Ayant fait son nid sur l’île Ford au milieu de la légendaire baie de Pearl Harbor, le jeune Pacific Aviation Museum a tout pour séduire : écrin naturel magnifique, hangars historiques ayant gardé les marques de mitraillage des avions nippons et une collection d’aéronefs déjà impressionnante.

Quoi de mieux qu’une escapade vers une île tropicale pour combattre la grisaille du mois de novembre ! C’est ce que j’ai fait récemment en passant d’agréables vacances à Oahu, l’une des îles hawaïennes. Oahu abrite Honolulu, la capitale de ce 50ème État américain, qui s’est développée autour de Pearl Harbor, une baie exceptionnelle pour le mouillage des navires. Ce sont bien sûr les paysages grandioses, l’eau turquoise et la multitude de plages qui attirent les touristes, dont celle de Waikiki. De cette plage célèbre, on peut voir au loin le manège incessant des avions de ligne arrivant et partant de l’aéroport international d’Honolulu, mais aussi d’appareils militaires utilisant l’attenante Hickam Air Force Base. Couché sur le sable, j’ai pu y observer le vol de gros porteurs militaires C-17 Globemaster et C-130 Hercules, ainsi que d’impressionnants F-22 Raptor s’élançant vers les nuages à une vitesse prodigieuse.

Ces avions modernes rappellent l’importance stratégique de la base navale de Pearl Harbor et évidemment l’attaque surprise qui précipita les États-Unis dans la mêlée de la deuxième guerre mondiale. Pourtant en novembre 1940, lors de la bataille de Tarente, la mise hors service d’une bonne partie de la force navale italienne par la Royal Navy avait déjà démontré la vulnérabilité d’une flotte au mouillage face à une attaque aéronavale, même avec des avions obsolètes comme le Fairey Swordfish. C’est toutefois l’attaque de Pearl Harbor par l’aéronavale nipponne, en décembre 1941, qui marqua définitivement la révolution du porte-avions dans les batailles navales à venir. La visite de cet important site historique, notamment de l’impressionnant cuirassé USS Missouri, est un incontournable lorsque vous êtes à Honolulu. Du pont de ce cuirassé, où fut signée la capitulation inconditionnelle du Japon, on peut apercevoir non loin le monument flottant au-dessus de l’épave de l’USS Arizona. Ces deux navires symboliques marquent le début et la fin de la deuxième guerre mondiale pour les États-Unis.

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En prime, le Pacific Aviation Museum abrite certains appareils représentatifs des forces aériennes impliqués lors de la bataille de Pearl Harbor. Ouvert en 2006, ce musée occupe une partie de Ford Island et comprend trois bâtiments historiques qui n’ont pas été détruits lors de l’attaque nipponne, soit une tour de contrôle aérien admirablement rénovée et deux immenses hangars qui abritent une partie de la collection d’aéronefs. Le dimanche fatidique du 7 décembre 1941, un grand nombre de navires de la flotte américaine du Pacifique étaient amarrés autour de l’île Ford dont les croiseurs Detroit et Raleigh, ainsi que les cuirassés Nevada, Utah, Tennessee, West Virginia, Maryland, Oklahoma, California et Arizona. Soigneusement alignés sur l’île, les avions amphibies de l’US Navy constituaient également des cibles faciles. Heureusement pour les américains, et au désespoir des japonais, les porte-avions de l’US Navy avaient récemment pris le large.

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La visite du Pacific Aviation Museum débute au Hangar 37, où un bref documentaire rappelant les évènements du 7 décembre 1941 est projeté. À la sortie de la salle de projection, on accède à l’aire d’exposition d’avions magnifiquement restaurés et mis en scène. Le premier est le légendaire Mitsubishi Zero qui inspira la terreur aux aviateurs alliés au début de la guerre. Autres coups de cœur: un bombardier B-25 Mitchell aux couleurs de ceux ayant participé au raid téméraire de Doolittle sur Tokyo en avril 1942 et un rarissime Grumman F4F Wildcat encore en état de voler. Bien que relativement commun, un exemplaire de Boeing Stearman, exposé dans un autre coin du hangar, a la distinction d’être celui à bord duquel George H.W. Bush a effectué une partie de sa formation. On y apprend que le futur président des États-Unis est devenu en 1943, à l’âge de 18 ans, le plus jeune pilote de l’aéronavale. Décoré du Distinguished Flying Cross, de trois Air Medals et du Presidential Unit Citation, et ayant effectué près de 60 missions, son TBM Avenger fut abattu près de Chichi Jima, mais le jeune Bush fut récupéré suite à une descente en parachute au milieu de la mêlée. Autres avions à y admirer: Curtiss P-40E Warhawk, Douglas SBD Dauntless et Aeronca TC-65 Defender.

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Mitsubishi Zero
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Grumman Wildcat
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Boeing «Bush» Stearman

En s’approchant du Hangar 79, on change d’époque et on passe par une série d’avions à réaction alignés sur le tarmac, représentatifs de la guerre froide, de la guerre de Corée et de celle du Viêt-Nam. Bien que je sois plutôt un amateur de vieux coucous à hélices, j’ai tout de même eu un faible pour un Convair F-102A Delta Dagger impeccablement restauré. À l’entrée du Hangar 79, on remarque les vitrages d’époque encore troués par le mitraillage des avions nippons. Avec une mise en scène du MiG Alley de la guerre de Corée, deux avions adversaires sont suspendus côte à côte: le F-86 Sabre et le MiG-15.

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Convair Delta Dagger

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MIG 15 et F-86 Sabre

Plus loin, autre avion d’origine soviétique, le MIG-21 est davantage représentatif de la guerre du Viêt-Nam, de même qu’aligné avec toute une brochette d’hélicoptères, le légendaire Bell UH-1 Huey. Un peu perdu parmi ces aéronefs plus modernes, un North American T-6 Texan et surtout un magnifique Curtiss P-40E (en fait un ancien appareil de l’Aviation royale canadienne) arborant cocardes chinoises nationalistes et couleurs des légendaires Flying Tigers américains. On y voit aussi d’autres appareils actuellement en restauration, dans un atelier partiellement accessible au public. Les autres aéronefs exposés autour et dans le Hangar 79 sont: F-5A Freedom Fighter, F-14D Tomcat, F-15A Eagle, F-4C Phantom II, F-86 Sabre Dog, F-104A Starfighter, T-33 Shooting Star, A3D/NTA-3B Skywarrior et un impressionnant F-111C Aardvark aux couleurs du Royal Australian Air Force. Pour les amateurs d’hélicoptères: SH-3 Sea King, CH-53 D Sea Stallion, SH-60B Seahawk, HH-34J Choctaw et Bell AH-1 Cobra. Actuellement en restauration: C-47 Skytrain, Stinson L-5E Sentinel, Cessna 0-2A Skymaster et l’épave d’un B-17E Flying Fortress.

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Stinson Sentinel

Bien que plusieurs appareils de cette collection, particulièrement les avions à réaction, sont encore en attente d’une cure de jouvence, on ne peut qu’admirer la diversité de la collection amassée en si peu d’années ainsi que le dynamisme des bénévoles qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre de ce jeune musée. Malgré les charmes naturels de la séduisante Oahu, un pèlerinage à Pearl Harbor est  un incontournable pour les amateurs d’histoire et d’aviation. Il faut toutefois prévoir un minimum de six heures si l’on veut tout visiter à un rythme pas trop rapide: sous-marin USS Bowfin, cuirassé USS Missouri, mémorial de l’USS Arizona et évidemment le Pacific Aviation Museum.

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Curtiss P-40 Warhawk / Flying Tigers

 

L’avis de notre reporter :

J’ai aimé :

  • l’emplacement exceptionnel et spectaculaire
  • la diversité des aéronefs, dont certains fort rares
  • la qualité des panneaux d’information
  • la propreté des lieux et la mise en scène soignée des appareils

J’ai peu apprécié :

  • le prix d’entrée assez dispendieux
  • la rareté des avions japonais de la Seconde Guerre mondiale… sans doute rares et difficiles à acquérir

 

5 COMMENTAIRES

  1. Un reportage passionnant, et une mention spéciale pour le P-40 des Flying Tigers mais aussi pour le petit Stinson L-5 présenté « nu ». Merci Marcel.

    • Le prix d’entrée est de 20$ US et de 30$ si l’on veut avoir un plein accès aux ateliers de restauration. En fait, c’est le cumul des droits d’entrée des trois attractions, incluant l’USS Missouri et l’USS Bowfin, qui est dispendieux.

  2. Tout est dit dans ce reportage, et bien relaté. Je visité ce musé il y a 6 mois. C’était avec un réel plaisir de m’y retrouvéen lisant ces lignes. J’ai eu un réel plaisir à visiter ce musée surtout le deuxième hangar. Nous pouvions être au plus près des avions. Nous pouvions également voir les bénévoles prendre du plaisir à retaper les avions.
    Je ne peux que vous recommander d’y aller, si vous pouvez.
    Le restaurant du musé est à recommander pour son ambience.

  3. J’ai visité le site en février 2014 et le coût du billet est de 60 $US ce qui inclut : Missouri, Bowfin, musée de l’aviation, le Mémorial Arizona, et le site principal avec plusieurs bâtiments thématiques avec écouteurs. Le billet est valide 2 jours. Nous avons effectivement visité en 2 jours en prenant bien notre temps. Site merveilleux pour les passionnés d’histoire. Le 7 décembre 1941 une date qui a changée le monde

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