Un lieu centenaire de l’excellence

Bugatti et Messier ont montré un même esprit d’invention, de polyvalence, et d’exigence dans la mécanique fine. Même si George Messier reste l’inventeur des atterrisseurs au début du siècle, la ville d’Ettore Bugatti l’automobile, Molsheim est devenu un haut lieu de l’excellence aéronautique française.

Une Bugatti Veyron devant le château d'Ettore BugattiIl n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour faire de belles découvertes aéronautiques. La petite ville de Molsheim, à 3 kilomètre de chez moi, est le fief historique de la firme Bugatti et on y produit toujours les modèles de cette marque de luxe, comme la Veyron. Mais c’est aussi ici que se trouve une des usines de Messier-Bugatti, désormais intégré dans le groupe Safran. A l’occasion de la visite d’un stagiaire en veille et intelligence économique, j’ai eu le privilège de visiter les halls de réparation des pièces aéronautiques. Le site ne produit désormais plus de train d’atterrissage, mais l’expérience acquise depuis la fabrication des jambes du Concorde en fait aujourd’hui le spécialiste de la réparation et de l’entretien des trains, roues, freins, pompes, etc… aussi bien pour les appareils civils que militaires. Les systèmes de freinage, jantes, et systèmes hydrauliques restent produits sur place.

Mirage 5 devant l'entrée du site industriel de MolsheimAvant la visite, première surprise, sur le parvis de l’entrée de l’usine trône un Mirage 5 dont j’ignorais l’existence. Il fut installé ici lors des 90 ans du site en 1999. Cela nous rappelle bien la vocation de l’entreprise : l’aéronautique, car la partie automobile de luxe est bien séparée à quelques centaines de mètres derrière le château Saint Jean de la famille Bugatti.

Les ateliers sont nombreux et parfois impressionnants. A noter une spécificité inédite (pour moi en tout cas) : les ateliers de réparation des systèmes hydrauliques civils et militaires sont volontairement séparés, non pas pour des raisons de sécurité, mais simplement parce que les huiles sont différentes. En effet, l’huile «militaire» est minérale et inflammable mais de haute performance, tandis que l’huile «civile» est ininflammable, mais plus abrasive. Les joints des uns seraient détruits ou abimés avec l’huile de l’autre et inversement.

Ateliers de réparations des trains d'aterrissageDans ces ateliers clairs, propres, et bien aménagés, on trouve un peu de tout. Des systèmes de freinage d’appareils civils usés jusqu’à la corde et noir de carbone ; des pompes parfois anciennes, comme celles d’un Breguet Atlantique. Les plans anciens, années 60, sont alors accrochés au tableau alors que chaque poste dispose d’un équipement informatique plus utile pour les appareils récents. Un décalage technologique un peu déroutant mais compréhensible.

Ainsi des trains du Rafale Marine, sont déjà en entretient sur le site. Surtout le train avant fortement mis à contribution. En effet, il est appelé «train sauteur» car il s’écrase fortement au début du catapultage et « explosant » ensuite pour offrir un meilleur angle d’attaque et une meilleur portance à l’appareil, sur notre court porte-avions Charles de Gaulle.

Les halls de réparation des trains civils est le plus gigantesque et doit accueillir les trois pièces de l’A380. Aujourd’hui, seulement celles des prototypes sont revenues pour être remise en configuration normale d’exploitation, sans tous les capteurs des essais en vol. L’atelier ne chôme pas, contrairement aux autres activités du groupe, car les compagnies rallongent au plus les pièces de l’appareil. Ainsi, une pièce peut être remise à neuf plusieurs fois. On parle alors d’une «vie» et chaque train peut avoir plusieurs «vies».

Ateliers de réparations des pièces d'avions militairesLe reste des ateliers sont principalement consacrés au tournage/fraisage de pièces de rechange, au chromage dans des grands bains de produits chimiques, etc… On y trouve des machines uniques datant de la construction du Concorde et qui servent toujours grâce à leur utilité très spécialisée, même si elles paraissent sorties d’un reportage des années 60.

Un site qui représente le savoir technologique à la française. D’ailleurs septembre 2009 sera l’occasion de fêter les 100 ans d’excellence de la firme Bugatti.

Ps : aucune photo ne pouvait être réalisée à l’intérieur du site, mais les photos d’ateliers sont celles de la plaquette officielle.

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Gaëtan
    Je viens seulement de découvrir votre magnifique reportage.
    J’ai travaillé un temps chez Hispano-Suiza. À cette époque-là, il y avait une forte collaboration entre les marques. On parlait même de « Messier-Hispano-Bugatti ». Le site de Bois-Colombe a été totalement rasé. Il semble qu’Hispano ait été totalement occulté de la mémoire du site de Molsheim. Pauvre Hispano. Le train principal du Concorde, c’était lui, celui du Mirage F1 aussi, etc.

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