Au cours de la Seconde Guerre mondiale, quelques pilotes ont mené des dogfight extraordinaires. Certains sont dignes des films hollywoodiens. En voici un des plus extraordinaires, agrémentés de témoignages : l’histoire d’Owen Baggett, pilote abattu, qui parvient à descendre un chasseur japonais avec son pistolet M1911. Quand la réalité dépasse la fiction.

Les Liberator du 7th B.G., Panagarh Airfield, Inde
Les Liberator du 7th B.G., Panagarh Airfield, Inde

Le 31 mars 1943, le 7th Bombardment Group a pour mission de détruire un pont de chemin de fer à Pyinmana, entre Rangoon et Mandalay en Birmanie. Ce pont est également à proximité de deux bases de chasseurs japonais très actives en ces temps-ci… En effet, le 7th Bombardment Group, faisant partie de la 10th Ait Force américaine (la plus petite en terme numérique), basé en Inde, avait pour mission d’opérer jusqu’en Chine en passant par le territoire birman occupé les forces japonaises.

La formation constituée de 22 avions, est menée par le colonel Conrad F. Necraston, commandant de l’unité. Tous les avions sont des bombardiers américains Consolidated B-24. Les avions décollent et tout se passe comme prévu dans un premier temps. Mais avant même que l’objectif ne soit en vue, treize Nakajima Ki-43-II du 64è Sentai, menés par l’as aux 30 victoires Yasuhiko Kuroe (1918-1965), commandant le 3è Chutai, leur tombent soudainement dessus. Ils s’en prennent aux B-24 les plus à l’arrière. Le colonel Necrason, en tête de la formation, maintient le cap sur Pyinmana.

baggett
Owen J. Baggett

C’est là que Owen J. Baggett entre dans la dance. À 8000 pieds (2.240 mètres), lui et ses compagnons se font touchés deux fois. « Un coup de zone des mitrailleurs de sabords, l’autre qui ricoche contre une plaque de blindage et file dans la soute à bombes. Notre circuit d’oxygène a aussitôt pris feu et notre intercom a cessé de fonctionner. », raconta plus tard Bagget. Les bouteilles d’oxygène explosent, intensifiant les flammes qui dévorent l’arrière de l’avion.

Le sergeant Samuel A. « Bud » Crostic descend de sa tourelle dorsale, et s’empare de deux extincteurs qu’il percute et dirige vers l’arrière de l’avion tout en se tenant sur la passerelle qui surplombe la soute à bombes, ouverte. Crostic vide ses extincteurs, ce qui donne au reste de l’équipage un court répit pour se préparer à évacuer l’appareil. Baggett enfile un parachute.

Quand il ouvre à nouveau ses yeux, il est pendu sous une coupole de soie… Pourtant, Baggett ne souvient pas d’avoir sauté de l’avion en perdition: « Je dois être tombé inconscient un court moment. J’ai réalisé que le harnais de mon parachute était mal bouclé, une laniède cuisse n’était pas attachée, mais mon parachute était ouvert. »

Tandis que le B-24 explose au-dessus de lui, Baggett ne voit que trois autres parachutes déployés… Les cinq autres membres de l’équipage n’ont pas survécu. Commence alors un funeste balai.

« Je les ai vu tirer sur mes gars suspendus sous leurs coupoles. Un chasseur est venu vers moi et m’a tiré dessus. J’ai tiré sur les suspentes pour faire déraper mon parachute. Il m’a raté si ce n’est une balle qui m’a éraflé le bras gauche. J’ai fait le mort. Je me suis effondré au bout des suspentes. Mais en même temps j’ai dégainé mon Colt 45. Le chasseur japonais est revenu vers moi. J’avais tellement peur… »

Les pilotes américains partaient souvent en mission avec un pistolet. Il s’agissait surtout de l’utiliser pour se défendre contre des bêtes sauvages en cas d’atterrissage forcé dans la jungle. Pour pouvoir tirer à loisir sur les pilotes américains qui se parachutaient, les pilotes japonais ralentissaient leur avion au maximum. Un nombre de tours d’hélice moindre augmentait la cadence de tir des mitrailleuses de 7.7 mm.

Le pilote japonais exécute alors un demi-tour et se présente de nouveau face au pauvre Baggett, à une vitesse proche du décrochage, sans doute pour mieux apprécier le résultat de son tir, et ouvre sa verrière. Quand il est au plus près, Baggett, dans un accès de rage et de peur, se redresse, tend son bras droit et tire quatre coups vers le pilote japonais avec son Colt 45. Le chasseur décroche, part en vrille et s’écrase.

Composition d'époque qui remet la situation à l'échelle
Composition d’images d’époque qui remet la situation à l’échelle

Baggett, éberlué, n’arrive pas sur le coup à croire que la scène à laquelle il vient d’assister résulte de ses tirs désespérés. Le sol approchant très vite, il n’a pas le temps d’y réfléchir. Surtout qu’à peine au sol, il doit se relever et courir car les chasseurs japonais continuent de lui tirer dessus. Il parvient à se mettre à l’abri derrière un arbre.

Le lieutnant Jensen et le mitrailleur de queue Higgenbotahm se sont posés non loin de lui. Les trois hommes sont vite capturés par des Birmans qui les remettent aux autorités japonaises. Le sergeant Crostic a lui aussi survécu à l’atterrissage. Bagget et Jensen sont convoyés par bombardier dans un camp de prisonniers de Changi, près de Singapour.

Là, Bagget, Jensen et un autre officier sont convoqués devant le général japonais en charge de tous les camps de prisonniers. Baggett a le sentiment d’être traité comme « une célébrité ». On lui offre l’opportunité de faire « la chose honorable » et on lui explique comment pratiquer le seppuku (se faire hara-kiri, littéralement « coupure au ventre »). Il décline poliment l’offre comme un gentleman.

Quelques mois plus tard, le colonel Harry Melton, commandant le 311th Fighter Group, dont l’avion a été abattu, est de passage dans le camp. Il raconte qu’il a entendu de la bouche d’un colonel japonais que le pilote sur lequel Baggett avait tiré a été éjecté de son siège quand l’avion s’est écrasé et a brûlé, et qu’il a été retrouvé avec une balle dans la tête. Le colonel Melton voulut faire un rapport officiel sur cet incident, mais il n’en n’eut pas l’occasion. Il perdit la vie lorsque le bateau qui l’emmenait vers le Japon fut coulé. Bagget se dit alors qu’il était fort possible qu’un de ses tirs ai atteint le pilote japonais…

Deux faits plaident en sa faveur:

  • en premier lieu, aucun chasseur américain n’escortait les B-24, qui auraient pu abattre le chasseur japonais ;
  • en second lieu, l’incident s’est déroulé vers 4.000 ou 5.000 pieds (1.220-1.520 m), soit une altitude bien suffisante pour sortir d’un décrochage et d’une vrille involontaire.

Le doute ne tient plus. Baggett a bel et bien abattu un chasseur japonais d’un balle dans la tête avec son Colt de calibre 45, alors qu’il descendait sous son parachute.

Durant les deux ans et demi pendant lesquels il demeura emprisonné à Changi, son poids passa de 80 à 40 kg. Il fut libéré le 7 septembre 1945 par un commando de l’Office of Stategic Services (OSS) qui prit le contrôle du camp et y fit atterrir un Douglas C-54 Skymaster.

Bagget est décédé le 27 juillet 2006 à New Braunfels, au Texas. Il demeure à ce jour dans les annales de l’histoire de l’aviation pour avoir abattu un chasseur en vol avec son seul Colt 45 modèle M1911A1.


NDLR : l’image illustrant l’article est issue du film « L’Effaceur » (Eraser), sortie en 1996, où le marshal John Kruger, joué par Arnold Schwarzenegger, se retrouve éjecté d’un Boeing 727-30 de transport fédéral sur lequel il tire avec son pistolet automatique. Dans le film, il n’attend que le pare-brise, obligeant le pilote à abandonner sa manoeuvre et à faire un atterrissage d’urgence.

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