Mais au fait c’est quoi Guernica ?

Mais au fait c’est quoi Guernica ?

Ce mercredi 28 septembre 2016 le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a eu cette petite phrase qui a fait grand bruit : «Nous ne laisserons pas Alep devenir le Guernica du 21ème siècle». Alors pour une fois qu’un décideur politique fait référence à un évènement historique où l’aviation a joué un rôle prépondérant, il est peut être bon de l’expliquer. Pour cela il convient d’abord de rappeler ce que fut Guernica. Un fait historique majeur de l’entre-deux-guerres et de la montée en puissance de laviation allemande renaissante.

Guernica est une ville du pays basque espagnol dont le nom demeure intimement lié à un bombardement survenu dans l’après-midi du 26 avril 1937. Ce jour là les avions d’attaque Henschel Hs 123 et Junkers Ju 87 frappèrent en piqué le centre-ville tandis que les faubourgs et les installations artisanales et industrielles étaient pilonnées par les Dornier Do 17 et les Heinkel He 111. Tous ces avions appartenaient à la Légion Condor, un corps expéditionnaire de la Luftwaffe permettant d’apporter la force de frappe allemande aux combattants franquistes. Le bilan de cette demi-journée de bombardement fut la destruction de plus de 80% de la ville, la mort de 1250 à 1650 civils espagnols et plus de 3500 blessés.

Le bombardement de Guernica a été immortalisé par le peintre espagnol Pablo Picasso, au travers d’une de ces plus mémorables œuvres. Par son gigantisme (3,49 mètres x 7,77 mètres) ce tableau est une des pièces maîtresses de l’époque cubiste de l’artiste.
Guernica est visible à Madrid, au musée de la reine Sofia.

Alors du coup on peut analyser la phrase du ministre français sous plusieurs angles, ou plutôt avec deux degrés d’analyses différentes. La première c’est au premier degré : voir dans le bombardement des forces russes et syriennes une attaque disproportionnée contre une ville en grande partie habitée de civils innocents et où les combattants ennemis ne représentent qu’une minorité vis à vis des moyens engagés. Le bombardement des deux hôpitaux civils visés par les avions d’attaque russes en est une démonstration flagrante.

Au deuxième degré on peut voir cela comme un parallèle de la part du gouvernement français entre les corps expéditionnaires allemands de 1937 et russes de nos jours, qui dans les deux cas viennent renforcer un pouvoir autocratique affaibli par des combattants ennemis. Certes Al Qaïda et Daech ne sont absolument pas comparables avec les brigades internationales et les combattants républicains, mais peut-on en dire autant des résistants laïcs syriens ?

Voilà cette courte analyse peut vous permettre, et notamment aux plus jeunes, de mieux comprendre la petite phrase de Jean-Marc Ayrault qui n’a pas fini de faire couler d’encre. Il faut savoir qu’à New York, au siège de l’ONU, certaines voix s’élèvent pour demander des poursuites contre la Russie et la Syrie pour crimes de guerre. Les frappes aériennes contre ces deux centres de santé sont mal passées. Bien entendu ces poursuites n’ont aucune chance d’aboutir, la Russie étant membre du conseil permanent de sécurité et dispose donc d’un droit de véto.

Photo © San Diego Air and Space Museum.

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

2 COMMENTAIRES

  1. Vous avez rédigé Arnaud un très pertinent article qui prouve votre grande culture historique. Je constate que plusieurs occidentaux ignorent l’histoire de leur collectivité et du monde occidental. Le conflit syrien évoque plusieurs similitudes avec les conflits du XXe siècle. Les méthodes employées par la propagande de Daech nous rappellent celles d’autres régimes tyranniques dont celui du sinistre Troisième Reich. Mais il est faut de prétendre que l’histoire est un perpétuel recommencement. La révolution russe d’octobre 1917 n’est pas une répétition de la révolution française. Pour aller plus loin dans cette réflexion Je vous invite à lire l’article de l’historienne Hélène Miard-Delacroix, « Non, l’histoire ne se répète pas » paru dans Libération du 8 avril 2014 http://www.liberation.fr/evenements-libe/2014/04/08/non-l-histoire-ne-se-repete-pas_994015

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