Au moment où l’actuel locataire de la Maison-Blanche ne jure que par l’annexion du Groënland il est peut-être bon de rappeler que l’Amérique n’a pas toujours été garante de sécurité pour ce (giga maousse) bout de Danemark en Atlantique nord. En effet il y a 58 ans jour pour jour l’US Air Force voyait à la fois un de ses précieux Boeing B-52G Stratofortress s’y écraser mais aussi quatre bombes H aller se balader dans la nature. Un des sept membres d’équipage de l’avion périt d’ailleurs dans l’accident. C’est un des premiers accidents de type Broken Arrow particulièrement documenté.
Broken Arrow c’est pour les cinéphiles un excellent western de Delmer Daves tourné en 1950 avec James Stewart, Jeffrey Chandler, et Debra Paget mais aussi une honnête série B d’action de John Woo de 1996 avec John Travolta, Christian Slater, et Samantha Mathis. Et d’ailleurs ce second film relate un Broken Arrow au sens où nous l’entendons dans cet article. Bon je laisse de côté mon costume d’Eddy Mitchell façon «la dernière séance» pour en réenfiler un qui me sied mieux.
Car oui il y a 58 ans jour pour jour un bombardier stratégique Boeing B-52G Stratofortress s’écrasait à l’approche de Thule AB, la base aérienne de l’OTAN sise sur la côte occidentale du Groënland. L’épave de l’avion fut retrouvée sur la banquise à un peu moins de treize kilomètres du seuil de piste. Six des sept membres d’équipage avaient réussi à s’éjecter correctement et à s’en sortir sans trop de bobos. Le septième mourut, tué sur le coup. L’affaire aurait dû faire du bruit si l’US Air Force n’avait pas muselé les médias locaux. Il faut dire que le bombardier ne patrouillait pas à vide. Quatre bombes H, des armes thermonucléaires, se trouvaient à bord de l’avion.
Sur les causes de l’accident en lui-même plusieurs zones d’ombres subsistent encore, près de 60 ans plus tard. L’US Air Force n’a jamais été connue pour sa transparence, encore moins quand l’arme nucléaire est en jeux. On sait seulement que l’avion revenait d’une patrouille stratégique quand un incendie s’est déclenché à bord et que le commandant de mission a annoncé au contrôle aérien du Strategic Air Command tenter l’atterrissage d’urgence à Thule AB. On sait désormais que le B-52G Stratofortress n’y arriva jamais. Fortement endommagées dans l’accident les quatre armes nucléaires à gravitation B28FI avaient une puissance estimée à 700 kilotonnes chacune, selon des informations issues d’ONG américaines. Là encore 58 ans plus tard le Pentagone reste muet sur la charge exacte de ces armes. Il faut dire qu’elles ne sont pas restées intactes.
Une contamination radioactive à l’uranium 235 fut constatée et des centaines de tonnes de boues furent évacuées vers un centre de retraitement aux USA. Des navires cargos furent spécialement affectés à cette mission. En janvier 1968 la préservation de l’environnement du Groënland ne signifiait déjà rien pour l’Amérique. Ce que le Pentagone voulait éviter c’est que les informations autour de la radioactivité des bombes B28FI ne tombe entre les mains de Moscou. Une chappe de plomb tomba alors sur l’accident de Thule. Washington DC fit pression sur Copenhague afin d’éviter que les informations ne fuitent. Les agences de presse furent tenues à l’écart. Jusqu’en 1995 on ne sut jamais qu’un accident nucléaire impliquant quatre bombes H avaient eu lieu dans la région. Seul le crash duB-52G était connu. On doit la vérité à des familles de techniciens danois décédés de cancers agressifs et ayant travail à l’évacuation des boues radioactives.
Officiellement les autorités américaines et danoises ont bel et bien récupéré les quatre bombes H. Cependant en 2008 des journalistes britanniques d’investigation de la très sérieuse BBC ont émis l’hypothèse que seules trois armes ont bien été récupéré. La quatrième reposerait par plus de 1800 mètres de profondeur, dans les eaux glaciales de la baie de Baffin. Le Pentagone nie catégoriquement les allégations britanniques sans toutefois apporter la moindre preuve formelle de la récupération des quatre bombes H.
À n’en pas douter les habitants du Groënland se souviendront longtemps de ce Broken Arrow du 21 janvier 1968. Et à n’en pas douter non plus aujourd’hui ils sauront rappeler à l’agresseur américain cet épisode douloureux de leur histoire commune. On estime que plus de 150 personnes, Groënland et Danemark continental confondus, sont mortes d’avoir travaillées à l’évacuation des boues radioactives issues du crash de ce bombardier stratégique américaine voici 58 ans.
Photo © US Air Force
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