Aviateur célèbre, Charles Lindbergh est surtout connu pour sa traversée historique de l’Atlantique à bord du Spirit of Saint Louis en 1927. Il a également contribué de façon importante à l’essor des vols transocéaniques de la PanAm durant l’ère des Clippers et participé, presque clandestinement, à la guerre du Pacifique. Les dernières années de sa vie furent toutefois consacrées à la protection de l’environnement et à apprécier la quiétude de son coin de paradis sur l’île de Maui.

L’homme de la guerre du Pacifique

Tout comme son père qui avait milité pour la neutralité des États-Unis lors de la Première guerre mondiale, Charles Lindbergh devint porte-parole du mouvement America First Committee s’opposant à l’implication américaine dans le second conflit mondial ayant débuté en Europe. Cela fit en sorte qu’il devint persona non grata au Pentagone et à la Maison blanche, le président Roosevelt tentant de préparer graduellement l’opinion américaine à l’inévitable entrée en guerre des États-Unis.

Suite à l’attaque de Pearl Harbor par l’aéronavale nipponne, Lindbergh tenta de s’enrôler dans l’USAAF mais sa candidature fut rejetée sous les ordres de la Maison blanche. Incapable de jouer un rôle militaire actif pour son pays, il œuvra comme conseiller au sein de diverses entreprises aéronautiques américaines. Il réussit finalement à convaincre les dirigeants d’United Aircraft de lui permettre d’aller sur le front pour y étudier la performance des appareils de combat et agir comme conseiller technique. Il montra rapidement aux pilotes de Vought F4U Corsair comment décoller avec le double de la charge de bombes prévue par le constructeur de l’appareil. Fort apprécié des pilotes et officiers sur le front, il effectuera – à l’insu de l’état-major – sa première véritable mission de bombardement le 21 mai 1944. Ce sera la première d’une cinquantaine de missions de combat dont la plupart seront effectuées au sein du 475th Fighter Group à bord du bimoteur Lockheed P-38 Lightning. Ce faisant, il mit au point une technique d’ajustement du régime des moteurs du P-38 permettant d’allonger de 400 km le rayon d’action de l’appareil fort utilisé par l’USAAF dans le Pacifique. Lindbergh fut sans doute le seul pilote civil à abattre un avion ennemi lors du conflit, soit un Mitsubishi KI-51 Sonia.

Ces missions de combat ne furent pas sans risques, puisque Lindbergh échappa de peu à la DCA et aux chasseurs ennemis à quelques occasions. Lorsque le Pentagone eu finalement vent des missions de combat de Lindbergh, celui-ci fut convoqué par le général Douglas MacArthur qui le félicita pour ses exploits mais l’avisa du même souffle que sa carrière «paramilitaire» venait de se terminer. On craignait en effet l’éventualité qu’un civil de la notoriété de Lindbergh tombe aux mains de l’ennemi.

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Lindbergh à bord d’un P-38 Lightning sur le front du Pacifique
L’écologiste

De retour du front du Pacifique, Lindbergh continua à agir comme conseiller pour diverses entreprises aériennes et commença, au début des années 1960, à s’intéresser à la protection de l’environnement.

Son amour de la nature remontait aux années de son enfance passées dans le Minnesota. Lors d’un voyage en Afrique la rencontre de Jilin “John” Konchellah, un guerrier Masai avec qui il se lia d’amitié, fut toutefois un point tournant. Fasciné par le mode vie des Masai, il retourna plusieurs fois en Afrique et s’impliqua dans l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Lindbergh œuvra également au conseil d’administration du World Wildlife Foundation (WWF) et sur le Citizens’ Advisory Committee on Environmental Quality mis sur pied par le président Nixon. Il joua un rôle fort actif pour la création du Voyageurs National Park dans le nord du Minnesota.

C’est lors de visites à résidence secondaire de Samuel F. Pryor, un ami de longue date et ancien vice-président de la PanAm, que Lindbergh tomba sous le charme de l’île de Maui et plus particulièrement de la région côtière de Kipahulu située au sud de la petite communauté de Hana. Son ami lui céda des terres voisines et en 1970 Lindbergh et son épouse Anne Morrow, y firent construire une modeste maison de campagne qu’ils nommèrent « Argonauta ». Un petit pavillon s’ajouta pour y accueillir des invités et servit de lieu de travail pour son épouse écrivaine. Lindbergh s’impliqua rapidement dans diverses initiatives locales, dont l’extension du Haleakala National Park afin d’y inclure une partie de la région côtière de Kipahulu. Il milita également pour une stricte protection des baleines grises qui séjournent dans les eaux côtières de Maui durant l’hiver. Ayant trouvé leur coin de paradis en pleine nature, loin de l’attention des journalistes et des curieux, le couple passa de plus en plus de temps à Argonauta.

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Lindbergh dans les années 1960
Son dernier voyage

Lindbergh continua tout de même à militer pour la protection de l’environnement mais la maladie frappa en 1974. Atteint d’un cancer incurable et affaibli malgré les bons soins des meilleurs médecins à New-York, Lindbergh insista pour retourner dans son refuge hawaïen en disant que deux jours de vie à Maui valent davantage que deux mois à New-York. Ainsi, à l’insu des autres passagers, Lindbergh effectua sa dernière traversée transocéanique à bord d’un Boeing 747, suivi d’un court vol vers le minuscule aéroport de Hana.

De retour à Argonauta, il planifia dans les moindres détails son ultime voyage. Il aurait pu bénéficier de somptueuses funérailles nationales, mais le grand Lindbergh préféra une modeste cérémonie réservée à sa famille et ses proches amis dans la minuscule chapelle de Palapala Ho’omau. Revêtu de vieux vêtements de travail et pieds nus, sa dépouille fut transportée dans un simple cercueil de bois brut, à l’arrière d’une camionnette. Il fut inhumé dans le cimetière attenant à la chapelle.

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Aéroport d’Hana
Un lieu méconnu

Lors d’un récent voyage dans l’archipel des îles hawaiiennes ayant débuté à Hilo, nous avons également visité la charmante Maui. Nous y avons notamment roulé sur la célèbre route de Hana. Avec son écrin de végétation luxuriante et d’innombrables chutes d’eau, cette route est censée être l’une des plus belles au monde. Les paysages sont en effet grandioses, mais cette route très étroite et fort sinueuse présente également tout un défi pour les conducteurs ! J’ai rapidement compris pourquoi Hana n’est pas une destination pour les touristes pantouflards et jouit d’un relatif isolement si apprécié de Lindbergh. Traversant une superbe forêt de bambou et donnant accès à l’impressionnante chute Waimoku se jetant dans le vide du haut de ses 120 mètres, le sentier Pipiwai dans l’Haleakala National Park vaut à lui seul le trajet. On s’y croit presque épiés par des dinosaures cachés dans ce parc aux allures jurassiques…

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Sachant que Lindbergh avait vécu dans ce coin isolé de Maui et qu’il y était inhumé, je n’allais pas manquer l’occasion d’aller lui rendre hommage. Sa maison Argonauta n’est toutefois pas accessible au public, mais cela va prochainement changer. D’abord vendue à Mike Love du célèbre groupe musical The Beach Boys, puis à un couple de New-York qui planifiait de la démolir, Argonauta fut acquise par l’Historic Hawai’i Foundation. Le 21 décembre 2014 avait lieu une cérémonie pour dédier le terrain où Argonauta sera déplacée, tout à côté du centre des visiteurs du Haleakala National Park qu’il avait tant aimé. La maison et le pavillon de son épouse deviendront partie intégrante du Kipahulu Conservation Center for Native Hawaiian culture and the history of Hana.

Loin d’être un secret d’état, le lieu de sa sépulture n’est toutefois pas publicisé. En fait, la chapelle et le cimetière de Palapala Ho’omau sont à peine à quelques kilomètres à l’ouest du Haleakala National Park. Toutefois, aucune indication routière mène au petit chemin secondaire qu’il faut emprunter pour se rendre à cet endroit fort discret. Au bout de ce chemin, on tombe sur la modeste chapelle construite en 1862 et restaurée dans les années 1960 grâce au soutien financier de Lindbergh et de son ami Pryor.

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Chapelle de Palapala Ho’omau

La quiétude et la beauté des lieux, attenants à une falaise balayée par la mer, nous frappent dès nos premiers pas. Tout ce que l’on entend c’est le bruit des vagues et le chant des oiseaux. Pas évidente à trouver, la modeste pierre tombale de Lindbergh, noircie par la patine du temps, comporte une phrase incomplète de son cru qui laisse croire qu’il a en fait entrepris un nouveau voyage vers l’inconnu «…If I take the wings of the morning, and dwell in the uttermost parts of the sea… »

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Cimetière de Palapala Ho’omau et sépulture de Lindbergh

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Me recueillant quelques minutes, je me suis dit que la modestie est souvent la qualité des grands hommes. Je me suis également souvenu qu’il avait déjà dit que s’il devait un jour choisir entre les avions et les oiseaux, il opterait pour le vol et le chant des oiseaux.

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Marcel

Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l’aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.

1 COMMENTAIRE

  1. La lecture des reportages de Marcel sur les îles hawaiiennes me réconforte en plein hiver québécois! Et un gros merci pour ce très émouvant reportage sur ce grand pionnier de l’aviation que fut Charles Lindbergh.

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