Bon d’accord les Américains font souvent des choses bizarres avec leurs avions, mais là on atteint littéralement des sommets. Il existe une pratique mal connue de ce côté ci de l’Atlantique nord qui consiste à faire larguer par des avions de tourisme des dizaines de kilos de poissons vivants dans des lacs de montagne dans l’Utah. Il s’agit pour eux de repeupler ces zones avec principalement des saumons et des truites. N’y voyez pourtant là aucune forme de geste pour l’environnement ces poissons sont destinés à la pêche de loisirs.

Et c’est majoritairement avec des monomoteurs à aile haute Cessna 172 et 185 que ces pilotes font cela. Leurs avions ont été spécialement modifiés pour ce type de vols via l’installation de grandes ouïes sous le fuselage. Ils peuvent emporter chacun jusqu’à 350 kilos de saumons et de truites.Tous sont vivants et en parfaite santé. Les poissons en question ne sont d’ailleurs pas des alevins mais bien des animaux arrivés à maturité, nés en captivité dans des fermes d’élevage piscicole.
Pour réussir leurs largages les pilotes sont obligés de survoler les lacs de montagne à une altitude comprise entre dix et quinze mètres du bord de l’eau. Pilotes et ichtyologues (les biologistes spécialistes des poissons) estiment qu’environ 90 à 95% d’entre eux survivent au plongeon. Bien évidemment ils baignent dans une eau à température constante durant tout le vol.

Ces missions sont destinés à enrichir les lacs de montagne de l’Utah particulièrement pauvres en poissons. Mais les agents fédéraux de l’US Fish and Wildlife Service veillent. Ils ont obligé les éleveurs à rendre stériles tous ces poissons destinés à la pêche sportive. En effet les deux espèces de saumons et de truites sont réputées particulièrement invasives, et si elles se reproduisaient elles pourraient mettre en péril la faune et la flore très fragiles de ces lacs de montagnes.

Pour autant ces largages aériens de poissons, aussi surprenants et quasi saugrenus soient t-ils datent d’assez longtemps. Les premiers ont en effet eu lieu au milieu des années 1950, à l’époque avec des Aeronca L-3 et des Piper L-4 démilitarisés. Bien entendu ces avions légers emportaient moins de poissons que les actuels Cessna. Avant l’avènement de l’aviation légère c’est à dos de chevaux et de mulets que les truites et saumons étaient hissés en altitude, mais avec un taux de mortalités des poissons de l’ordre de 70%.

Aux États-Unis où la question écologique est aussi sensible qu’en Europe ces vols n’ont pas que des aficionados. Beaucoup les dénoncent, et relativement à juste titre. En mai 2014 l’accident d’un Cessna 205 a pollué les eaux d’un lac pour plusieurs années. L’avion avait fait le plein de carburant et celui-ci s’est répandu immédiatement après que le monomoteur s’y soit abimé. De nombreux militants écologistes américains dénoncent donc cette pratique qu’ils considèrent comme désuète et finalement assez peu utile, en plus d’être dangereuse pour les écosystèmes.
À bien y réfléchir il y a peu de chances que de telles pratiques soient faisables en Europe, les règles de l’aviation civile étant souvent assez strictes.

Que l’on soit d’accord ou non avec ces vols de largages de poissons il est indéniables qu’ils nous paraissent pour le moins insolites. Aux États-Unis il n’est pas rare qu’on les compare aux attaques menés par les avions bombardiers d’eau. Faut peut-être pas non plus trop pousser le bouchon.

Photo © Wikimédia Commons.

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8 COMMENTAIRES

  1. Ca ne serait pas mal dans le Leman ou il ne reste plus rien a pecher ! Mais pas des poissons steriles, on a besoin de reproducteurs. Les restos des rives servent maintenant (souvent) des poissons d’elevage venus des pays Baltes. Au moins, c’est Europeen !

    • Et oui les surpêches du Féra, comme du Lavaret, vendus à prix d’or sur les rives du lac Léman, auront eu raison des 2 espèces ,La qualité des eaux aussi, bien certainement, c’est un peu comme les grenouilles du val de Saône, vendue comme locale et qui proviennent des pays de l’est en sacs congelés ! c’est hors sujet, mais c’est juste une réponse . Une bonne gestion de l’environnement ainsi qu’une meilleure franchise de certains restaurateurs éviterais des mesures excessives et coûteuses

      • Je me suis mal exprimé ;pourquoi faire payer à la communauté le bénéfice des pécheurs et restaurateurs ? Pour info mes aïeux étaient pécheurs en Med et en Atlantique , il n’ont qu’à fonder une société de pêche de leur deniers et se remettre à travailler des poissons locaux au lieu, et le mot est bien choisi ! de vendre des sous espèces que seuls les touristes achètent !

  2. C’est une opération qui est régulièrement pratiquée dans les lacs des Pyrénées et des Alpes. Mais ici, on utilise des hélicos et les poissons sont transportés sous élingue dans des Bambi buckets.

  3. Lors d’un stage dans le cadre de mes études collégiales à la fin des années 1970, j’ai participé à ce genre d’activité dans la région de la Mauricie au Quebec.
    Les poissons largués étaient de petites truites mouchetées et l’avion utilisé un DHC-2 Beaver. Assez excitant pour le jeune homme que j’étais â l’époque !

  4. Bonjour,
    Ce sujet est passé à la tv il y a 2 ou 3 jours. J’ai donc les images en tête avec votre texte. Ils ont bien dit que les poissons étaient stériles mais pas pourquoi, les espèces de poissons étaient des truites mouchetées et et des truites zébrées. Que c’était réservé aux adeptes de pêche sportive en haute montagne. Justification aussi que par voie terrestre c’était long et compliqué étant donné les difficultés d’accès, qu’il y avait beaucoup trop de mortalité de poissons. Des avions Cessna oui, largage à une quinzaine de mètres à vitesse réduite. On a vu rapidement les élevages de poissons, ce sont de petits et très jeunes qui sont largués.
    Bonne journée,

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