Durant la Seconde Guerre mondiale la Corse a été le théâtre de féroces et nombreux combats aériens entre la Luftwaffe d’un côté et l’US Army Air Force et la Royal Air Force de l’autre. Il en résulte un nombre important d’épaves gisant à la fois au fond de la Méditerranée et de la mer Tyrrhénienne, dont une au large de la plage de Miomo, sur la commune de Santa-Maria-di-Lota. Il s’agit d’un chasseur américain Republic P-47 Thunderbolt dont le sort pose actuellement d’importantes questions et pour lequel une solution originale pourrait avoir été trouvée via le recours à l’électrolyse. Grâce à cet ingénieur dispositif les plongeurs pourraient continuer à jouir de cet avion et la biodiversité marine ne perdrait pas le refuge qu’il représente pour de nombreuses espèces vivantes.
L’épave du chasseur repose au fond de la mer Tyrrhénienne par 19 mètres de profondeur. Elle est donc assez facilement accessible pour les plongeurs des clubs de Haute-Corse. La majorité des moniteurs et encadrant la connaisse. Sur l’avion on en sait peu en fait si ce n’est ce que nous en apprend le photographe sous-marin Stéphan Le Gallais. Selon lui cet avion serait un P-47 à verrière en goutte d’eau (ou bubbletop en anglais) donc un P-47D à partir de la 25ème série de production et des modèles suivant comme le P-47M et le P-47N. Les images sous-marines ne permettent plus de voir de traces de peintures attestant d’une appartenance américaine ou britannique (au sens le plus large du terme) au moment de sa perte.
Et à titre personnel dessus j’y vois plutôt un avion antérieure à la verrière à goutte d’eau, plutôt un modèle P-47D d’origine, le fameux Razorback, ou précédent voire un (rare) P-47G. À la différence de monsieur Le Gallais je n’ai pas plongé sur cette épave, donc je cite son expertise.

Après huit décennies au fond de l’eau les carlingues et voilures s’usent vite. Entre le sel marin et la force des courants les épaves ont tendance à se désagréger. Ce qui pourrait être vu à priori comme une bonne chose pour l’environnement est en fait dramatique pour la faune et la flore sous-marine. Car en plus de 80 ans toute la vie qui grouille dans la zone a su faire de cet avion de chasse sa maison. Étonnant qu’un engin de mort comme un chasseur de 39/45 soit finalement devenu un havre de paix pour autant d’espèces. On appelle ça l’ironie de l’Histoire.
Alors pour permettre de sauver l’épave du P-47 Thunderbolt de la plage de Miomo la DGPA, la Direction Générale des Patrimoines et de l’Architecture du ministère de la Culture a sorti les grands moyens. Via le DRASSM, le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines, qui lui est rattaché elle a décidé d’employer une méthode chimique non invasive articulée autour de l’électrolyse.
Ce procédé bien connu de toutes celles et tous ceux qui ont fait de la chimie à partir du collège va apporter ce que les scientifiques appellent une protection cathodique. En gros un voile anti corrosion composé principalement de calcaire va venir se déposer sur la majeure partie de l’avion afin de protéger celui-ci de sa propre désagrégation. L’épaisseur de celui-ci n’excèdera pas le millimètres et permettra de protéger l’épave durant quelques années. Il faudra ensuite reproduire l’expérience dans le temps afin de préserver ce chasseur américain.
Ce que les scientifique du ministère de la Culture expérimente au large de la plage de Miomo pourrait ensuite être appliqué à plus grande échelle sur les autres épaves en France, et pourquoi pas dans le monde. Le P-47 Thunderbolt de Santa-Maria-di-Lota entrerait alors dans l’histoire de la conservation de ces fragments de la Seconde Guerre mondiale.

Il est même question que le le parc naturel marin du Cap Corse puisse faire classer au titre du patrimoine biologique et culturel ces épaves afin de les protéger juridiquement pour les années à venir. Et ainsi leur permettre de continuer à jouer leur rôle de sanctuaire du vivant. Pas mal pour des tas de ferrailles qui ne devaient théoriquement pas survivre à la guerre…
Photos © Corse images sous-marines via France 3.
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2 réponses
La verrière est faite de petits carreaux, on voit très bien que ce n’est pas une version goutte d’eau.
A Calvi c’est un B17 qui repose par 28 mètres de fond avec 3 corps qui n’ont jamais été remontés.
C’est aussi ce que je me disais mais je ne suis pas photographe sous-marin et n’ai jamais plongé sur cette épave corse.