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L’Inde lance son premier porte-avions de conception locale

12 août 2013 – 10:45

Jusqu’à une date récente, l’Inde avait de l’avance en matière de capacités aéronavales par rapport à la Chine. La marine indienne a en effet disposé de son premier porte-avions en 1957, en l’occurrence INS Vikrant, un bâtiment conçu dans les années 1940 au Royaume-Uni. Dans un premier temps, ce navire a permis de mettre en oeuvre des avions Hawker Sea Hawk ainsi que des Bréguet Alizée de conception française ainsi que, par la suite, des Sea Harrier.

En 1987, New Delhi a acquis le HMS Hermes, un porte-avions de la classe Centaur ayant fait ses premières armes au sein de la marine britannique 30 ans plus tôt. Rebaptisé INS Viraat, ce navire a l’âge de sa tuyauterie, ce qui n’est sans poser de problèmes quant à sa disponibilité opérationnelle.

Aussi, la marine indienne entend bien remplacer l’INS Viraat et accroître ses capacités aéronavales. Pour cela, elle a acquis l’ancien porte-avions russe “Amiral Gorshkov”, lequel doit en principe lui être livré avant la fin de cette année sous le nom d’INS Vikramaditya, soit avec 4 ans de retard. La remise en état du navire, dont les chaudières explosèrent en 1994, ne s’est pas passée comme prévu. En 2012, les premiers essais ne furent pas conformes aux attentes. Quoi qu’il en soit, vendu au prix de 947 millions de dollars, la facture pour New Delhi s’élève désormais plus de 2 milliards.

Dans le même temps, en 2003, la marine indienne a lancé le programme “Indigenous Aircraft Carrier” (projet 71), qui, confié au chantier naval local Cochin Shipyard Limited (CSL), consiste à construire deux porte-avions. Le premier, qui reprend le nom de l’INS Vikrant, doit être officiellement lancé ce 12 août, avec deux ans de retard. Cet évènement maquera ainsi l’entrée de l’Inde dans le cercle restreint des pays capables de construire des navires de ce type (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, et très probablement Chine).

D’un déplacement de 40.000 tonnes et long de 262 mètres, l’INS Vikrant a une configuration STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery), c’est à dire que son pont d’envol est incliné et que, par conséquent, il ne dispose pas de catapultes comme, par exemple, le porte-avions Charles de Gaulle.

D’un coût de 5 milliards de dollars (3,75 milliards d’euros), l’INS Vikrant sera en mesure de mettre en oeuvre une vingtaine d’avions de combat, principalement des MiG-29K et HAL Tejas Mk2 en version navale. Il emportera également des hélicoptères Kamov Ka-31 et des Westland Sea King. Les premiers auront une capacité d’alerte avancée (AEW) tandis que les second seront utilisés pour lé détection sous-marine (ASW). Sa protection contre les menaces aériennes sera assuré par le système israélien Barak-8.

Selon les prévisions, l’INS Vikrant devrait entrer en service en 2018, une fois ses essais en mer accomplis. Mais des sources internes à la marine indienne ont estimé qu’il faudrait sans doute encore deux ans de plus pour qu’il soit pleinement opérationnel.

Le second porte-avions envisagé par la marine indienne, appelé INS Vishal, sera plus imposant que l’INS Vikrant étant donné qu’il affichera plus de 65.000 tonnes de déplacement. La configuration de son pont d’envol sera de type CATOBAR (Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery), ce qui ouvrira sans doute une nouvelle opportunité pour le Rafale Marine de Dassault Aviation. La construction de ce navire dépendra surtout de la situation économique de l’Inde.

Par ailleurs, le réacteur à eau pressurisée d’une puissance de 83 MW du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de la conception locale, l’INS Arihant, vient d’atteindre la “criticité” après plusieurs mois de vérifications sur le site de Visakhapatnam, ce qui autorise le submersible à prendre la mer pour un nouveau cycle d’essais, avec, au programme, le lancement d’un missile balistique K-15.

En revanche, l’Inde connaît toujours des problèmes avec la construction de ses 6 sous-marins conventionnels de type Scorpène par le chantier naval Mazagon Dock Limited (MDL), à Bombay. La livraison de ces navires, assemblés dans le cadre d’un transfert de technologie avec la France, a été une nouvelle repoussée à septembre 2016.

Source : Zone Militaire

 
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Le Vikramaditya livré à l’Inde : la continuité de l’aéronavale assurée

Le porte-avions Vikramaditya est entré dans les eaux indiennes, où se sont déroulée les premières opérations avec des Sea Harrier. Livré au terme d’une véritable saga politico-industrielle, le navire avait fait l’objet d’une fiche technique complète dans DSI n°97 (novembre 2013), que nous reproduisons ici en partie

L’enjeu de la conversion du Gorshkov en Vikramaditya est celui de la continuité, en Inde, d’une aéronavale embarquée. Alors que le Vikrant sort de service en 1997, la question du remplacement du Viraat, qui doit initialement intervenir en 2008, ne manque pas de se poser. Certes, il voit sa carrière prolongée jusqu’en 2018. Mais c’est essentiellement du fait des retards observés sur le nouveau bâtiment. Or, l’Inde avait, a priori, le temps nécessaire à une modernisation capacitaire sans heurt. L’ex-Bakou, porte-aéronefs soviétique de classe Kiev rebaptisé Gorshkov après la chute de l’URSS, avait déjà été proposé à l’Inde en 1994, à la suite du grave accident durant lequel ses turbines avaient littéralement explosé.

Delhi avait alors refusé mais une nouvelle offre s’était présentée en 1998, selon laquelle l’Inde n’aurait à payer que la reconfiguration du navire en STOBAR, par l’adjonction d’un tremplin et de brins d’arrêts. La marine indienne pourrait ainsi mettre en œuvre des appareils embarqués classiques – elle envisageait alors déjà de remplacer ses Harrier par une version navalisée de l’appareil de combat national Tejas – et d’autres appareils, la Russie proposant le Mig-29K. Un pré-accord sur cette solution interviendra en somme en octobre 2000, le contrat étant signé le 20 janvier 2004.

À ce stade, la facture adressée à l’Inde est fixée à 800 millions de dollars, la coque étant fournie gratuitement. Un accord portant sur 16 Mig-29K est signé parallèlement, pour 1 milliard de dollars, les premiers appareils étant livrés en septembre 2008. Six Ka-31 d’alerte avancée et divers équipements étaient également commandés. Au même moment, le bâtiment devait être livré à la marine indienne.

Las ! Le travail à effectuer a été totalement sous-estimé. Quatre après la signature, la facture réclamée par Moscou est de 3,4 milliards de dollars et le projet devient une pomme de discorde entre Delhi et Moscou. Entre autres travaux qui n’avaient pas été pris en compte dans le devis initial figuraient le remplacement de l’ensemble des câbles électriques – un travail de Sisyphe.

C’est finalement au niveau politique que le dossier se débloque en 2009 : l’Inde paiera 2,35 milliards de dollars. Entre-temps, elle décide de prolonger la carrière du Viraat, d’abord à 2014 puis à 2018. A ce moment, les deux parties espèrent toujours un transfert en 2012. Mais 2012 sera finalement l’année des premiers essais à la mer, avec de nouveaux retards à la clé : la propulsion tombe en panne, le travail d’installation ayant été mal réalisé – la partie russe finissant par reconnaître que la faute lui incombait.

Au final, la date de livraison à l’Inde ne cesse d’être reportée pour être finalement fixée à la mi-novembre 2013. Au moins l’intégralité de son futur groupe aérien a-t-elle été reçue entre-temps. Mais livraison ne signifie pas pleine capacité opérationnelle. Seule une poignée de pilotes indiens ont eu l’occasion de s’entraîner à des opérations d’appontage avec brin d’arrêt que leurs aînés n’ont plus mené depuis le début années 1980 – lorsque sont arrivés les Harrier – et l’ensemble des réflexes aéronautique est donc est à acquérir.

Au passage, le navire servira également à l’entraînement des pilotes du « nouveau » Vikrant – tête de sa classe et toujours en cours de construction – et sans doute aux essais embarqués de la variante navale du Tejas. De même, il faut que les marins s’approprient le bâtiment. In fine, s’il sera, en toute probabilité, officiellement mis en service en 2014, le Vikramaditya sera encore loin de donner toutes ses possibilités et conserver le Vikrant jusqu’en 2018 est sans doute une mesure sage en termes de continuité de disposition d’une aéronavale embarquée.

Source : DSI

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