Soixante-trois ans de service et toujours bon pied bon œil le légendaire bombardier stratégique de l’US Air Force. En ce début août 2018 deux Boeing B-52H Stratofortress appartenant au 5th Bomb Wing sont détachés dans la zone Pacifique afin de participer à une série de manœuvres simulant des patrouilles de combat au profit des chasses des pays alliés : Corée du sud et Japon en tête. Pour autant limiter la mission de ces octoréacteurs au simple rôle de plastrons volants serait une grossière erreur.

En effet s’il avait seulement fallu engager des avions simulant des appareils de reconnaissance ou des bombardiers, un Boeing C-17A Globemaster III aurait parfaitement fait l’affaire. Non, l’engagement de ces deux Boeing B-52H Stratofortress est avant tout un signal fort envoyé par le Pentagone à ceux qui voudraient en découdre avec les alliés des États-Unis, donc avec les États-Unis.

Or on a appris cette semaine que malgré ses belles promesses le dictateur nord-coréen Kim Jung Un n’avait pas renoncé à son programme nucléaire. Ce qui embarrasse grandement l’administration Trump pour qui il s’agit d’un violent camouflet diplomatique mais qui surtout inquiète Japonais et Sud-Coréens.
Dans le même temps ces deux pays ont le mois dernier fait publiquement part de leurs gènes vis à vis des manœuvres militaires extrême-orient russe.

Mais surtout la crainte des Japonais et des Sud-Coréens tourne autour de l’expansionnisme chinois de moins en moins caché et de plus en plus fortement militarisé par Pékin. Il n’est plus rare de voir des navires de guerre chinois frôler les eaux territoriales de ces deux pays alliés fidèles des États-Unis depuis plus de soixante ans. Même l’aviation chinoise se fait désormais plus visible aux yeux des autres puissances régionales.

Alors que peuvent vraiment faire deux Boeing B-52H Stratofortress face à la Chine, la Russie ou même la Corée du Nord ? Militairement, rien bien évidemment car leur système d’arme est trop ancien pour réellement inquiéter ces trois pays. Diplomatiquement beaucoup plus car on sait depuis plus de vingt ans que ces énormes bombardiers sont avant tout des outils de démonstration de force pour l’US State Department en charge justement de la diplomatie américaine. Le B-52H Stratofortress c’est la partie émergée de l’iceberg. C’est à dire celle que l’on voit et que l’on ne craint pas. L’US Air Force et l’US Navy dans le Pacifique représentent la partie immergée, la plus dangereuse pour ces trois pays.

Bien entendu jamais les Chinois ou les Russes ne seraient assez fous pour tenter quelque chose militairement contre la Corée du sud ou le Japon. Surtout qu’avec l’imprévisible Donald Trump à la Maison Blanche cela pourrait rapidement ressembler au scénario de Docteur Folamour. Mais pour la Corée du Nord, c’est différent. Ces deux B-52H pourraient parfaitement servir d’avions de première frappe, en attendant l’arrivée d’aéronefs plus modernes et donc forcément moins aisément détectables. Bon plus furtif qu’un B-52H en même temps ce n’est pas particulièrement difficile…

Tout cela pour expliquer que ne voir en ces deux énormes bombardiers que de simples faire-valoir d’une manœuvre serait vraiment mal connaitre les réalités diplomatiques et militaires de la région.

Photo © US Air Force.

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