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Bien que cet avion soit remarquablement bien étudié pour la patrouille maritime, son système d’arme n’est plus à la hauteur de la mission première de l’ATL 2.

Cette modernisation se déroulera en trois phases :
– la phase 0, en cours de réalisation, comprend les levées de risques, les études de faisabilité et de définition;
– la phase 1 (le standard 6 de l’avion) traitera des obsolescences les plus urgentes à remplacer, notamment pour le radar Iguane dont certaines rechanges sont presque épuisées. Toutefois, celui-ci pourrait être remplacé par un radar à antenne active, en utilisant des briques technologiques développées pour le RBE2 du Rafale; ce qui augure des capacités exceptionnelles.
Toute la chaîne de détection va aussi être modernisée : le système analogique de traitement du signal des bouées acoustiques va être remplacé par un système numérique, les calculateurs et le flir avant vont aussi être changés. Il est prévu qu’un petit nombre d’ATL 2 reçoivent un deuxième flir à la place des tubes lance-bouées à titre temporaire.
Depuis le début de l’année, ces avions bénéficient du système de transmission satellitaire Aviasat, bien plus pratique que les téléphones Iridium. C’est un système amovible, mais dont l’antenne prend la place du détecteur d’anomalies magnétiques; il faudra donc choisir.

Le début de ce chantier devrait être pour 2014, avec six avions prévus pour 2018. Entre temps, à partir de 2016, la phase 2 portera sur l’intégration de la liaison 16, la modernisation des systèmes d’écoutes électroniques et du système d’autoprotection, avec l’installation au minimum d’un détecteur de départ de missiles couplé à des éjecteurs automatisés.

La Marine Nationale récupère des rechanges auprès de l’Allemagne et de l’Italie, ainsi que dans la communauté Transall, afin de poursuivre la carrière de l’Atlantique 2 au moins jusqu’en 2032.

(Air et Cosmos)

 
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2032 ?… Il va finir par battre le B-52 en longévité ! 😯
Mais c’est vrai qu’il est si bien conçu que ça serait idiot de lui trouver un remplaçant… qui aurait certainement la même « gueule »… 🙄

 
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Atlantique 2 : futur bombardier ?

L’Atlantique 2 est le successeur du BR. 1150 Atlantic. Ce dernier était le vainqueur d’un concours OTAN. Cet appareil initialement conçu pour la patrouille maritime à dominante ASM a connu la guerre aéroterrestre de l’opération Tacaud au Tchad (1978) jusqu’à l’opération Serval (2013).

La Marine nationale reçoit 28 exemplaires de 1989 à 1997. Ceux-ci remplacent alors les appareils survivants de la commande française d’Atlantic (20 puis 40 machines commandées).

L’Atlantique 2 affiche une autonomie maximale de 18 heures, soit 4300 nautiques franchissables. Long de 31.7 mètres pour une envergure de 37.5 mètres, ils affichent une masse maximale de 46 tonnes (25 à vide).

Un camion à munitions

La soute de l’ATL2 peut embarquer soit :

6 torpilles anti-sous-marines Mu90, soit 6 fois 317 kg (1902 kg) ;
2 missiles antinavire Exocet AM39 Block II mod 2 (2 fois 870 kg (1740 kg) ;
4 bombes GBU-12 de 250 kg (1000 kg).

La capacité maximale de la soute est de 3600 kg.
Il est un outil indispensable en matière de lutte ASM, notamment en matière de protection des sous-marins stratégiques au large de Brest, cet avion embarque également des bouées acoustiques. C’est pourquoi la modernisation continue, et notamment la prochaine qui doit être réalisée, qui recevra notamment un nouveau radar AESA dérivé de celui du Rafale, intéresse particulièrement la crédibilité de la FOST.

A l’heure actuelle, les ATL2 français sont répartis entre les flottilles 21F et 23 F de Lann-Bihoué. Mais de ces machines il y en a également qui sont régulièrement déployés en Afrique :
à Dakar,
à Djibouti, où ils mènent des opérations de surveillance en océan Indien (lutte contre la piraterie),
au Mali dans la base de Kidal pour l’opération Serval,
et peut être depuis d’autres terres du continent.

Depuis 2008 un bombardier

En juillet 2008, l’hebdomadaire Air & Cosmos révéle que l’Atlantique 2 a été qualifié pour pouvoir embarquer des GBU-12 de 250 kg. Cependant, la frégate volante n’est pas autonome car elle ne possède aucune capacité de ciblage propre pour désigner les cibles. C’est donc par l’entremise d’un autre appareil, emportant une nacelle de désignation laser, ou par l’intermédiaire d’un contrôleur aérien avancé au sol qu’il peut délivrer ses munitions.

Plateforme C4ISR armée

Les Atlantique 2 sont capables de tenir l’air jusqu’à 14 heures. Si ces appareils devaient agir à la manière d’un système de drones MALE, ils seraient capable d’offrir une permanence sur zone avec 4 vecteurs. Ses moyens de détection (radar Iguane, boule optronique IR/IL, moyens d’écoute, transmission de données, postes d’observation nichés dans la cellule) sont aussi utiles à la patrouille maritime qu’aux missions ISR en milieu terrestre.

Capacité unique des Armées françaises, ce bombardier sert de PC volant (d’où le choix du Fauteuil de lui affubler la notion de plateforme C4ISR). Raison pour laquelle l’appareil avait reçu la délégation d’ouverture du feu pendant l’opération Harmattan. En effet, les équipages de ces « frégates volantes » sont constitués d’une vingtaine de membres. Ils sont des spécialistes de la détection mais surtout des habitués de ces opérations. C’est pourquoi ces machines sont dotées d’une « capacité de réflexion, d’analyse et de compréhension de l’environnement, qu’il peuvent partager avec l’état-major et les autres moyens engagés. Une valeur ajoutée que ne peut par exemple pas offrir un drone aérien » (Mer et Marine, 23 janvier 2013).

L’ATL2 a été un élément fondamental de la manoeuvre aéroterrestre de l’opérartion Serval. Mieux encore, il a été un accélérateur des manoeuvres tactiques des unités terrestres grâce à ses qualités qui lui permettent de collecter du renseignement, l’analyser et le transformer en informations utiles pour cibler des objectifs pour d’autres plateformes (comme des Mirage 2000D et des Rafale), mais aussi pour diriger les unités au sol. Sans lui, le déploiement de l’Armée française n’aurait peut être pas été aussi efficace.

C’est une capacité véritablement unique que ne peut offrir ni des « bombardiers purs » (comme les B-1B Lancer équipés d’une nacelle Sniper) ou une armada de systèmes de drones MALE armés.

Atteindrait-on un Graal de la fusion des données au service du commandement de la manoeuvre ?

Un bombardier à autonomiser

Reste à conférer une capacité de désignation laser à ce PATMAR. La solution pourrait venir d’une expérimentation financée par une urgence opération (ne serait-ce pas de cette manière là que l’Atlantic a connu Tacaud en 1978) pour emporter l’équipement nécessaire (c’est comme cela que quelques ATL2 ont reçu leur nouvelle boule optronique).

Il est presque étonnant que l’utilisation d’une nacelle de désignation laser, comme la nacelle Damoclès qui équipe Rafale et Mirage, n’ait pas été essayée à bord des Atlantique 2 (alors qu’il possède des pylones sous les ailes).

Des munitions d’appui-feu

En dehors des hélicoptères qui peuvent ou emportent des munitions anti-chars ou anti-personnels. A contrario, les voilures fixes sont presque exclusivement pourvues en munitions « lourdes ». Ces dernières ont été développées en vue de détruire des formations de blindées et de gros point durcis. La capacité en bombes des ATL2 est assez limitée : il s’agit au maximum de huit GBU-12 de 250 kg.

Depuis le début de la guerre en Afghanistan (2001), il s’est avéré que ces munitions étaient peu proportionnées par rapport aux objectifs à détruire. Depuis l’Asie centrale jusqu’en Afrique, c’est effectivement trop pour traiter des formations légères faiblement protégées. Qui plus est, cela limite la liberté d’action pour délivrer le feu quand il s’agit, aussi, d’éviter les dommages collatéraux.

Bien des initiatives ont été développées depuis ces dernières années, et même parfois depuis bien longtemps avant. Il y va des roquettes Hydra en passant par les réflexions sur les bombes sans charge explosive. L’effet cinétique de l’impact suffirait. La gamme des bombes JDAM a vu le développement d’une bombe de 113 kg. L’AASM français peut être développé en bombes de 125 kg.

Mais le vrai catalyseur de cette tendance aura été le développement de la gigantesque flotte de drones MALE armés des forces armées américaines, et même d’une de leurs agences de renseignement (CIA). Dans un premier temps, les Predator et les Reaper emportaient les munitions des hélicoptères. Mais dans un second temps, ce sont des munitions adaptées aux drones qui ont été developpées.

Il reste à faire rentrer l’Atlantique 2 dans la boucle. Avec sa soute de 3600 kg de charge maximale, l’appareil pourrait emporter :
28 AASM (version 125 kg),
80 Hellfire.
Ces deux chiffres ne sont que le résultat d’un calcul trop simple (charge maximale de la soute divisé par le poids de la munition visée) qui ne tient même pas compte du volume des armes ou des contingences techniques. C’est un peu de « pub' » pour exhiber un potentiel à modeler. Cependant, le potentiel est flagrant, l’éventuelle réalité serait moindre. Mais même en panachant les deux munitions, il y a de quoi traiter bien des cibles…

Entre plateforme de tir à distance de sécurité…

Il s’agit également d’imaginer une réponse à :
ce que les américains nomment la stratégie A2AD (Anti-Access Area-Denial),
de suppression des défenses aériennes ennemies,
ou plus simplement de pouvoir traiter des cibles à distance de sécurité (tir en « stand-off »).
N’importe quel vecteur aérien est susceptible d’être contré par des moyens anti-aériens adverses. Les guerres de Libye et du Mali se sont faites au regard de cette menace. Si les chasseurs-bomardiers (Rafale, Mirage 2000D et Super Etendard Modernisés) éliminent généralement ces menaces, quand ce n’est pas par d’autres moyens, alors des appareils comme l’Atlantique 2 peuvent agir dans une sécurité relative.

Entre parenthèse, la capacité des Atlantique 2 à se protéger des munitions anti-aériennes est cruciale, même pour la lutte ASM. Les allemands ont ouvert la voie avec le développement du missile IDAS qui permet à un sous-marin en plongée d’agresser des hélicoptères et des avions de patrouille maritime. La France suit avec la solution des Mistral ensilotés par trois dans un mât et le lancement de missiles Mica dans un véhicule sous-marin dédié. Les américains suivraient avec une telle solution pour l’AIM-9 Sidewinder.

C’est pourquoi des munitions tirés à distance de sécurité ont été conçus. L’AASM appartient à cette catégorie d’armes. Mais il y a également le missile de croisière Scalp (1300 kg, peut être deux munitions dans une soute d’ATL2) qui permet de donner une allonge à son porteur supérieure à 250 km. C’est une munition relativement coûteuse (comme le sera le Scalp naval/MdCN) mais efficace. Elle aurait peut être sa place dans certains scénarios d’engagement de l’ATL2.

…et mise en oeuvre d’un réseau

Comme toute frégate (même volante), l’Atlantique 2 est susceptible de  » marsupialisation ». C’est-à-dire qu’il peut mettre en oeuvre des capteurs et effecteurs déportés. Quelque part, c’est ce qu’il fait déjà en matière de lutte ASM avec le largage de bouées sonars actives ou passives reliées par liaison au lanceur. Mais la marsupialisation n’aurait pas encore été mise en oeuvre en combat aéroterrestre.

Akram Ghulam nous donne une description générique des loitering munitions dans une étude du RUSI :  » Loitering Munition(LM), which may be defined as a low cost artillery-launched precision munition that can be positioned in the airspace for a significant time and rapidly attack an appropriate land target ». Il s’agit donc de munitions dont les premiers spécimens sont un hybride entre un missile de croisière et un drone.

Le Fire Shadow (4 mètres pour 200 kg), de MBDA, a par exemple une autonomie de 6 heures et une portée de 100 km. Ce drone ISR consommable peut se servir de sa charge de combat pour détruire une cible.

Il ne serait pas inintéressant d’imaginer, et pourquoi pas d’expérimenter ?, le couplage d’un Atlantique 2 à de telles munitions. La surface couverte par l’avion serait décuplée. En effet, celui-ci pourrait « déléguer » la surveillance d’un point particulier du théâtre à un de ces drones consommables pendant quelques heures.

Mieux encore, les troupes au sol pourraient même s’appuyer directement sur la munition larguée par l’ATL2 :
soit en recevant les données,
soit en en prenant directement le contrôle.

Dans cette configuration, l’ATL2 renforce son rôle de PC Volant et va et vient aux points clefs du théâtre où il est besoin d’autre chose qu’un simple support aérien de surveillance.

Quel vivier d’appareils ?

Actuellement, la Marine nationale espère que 18 à 22 machines (sur les 28 reçues, moins une qui a été trop endommagée) seront modernisées afin de demeurer au niveau suffisant pour œuvrer au service de la FOST (lutte ASM), à la reconnaissance maritime et aux attaques aéronavales.

Mais il est évident pour toutes les Armées que l’Atlantique 2 est devenue un élément essentiel de la manoeuvre aéroterrestre française. A croire que l’appareil remplace le vide laissé vacant par les Cougar HORIZON. Peut être est-ce même une capacité unique au sein de l’OTAN.

C’est pourquoi, au regard des perspectives d’évolution de l’appareil et de ses qualités de plateforme C4ISR armé, l’évolution pourrait être portée à son paroxysme. C’est-à-dire que les appareils qui ne seraient pas modernisés pour la Marine pour servir directement à l’Armée de Terre. Il y aurait de quoi constituer 3 systèmes de trois ATL2 (soit autant que ce qui est espéré avec le nouveau système de drones intérimaires). Il faudrait débarquer tout ce qui sert à la lutte ASM et qui ne servira plus. Et adapter définitivement les avions au combat aéroterrestre. Mieux encore, les appareils pourraient être plus rapidement disponibles que d’autres vecteurs espérés.

Quelque part, la Marine nationale pourrait être soulagée d’avoir à diviser sa flotte d’Atlantique 2 en deux. Un groupe se spécialiserait définitivement dans les missions purement navales quand ce serait la spécialisation dans les missions purement terrestres. Il reste aussi la possibilité de prendre une, deux ou trois machines pour mener des opérations de guerre électronique ou de renseignement électromagnétique. C’est ce que les allemands ont fait de leurs derniers ATL2.

L’idée se heurte au mur du manque de budgets pour des expérimentations nouvelles. Le financement de l’adaptation de ces machines à la guerre aéroterrestre dépasse de loin le périmètre de la Marine. En plus, est-ce que le besoin en drones MALE est si urgent face au potentiel tryptique ATL2/munitions d’appui feu rapproché/drones consommables ?

Source : Le Fauteuil de Colbert

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