. Son lancement remonte en effet à 1991, il a été préféré par Moscou à son concurrent MiG-AT (que soutenait Snecma) et a volé en 1996. Cinquante-cinq exemplaires ont été commandés par les Forces russes, lesquelles, à terme, pourraient en acheter environ 250 de plus. De premiers succès ont été obtenus à l’exportation, à commencer par l’Algérie et deux pays plus difficiles, si l’on ose dire, la Syrie et la Libye. Yakovlev, entre-temps, est passé dans le giron d’Irkut, que préside avec poigne Alexey Fedorov, l’un des hommes forts de l’industrie aéronautique russe réorganisée.

Côté italien, le M-346, quelque peu occidentalisé, bénéficie d’efforts de promotion persévérants. Une petite commande nationale passée par l’Aeronautica Militare a permis de lancer la série, Singapour a suivi. Israël apparaît d’ores et déjà comme un client de référence, qui recevra à la mi-2014 les premier des trente avions commandés il y a quelques jours.
L’état-major d’Alenia Aermacchi y voit un sérieux encouragement, au moment où Finmeccanica cherche à se relancer. En témoignent les compagnes commerciales dont bénéficient le M-346 ou encore l’avion de transport C-27J. Alessandro Pansa, directeur général de Finmeccanica, multiplie les déclarations visant à remotiver ses troupes dans un contexte apaisé. Et il ne parle pas uniquement d’une gamme de produits qui recèle de solides potentiels, du retour cette année à l’équilibre financier mais aussi d’une manière de faire plus rigoureuse que dans un passé récent. Il utilise une image que ne renieraient sans doute pas les patrons de Peugeot : «nous devons devenir plus allemands»…

Avant le retour à une gouvernance plus orthodoxe, Finmeccanica avait déjà commencé à déployer des efforts considérables pour se construire une image de marque dynamique. En témoigne le rouge vif «Ferrari» attirant l’attention sur ses chalets généreusement dimensionnés plantés au cœur des grands salons internationaux de l’aéronautique. Dans le même esprit, les démonstrateurs M-346 (notre illustration) arborent des couleurs vives dignes de la Formule 1. Tout un symbole.

Pierre Sparaco – AeroMorning – juillet 2012

AeroMorning

 
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Reprise des vols pour le M-346 d’Alenia Aermacchi

Le 23/08/2013 à 11:15 | Par Guillaume Steuer

Après plus de trois mois d’interruption de vol, la flotte mondiale d’avions d’entraînement M-346 a pu reprendre son activité, annonce aujourd’hui le constructeur italien Alenia Aermacchi (groupe Finmeccanica).

La flotte de « Master » avait été clouée au sol le 11 mai 2013 suite à l’accident de l’appareil de présérie CN 003, qui avait été complètement détruit. Le pilote avait été blessé dans l’éjection.

La clôture d’une enquête technique a permis à l’avionneur « d’identifier avec succès les causes de cet accident », selon un communiqué de presse publié ce matin. Interrogé, l’industriel n’a pas souhaité divulguer les conclusions de cette enquête. Aermacchi précise toutefois que des modifications sur l’appareil ont été requises, et que celles-ci ont été approuvées par l’autorité italienne compétente, la Direzione Armamenti Aeronautici (DAA).

Le 18 novembre 2011, l’un des prototypes du M-346 avait également été perdu sur accident peu après son décollage de l’aéroport de Dubaï. Les deux membres d’équipage avaient pu s’éjecter.

Invoquant des raisons de confidentialité, Alenia Aermacchi ne souhaite pas communiquer le nombre d’appareils livrés à ce jour. Seuls deux clients ont pris réception de l’appareil : l’Italie, qui a passé une commande ferme pour six exemplaires et entend en acquérir 15 au total ; et Singapour, qui a acheté 12 M-346. La plupart de ces derniers auraient déjà été livrés sur la base de Cazaux, en France, où l’île-Etat assure depuis plus de dix ans la formation avancée de ses pilotes de chasse.

Troisième client en date du M-346 « Master », Israël s’est engagé sur l’achat de 30 machines dont les livraisons n’ont pas encore débuté.

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