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ah voilà je vous mets l’interview que j’ai eu, pour ceux qui s’intéressent au métier ingénieur d’essai bien sûre 😀 )

1)Quel était votre parcours avant « d’arriver » au métier ingénieur d’essai? Êtes-vous en train de vous former pour une évolution du métier (« formation continue ») ?

J’ai passé un Bac S option physique-chimie sans trop savoir ce que je voulais faire après, donc sans grande motivation.
Après j’ai fait un an raté en Deug Science et je me suis vite réorienté vers des études plus courtes pensant ne pas être assez doué pour les études.
J’ai donc postulé un peu au hasard en IUT et en BTS industriels. Je n’avait pas la moindre idée du contenu des études car je n’avais pas suivi d’options industrielles au lycée.
J’ai choisi l’IUT Génie Mécanique et Productique de Bordeaux. L’aspect concret de ces études m’a finalement beaucoup plu et, ayant enfin trouvé une motivation en particulier pour l’aéronautique, j’ai passé les concours d’écoles d’ingénieurs accessibles après IUT : ENSAM, INSA, etc… dans le but de devenir ingénieur aéronautique.
J’ai choisi l’ENSAM. Pendant ces trois ans très intéressants, j’ai orienté toutes mes options et mes stages vers l’aéronautique, ce qui m’a permis de faire mon stage d’ingénieur de huit mois chez Dassault Aviation Mérignac au bureau d’études Falcon.
J’aurais aimé être embauché chez Dassault à l’issue mais il n’y avait alors pas d’ouverture de poste prévu… Néanmoins, deux semaines après ma sortie d’école, j’ai été contacté par Airbus Toulouse pour un poste au bureau d’étude Nacelles et intégration propulsive en 2004, un an avant le premier vol de l’A380. Bien qu’affecté au bureau d’études, j’ai découvert le métier des essais en vol au travers des essais de l’A380 : pendant les vols de test d’un avion prototype, il y a des pilotes d’essais mais aussi des ingénieurs navigants dont le rôle est de définir les essais et d’assister les pilotes : c’est ce métier que je voulais faire.
J’ai donc tout fait pour arriver à m’orienter vers ce métier. Réalisant qu’il serait difficile d’intégrer les essais en vol d’Airbus, j’ai cherché où il était possible d’exercer ce métier et je suis tombé sur la DGA (Direction Générale de l’Armement) et le Centre d’Essais en Vol maintenant appelé DGA-Essais en Vol.

J’ai postulé en candidature spontanée et j’ai été recruté un an après en tant qu’ingénieur d’essais moteurs d’avion débutant… mais pas navigant j’était toujours cloué au sol. J’ai donc quitté un confortable CDI à Toulouse pour un contrat CDD à Istres…

Pour devenir ingénieur navigant d’essais, il faut suivre une formation d’un an dans une école spécialisée qui s’appelle l’EPNER (Ecole du Personnel Navigant d’Essais et Réception) située à Istres.

C’est la même école que les pilotes d’essais et la formation se fait en même temps. Pour cela, il faut être choisi par son employeur et réussir un examen d’entrée.
En même temps que mon travail d’ingénieur d’essais sol moteur, j’ai révisé les maths et la physique pour l’examen d’entrée, que j’ai finalement réussi l’an dernier.
Cette année, je suis donc en train de suivre une formation d’ingénieur navigant d’essais pour enfin pouvoir réaliser des essais d’avions prototypes en étant à l’intérieur des avions. Pour couronner le tout l’EPNER qui est à Istres m’envoie suivre cette formation en Angleterre à l’ETPS (Empire Test Pilot School). La formation commence en Janvier et actuellement, je révise l’Anglais !

2) Y-a-t-il beaucoup de débouché dans le domaine aéronautique, surtout pour le métier ingénieur de test?

Il y a pas mal de débouchés dans les essais en général : essais sol et essais en vol. Le seul gros problème dans les essais et que le volume de travail et donc le nombre de poste est dépendant des programmes en cours et l’activité est donc cyclique. Des gros programmes comme l’A380, l’A400M, l’A350 et le Rafale, le Tigre, etc…génèrent beaucoup d’essais au sol et en vol.
Dans les creux entre les programmes, il peut se passer quelques années sans recrutements. L’A350 va sans doute générer du travail à Toulouse dans les prochaines années.
Pour le métier d’ingénieur navigant, c’est plus compliqué. On y accède plus par une évolution professionnelle après 5-6ans de travail dans un poste technique comme le bureau d’étude, les essais sol, la maintenance,…

3) Quelle est l’évolution du métier? Est-ce qu’on peut devenir chef de l’équipe ou se diriger dans une autre spécialité que l’ingénieur d’essai?

Le secteur des essais est souvent un bon poste pour un premier emploi d’un jeune diplômé car il permet de mettre en œuvre tout de suite les connaissances techniques acquises pendant la formation et de connaître le fonctionnement dans sa globalité. En effet, les essais travaillent avec tous les grandes fonctions : le bureau d’étude, la production, la maintenance, les utilisateurs,… Il est donc possible de passer vers l’une ou l’autre de ces fonctions assez facilement après quelques années dans les essais.
De plus, il est aussi possible d’évoluer au sein des essais vers des fonction managériales (chef d’équipe).

4) Quelles qualités ou compétences qu’on peut attendre d’un ingénieur? (surtout pour les jeunes ingénieurs)

-Bonnes connaissances et culture scientifiques et technologique
-Intérêt voire passion pour l’aéronautique : un brevet de pilote (avion, planeur, Ulm,…) est très souvent un plus indéniable pour un recrutement.
-Forte investissement personnel
-Curiosité
-Aisance relationnelle
-Méthode, Organisation, Gestion des priorités.
-Bonne résistance au stress et bonne adaptabilité

5) Quels sont les avantages et désavantages du métier selon vous?

Avantages :
-métier varié,
-Bon mélange entre théorie et pratique
-Travail avec des personnes d’horizons variés : pilotes, bureau d’étude, mécaniciens, …
-On voit le fonctionnement d’un produit (un avion par exemple) dans sa globalité.
Inconvénient :
-Activité cyclique et souvent imprévisible (beaucoup d’aléas : il est souvent difficile de prévoir des vacances à l’avance ! …;-)
-Pendant une campagne d’essai les journées sont souvent (très) longues, stressantes et fatigantes.

6) Quel est le niveau de responsabilité quand on est ingénieur d’essai?

Le niveau de responsabilité est assez élevé car on est responsable du matériel que l’on a à tester, souvent très coûteux. On est aussi responsable de la coordination de l’équipe chargée de l’essai et notamment de la sécurité globale de l’essai.
On doit donc tester le matériel en respectant les procédures de sécurités en vigueur. Suivant la nature de l’essais, cet aspect « planning » et « gestion des risques » peut prendre une part très importante du temps de préparation.
Pour les vols d’essais, la sécurité est primordiale et fait l’objet de réunions dédiées pour définir et rédiger les procédures.
Enfin on a la responsabilité de se prononcer sur la conformité ou non du matériel en essais. On est donc indirectement responsable de la sécurité finale de l’utilisateur.

7) Quel est l’environnement du travail ? Est-ce qu’on va à l’étranger?

Tout dépend du poste, de l’employeur, du programme sur lequel on travaille.
Pour ma part, je travaille actuellement sur le programme Rafale. Donc les déplacements à l’étranger sont limités pour ne pas dire inexistants. Par contre, il y a beaucoup de déplacement en France, à Paris où nous devons rendre compte aux responsables du programme, et sur des bases militaire. Des collègues qui travaillent sur l’A400M sont par contre souvent à l’étranger.
Le travail d’ingénieur d’essais se fait environ pour moitié dans un bureau et en réunion, pour préparer les programmes d’essais et présenter les résultats et pour moitié sur le terrain à tester les matériel et préparer les essais, réaliser les essais, soit dans un avion, soit dans une salle de contrôle.

8) Comment gérez-vous le travail? Les jours se ressemblent-t-ils? Pourriez-vous me décrire une journée type?

Je suis assez autonome dans mon travail. Je dois fournir un rapport d’essai quand les essais sont terminés.
Les jours ne se ressemblent jamais et il n’y a jamais de journée type.
Cependant, pour répondre à la question, voici l’exemple d’une journée pendant une campagne d’essais où je conduit un essai en vol depuis une salle de contrôle

08h00 : arrivée au bureau, rédaction du programme d’essai
09h00 : réunion de briefing de l’essai avec les pilotes
10h00 : Décollage de l’avion : je suis en salle de contrôle et dicte les manœuvres au pilote par radio
12h00 : Réunion de débriefing de l’essai
14h:00 : Exploitation et analyse des données du vol
15h00 : Préparation du vol du lendemain ou rédaction d’un rapport d’essais
18h00 : fin de journée

9) L’anglais est-il obligatoire? Utilisez-vous beaucoup l’anglais quand vous travaillez?

Oui l’anglais est obligatoire. Beaucoup de programmes sont multinationaux et la langue internationale de travail est l’anglais.
L’anglais est utilisé dans tous les documents écrits et en réunion au quotidien.

10) Quels logiciels informatiques utilisez-vous ? Sont-ils des logiciels de CAO?

J’utilise les logiciels classiques de bureautique et des logiciels d’exploitation d’essais spécifique.
En bureau d’études, j’ai beaucoup utilisé CATIA.

11) Quels sont les horaires de travail d’un ingénieur d’essai? Quels sont les salaires pour le début de la carrière et après quelques années d’expérience

Horaire de travail : très difficile de répondre à cette question car on a jamais le même horaire. En dehors des périodes de campagne d’essais, je suis assez flexible. Par contre, pendant les campagnes d’essais, il m’arrive de commencer à 7h jusqu’à 19h le soir.
Salaire de début d’un ingénieur non navigant : 30 à 40k€ brut annuel

12) Que conseillez / déconseillez-vous pour la formation ? (pour devenir ingénieur d’essai) Pensez-vous qu’on recrute des personnes qui viennent de la fac ou on préférerait celles qui viennent d’école d’ingénieur?

Pour devenir ingénieur d’essais aéronautique l’idéal est une école d’ingénieur aéronautique (SUPAERO, ENSICA, ENSMA, ESTACA,…) ou généraliste mécanique avec option aéronautique (comme l’ENSAM). Néanmoins, la fac, en s’orientant vers les bonnes spécialités (la mécanique en est une) est une possibilité. Plusieurs de mes collègues sont passés par la Fac. (DESS ou autre). L’avantage des écoles d’ingénieurs (en France du moins) est que la formation est souvent calquée sur les besoins des employeurs et donc la « lisibilité » du diplôme est meilleure pour un recruteur.
Le bon choix des stages est très important pour se mettre le pied à l’étrier compléter un enseignement. Privilégier des stages « opérationnels » en entreprise (même dans une PME) plutôt que les stages « recherche » dans un laboratoire d’une école ou d’une université sauf si le but visé est la recherche.

Pour ma part j’ai effectué plusieurs stages et petits boulots au court de mes études et je pense qu’ils ont été de première importance lorsque j’ai commencé à chercher du travail. les voici dans l’ordre (pour donner une idée) :
• Travail d’été dans une PME de construction de machines pour scieries
• Stage de DUT en bureau d’étude SNECMA propulsion solide
• Stage d’été de mécanicien aéronautique sur avions légers
• Travail d’été dans une petite PME d’usinage de pièces aéronautiques
• Stage de fin d’étude ingénieur Dassault Aviation

Je dirais que l’essentiel est de savoir où l’on va précisément, et d’être persévérant, voire têtu et pour cela, il faut être motivé. Et pour se motiver en aéronautique, rien de tel que de fréquenter un aéro-club ou un club de vol à voile.

13) Pourriez-vous me parler un peu de l’entreprise dans laquelle vous travaillez? Et combien d’année êtes-vous dans ce domaine?

Je travaille pour DGA-Essais en vol depuis 3 ans : le rôle de cet organisme est de tester en vol tout les matériels aéronautiques utilisé par les services de l’Etat Français: avions de transport, avions de chasse, hélicoptères, etc…
Tous les avions des l’armées, de la sécurité civile, du gouvernement, des douanes , passent entre nos mains avant d’être livrés aux utilisateurs.

 
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Bonjour à toutes et à tous,

… merci ngoc quyen de nous faire découvrir par le biais de cet entretien les coulisses un métier fort méconnu, du moins, pour ma part.

Gilles.

 
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Salut Ngoc,
Merci pour ce sympathique compte-rendu 😉
J’espère que c’est ce que tu recherchait ?

devoitine520 
Participant

Merci pour ton compte rendu… et tiens toi à ton rêve, y’a pas que dans les contes de fée qu’ils se réalisent…
Bonne chance et « bons vols »…

 
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Salut,
Merci nous avoir fait parvenir cette interview. C’est un métier que je ne connaissais pas.

 
Participant

Belle initiative de nous donner un suivi
Merci, J’ai apprécié la lecture
Mercator 8)

 
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bonjour tout le monde,
contente que ça vous a plu !!

@le chat de tom wrote:

J’espère que c’est ce que tu recherchait ?

oui bien sûre, et l’ingénieur a bien détaillé pour chaque réponse !! il m’a beaucoup aidé pour mon compte-rendu

@devoitine520 wrote:

Merci pour ton compte rendu… et tiens toi à ton rêve, y’a pas que dans les contes de fée qu’ils se réalisent…

eh oui bien sûre, il faut toujours avoir un rêve pour avancer !! 😀

 
Membre

ah j’ai oublié, merci le chat de tom qui m’a beaucoup aidé !!^^

 
Participant

De rien ce fut un plaisir… content d’avoir pu t’aider 😉
N’hésite pas à te présenter plus précisément dans cette section, à mettre une photo de toi dans le trombinoscope, et à participer au forum 🙂
A bientôt.

 
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Hello,

Merci pour le compte-rendu 🙂

à mettre une photo de toi dans le trombinoscope

Non, franchement, Tomcat, t’es lourd là 😛 😛 😉
je plussoie x10000

Ciao

 
Participant

😆 C’est surtout pour toi que je fais ça (et un autre que je ne citerai pas 😉 ), donc chut 😀

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