Je propose de revenir avec les photos d’époque sur de différents salons de l’aéronautique et de l’espace au Bourget. Cela permet d’avoir une bonne idée de l’évolution des techniques et de l’aviation en général au cours du dernier tiers du XXe siècle. Premier « rétro-reportage » : le salon du Bourget 1971.

Transport civil : le salon d’avant le choc pétrolier

Toujours plus vite dans ce qui sera nommé les « trente glorieuses », période où l’on croyait avoir banni définitivement le spectre des crises économiques ! Il y avait du pétrole à foison, bon marché, on parlait peu de pollution. Il y avait bien la Guerre Froide mais elle était maîtrisée, chaque camp sachant jusqu’où il ne fallait pas aller. Et même la guerre du Vietnam et le Moyen Orient faisaient marcher les affaires !

La grande vedette, c’est toujours Concorde. Il n’est donc question que du supersonique commercial. Les deux prototypes construits accumulent les heures de vol. Réussite technique époustouflante de ces deux belles industries aéronautiques, l’anglaise et la française. On attend les commandes sans se faire trop de souci. Quoique…on commence à évoquer le bruit, le bang. Et les soviétiques qui viennent nous narguer avec cette (mauvaise) copie, le Tupolev 144 qui sera en service très bientôt en Russie. Il ne vole pas cette année. Dans deux ans il volera… et tombera. Et les américains qui viennent d’abandonner leur projet supersonique Boeing 2707. Mauvais signe.

Le transport de masse, c’est l’autre tendance, moins spectaculaire mais qui donne déjà des résultats : DC 10 et Tristar (Lockheed L 1011) sont en phase d’essais et le 747 vole depuis 1969 et est déjà venu au Bourget. Il revient cette année et est en service.

Pour l’Europe, dans l’immense ombre du Concorde apparaît un projet plus banal, avec un nom d’autocar : l’Airbus A 300B, biréacteur moyen courrier à grande capacité franco-allemand plus les Anglais. On y croit peu. D’ailleurs airbus est encore un terme générique désignant un avion à fuselage large. On ne pense pas pouvoir concurrencer les américains, même pas les Anglais ou les Russes. On croit davantage dans les chances du Dassault Mercure qui vient faire un passage au Salon peu après son premier vol.

Défense, entre guerre froide et coopération européenne

Les américains montrent leurs muscles, les Russes la jouent puissance pacifique et les européens ont de beaux avions et les vendent.

Alors que le F 15 est seulement envisagé pour remplacer le Phantom et que le F 14 et le F 11 sont en essais, ce sont les avions européens qui tiennent la vedette : Le Mirage III est un beau succès et sa version BE est exposée, le successeur sera peut-être le magnifique Mirage G-8 qui montre ses possibilités (« rapide comme une flèche, il se pose comme une fleur » dit la publicité dans Aviation Magazine).

Le puissant Lightning montre ses réacteurs superposés, le Jaguar commence juste sa carrière. L’Alphajet est en construction. C’est la vogue des projets en coopération. Les Européens ont compris que c’était nécessaire pour garder une industrie aéronautique.

Le décollage court ou vertical, c’est le nouveau « challenge », pour amener l’avion au cœur des villes ou des combats. Et la consommation des multiples moteurs importe peu. Les projets sont foison, civils comme militaires mais sont loin de la réalisation ou de la mise au point. Seul le Hawker Harrier vient nous régaler de sa (bruyante) démonstration. Le Breguet 941, camouflé, n’en finit pas de susciter des espoirs mais il ne lui reste plus beaucoup de chances.

Les Suédois se distinguent, affirmant leur indépendance : le si beau Draken impressionne en tenue camouflée et en version reconnaissance. Le Viggen lui succèdera bientôt au sein de la Svenske Flygpvanet

Du côté des lourds, on peut entrer dans le nouveau C5A Galaxy comme dans une cathédrale et les Russes sont là avec l’Ilyouchine 76, le Tupolev 134. Ils feront encore plus gros. Et leur nez vitré en dit long sur l’utilisation militaire possible. Du moins on le dit. Les Français exposent le Breguet 1150 Atlantic, promis à une si longue carrière

Espace, capsules en tout genre

Capsule Apollo 12
Capsule Apollo 12

Aux yeux du grand public, dont je faisais partie, c’était la conquête de l’Espace qui faisait le plus rêver avec Concorde bien sûr . C’était aussi le terrain privilégié d’affrontement entre Soviétiques et Américains. Ces derniers avaient gagné la course à la lune. L’équipage d’Apollo 14, Shepard, Mitchell et Roosa, qui en était revenu en février fit une visite au Bourget. J’y ai vu la capsule d’Apollo 12, toute brûlée par la rentrée, et un morceau de roche lunaire dans une vitrine. Les Russes étaient présents, exposant comme d’habitude de très belle maquettes grandeur de leurs satellites, sondes, cabine Soyouz et station Saliout depuis peu en orbite et préfigurant leur orientation nouvelle : l’exploitation de l’espace circumterrestre. Et leur robot lunaire Lunakhod, ressemblant à une cocotte minute sur des roues grillagées trônait sur le stand Russe. Il préfigurait finalement l’avenir de la conquête spatiale parce qu’on n’envoie plus que des engins automatiques et que les vols humains se cantonnent à l’orbite basse.

Histoire, les 40 ans du « ? »

Breguet XIX Point d'interrogation Atlantique 1930
Breguet XIX Point d’interrogation
Atlantique 1930

Le musée de l’air était encore dans un hangar à Chalais-Meudon mais on avait exposé un Hawker Hurricane et le Breguet XIX « Point d’interrogation » de Costes et Bellonte pour le quarantième anniversaire de leur traversée Ouest-Est de l’Atlantique. C’est émouvant de le voir, en couleurs en plus, dans sa livrée rouge, malgré son moteur rouillé.

L’aviation française a une belle histoire… et un bel avenir, en 1971.

5 COMMENTAIRES

  1. Une vrai beau sujet passionnant. J’ai toujours adoré les sujets flash-back sur les précédentes éditions du Bourget, notamment dans le Fana ou Air Fan. Merci Bernard.

  2. Oui tout comme vous Arnaud, je suivais avec émerveillement et passionnément l’aéronautique (Aviation magazine, Air et Cosmos) de l’époque, et notre pays n’y faisait pas défaut, avec ses réalisations : Mirage III et dérivés, Mirage G8,  » l’ ADAV  » Mirage III V suivi du Mirage Balzac et du fameux Atlantic franco allemand (remanié, certes et toujours en service), le Concorde, 747, etc… sans compter le suivi de la  » bagarre  » spatiale USA- UNION SOVIETIQUE avec tous leurs engins et les fameux Cosmos lancés à tour de bras par les soviétiques, et les expéditions US vers la Lune et au-delà, vers les autres planètes du système solaire que l’on découvrait de près pour la première fois, et les premières sorties spatiales, je suivais tout ça comme un dingue. C’était une époque charnière pour l’aéronautique et l’astronautique, et comme vous dites  » L’aviation française a une belle histoire et un bel avenir, en 1971″

  3. C’est très intéressant comme billet. Surtout pour un étudiant en Histoire comme moi ^^
    Ce que j’aime bien c’est le « ? ». C’était 40 ans après, c’était encore « frais » dans les mémoires. Alors que maintenant on a l’impression que c’est de la préhistoire ^^.

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