On connaissait le coavionnage, voilà une nouvelle forme d’ouverture ou d’uberisation du monde aéronautique. Plusieurs administrations d’aviation civile, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, réfléchissent actuellement à des services d’avions de tourisme en libre service sur le fameux principe du car sharing. Une idée qui semble cependant poser pas mal de questions et n’est peut-être pas adaptable à tous les modèles aéronautiques dans le monde.

L’idée est pourtant assez simple : une société privée disposerait d’une flotte conséquente d’avions de tourisme qu’elle répartirait dans les aérodromes d’un territoire donné. Moyennant un abonnement et un forfait à la location les avions seraient accessibles en libre service pour aller d’un aérodrome à un autre aérodrome. Ça vous rappelle quelque chose ? Oui et pour cause c’est le principe des autopartages (ou car sharing dans la langue de Shakespeare) bien à la mode chez nous malgré quelques récents (et très médiatisés) couacs.

Alors quels sont les questions qui se posent ? Avant tout le droit, à savoir est-ce que l’avion en libre-service est légal dans tous les pays. Et là ça ne semble pas franchement gagné. En France par exemple tout porte à croire que ce modèle économique se heurterait à des textes législateurs particulièrement protecteurs vis à vis des aéro-clubs et des compagnies d’avions-taxis. Ce que visiblement ne connaissent pas nos amis Américains et Britanniques chez qui ce nouveau concept pourrait voir le jour très prochainement.

Ensuite autre question : l’entretien d’un avion. Un monomoteur Cessna, Piper, ou Socata n’est pas une voiture électrique : il demande à aller très souvent entre les mains expertes d’un mécano qui vérifiera que tout fonctionne parfaitement et que rien n’a été altéré sur l’avion depuis le dernier client. Quiconque a déjà roulé à bord d’une voiture en autopartage sait bien que ce n’est jamais le cas. Ces voitures sont généralement sales, malodorantes, et dans un état mécanique catastrophique. Mais ce dernier point se comprend largement. Au rythme de six à huit utilisateurs journaliers, donc six à huit gabarits, et autant de manières différentes de conduire, les mécaniques souffrent. Et comme les voitures ne sont pas révisées en permanence elles s’usent très vite.

Et enfin qui pourra louer ces avions ? Sachant qu’une licence de pilote se retire globalement encore plus facilement qu’un permis de conduire à points comment être sûr à l’instant T que l’homme ou la femme qui prend l’avion a bien le droit de le piloter ? Un contrat de confiance ça peut marcher sur la route pour des véhicules urbains (encore que perso je sois très circonspect sur la question) mais dans les airs avec les dangers inhérents à l’activité aéronautique ça devient carrément dangereux.

Au final et si cet «avion-partage» n’était qu’une énième mauvaise idée afin de continuer à ubériser un peu plus nos sociétés, en cassant des principes et des habitudes qui fonctionnent bien, simplement au nom de la modernisation ? Car après tout les aéro-clubs en France font au moins aussi bien avec ce petit plus que jamais «l’avion-partage» ne connaitra : l’ambiance chaleureuse et familiale.

Photo © Wikimédia commons.

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