Ils rêvaient des plages paradisiaques des Baléares ils ont finalement eu droit aux volcans d’Auvergne, ce n’est pas tout à fait le même kif ! Cela a sans doute été une belle frayeur pour les 173 occupants d’un Airbus A320-200 de la compagnie à bas coûts espagnole Vueling quand leur avion a été dérouté en urgence vers l’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne. Un incident moteur a justifié cette procédure, 48 heures seulement après un évènement similaire sur un avion du même type à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Une psychose est-elle en train de s’installer autour du best-seller européen ?
Tout avait pourtant bien commencé pour ce vol VLG6936 qui a décollé hier après-midi, lundi 23 décembre 2025 à 16 heures 56 de Paris-Orly. Outre ses six membres d’équipages l’A320-200 de la compagnie Vueling accueille à son bord 167 passagers. L’avion est configuré en haute densité, comme c’est généralement le cas sur les compagnies dites low-cost c’est à dire à bas coût. En gros vous n’avez pas intérêt à mesurer plus d’un 1m85 ou alors à être en surpoids sinon le vol va vite tourner à l’épreuve de force. Le vol est prévu pour durer un peu plus de deux heures avec un atterrissage annoncé entre 19heures 00 et 19heures 05 à Ibiza.
Les passagers sont globalement des touristes français qui ont réservé auprès de plusieurs tour-operators des séjours d’une semaine afin de passer la période de Noël aux Baléares. Face au froid de canard qui s’installe sur la France on ne peut pas leur jeter la pierre. Le vol se passe bien mais au bout d’un peu plus de 45 minutes l’équipage annonce que l’avion va réaliser une halte imprévue à Aulnat, l’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne.
Dans le poste de pilotage le commandant de bord a entré le code transpondeur 7700 indiquant au contrôle aérien français une urgence sur l’aéronef. Dans un tel cas une patrouille d’avions de chasse peut être dépêchée afin d’assister l’avion en détresse. Ce ne sera pas le cas ici. Un incident sur un des deux moteurs CFM56-5B4/P serait alors à l’origine de cette décision. L’avion de ligne va se poser en urgence sur la piste 08/26 de l’aéroport auvergnat, la seule praticable pour un appareil de cette taille. Les services de secours ont été avisés par le contrôle aérien.
À 18 heures 00 le pilote pose l’avion sans encombre. Les 167 passagers et les six membres d’équipage l’évacuent sans difficulté tandis que les services de secours et de sécurité entourent l’A320. Plus de peurs que de mal.
Sur les réseaux sociaux plusieurs passagers font part de leur frayeur mais la grande majorité salue la réactivité de la compagnie aérienne espagnole ainsi que des autorités aériennes françaises. Un peu plus tard dans la soirée un avion venu de Barcelone a permis aux passagers de reprendre leur voyage à destination des Baléares.
Sur l’appareil incriminé en lui même on sait qu’il s’agit d’un Airbus A320-200 c’est à dire un A320CEO d’ancienne génération. Porteur de l’immatriculation EC-JTQ il a réalisé son premier vol en mai 2006 et a depuis toujours servi pour le compte de Vueling, sa compagnie actuelle. Il accuse donc un peu plus de dix-neuf ans et demi de service actif. Configuré en haute densité en permanence, à hauteur de 180 places, c’est un avion bien connu des différents aéroports européens. Sauf peut-être de celui de Clermont-Ferrand Auvergne où il est désormais stationné en attendant que les enquêteurs du BEA ne l’inspecte.
Cet incident pourrait n’avoir aucune importance s’il n’intervenait pas pile poil deux jours après qu’un vol Air France Ajaccio Paris ait été dérouté en urgence sur Lyon là aussi pour un problème moteur et là encore sur Airbus A320. L’incident du vol AF7562 a été largement repris par les médias généralistes européens suite à des photos et vidéos courtes faites par les passagers où on voyait clairement des flammes sortir d’un des deux réacteurs de l’avion de ligne. En outre il y a moins d’un mois l’avionneur européen avait ordonné l’immobilisation massive de plusieurs milliers d’A320 suite à un incident survenu aux USA. Là encore l’information avait été suffisamment relayée pour que chacun en ait pris connaissance.
Alors bien sûr nous savons qu’entre l’avion d’Air France et celui de Vueling il n’y a pas grand-chose de commun si ce n’est que ce sont tous deux des Airbus A320 et que les deux incidents se sont déroulés dans l’espace aérien français. Et que cette immobilisation de 6000 avions n’a aucun lien direct avec ce qui s’est passé hier. Pourtant même avec les meilleurs arguments, les données techniques les plus pointues, les expertises de tel ingénieur ou tel ancien pilote de ligne on ne pourra jamais empêcher le grand public de «psychoter». Une telle inquiétude est décuplée à la fois par le phénomène des réseaux sociaux qui joue ici le rôle de miroir déformant et par une surexposition due aux grands médias généralistes, et notamment aux chaînes d’information en continue.
Alors nous autres pauvres petits médias spécialisés en aéronautique nous ne pouvons qu’essayer de colmater les brèches, d’être les plus factuels possibles, sans jamais tomber dans le sensationnel. C’est dur. Il est bon de rappeler qu’en moyenne un incident moteur nécessitant un déroutement touche un avion de ligne toutes les six heures dans le monde et que le ciel français est une des zones de la planète avec le trafic aérien le plus dense. Statistiquement parlant il n’est donc pas aberrant que deux incidents de ce genre se soient produits à 48 heures d’intervalle au-dessus de nos têtes. Saluons au passage le professionnalisme de l’équipage espagnol et des contrôleurs aériens français.
Photo © Wikimédia Commons.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.













2 réponses
Bonjour Arnaud et les passionnés
Bel article, très mesuré et factuel, sur les impondérables qui peuvent toucher l’aviation qui déroule alors ses check lists pour préserver la vie des passagers, des équipages et des terriens au sol. Plus de 120 ans de RETEX pour limiter autant que possible le tragique.
Etant Clermontois de naissance, j’en profite pour rappeler que l’aéroport d’Aulnat est un très vieux terrain d’aviation, né de la Grande Guerre pour que Michelin puisse expédier les Breguet XIV qu’il fabriquait sous licence pour ce qui n’était pas encore l’Armée de l’Air (et encore moins l’Armée de l’Air et de l’Espace, on était en 1916 et seuls Jules Verne et Méliès avaient envoyé des gens sur la Lune à cette époque là…). Et c’est aussi la première et plus vieille piste en dur au monde (en ciment), réalisée en 1925.
Enfant puis jeune adulte, j’y ai vu Concorde s’arrêter 3 fois, 2 en vol « charter » et une fois pour remercier les ingénieurs de Michelin d’avoir refait des pneumatiques résistants après le drame de Gonesse… Je précise enfin que je ne travaille pas pour Michelin, je cite juste des choses factuelles…
Bien à vous
Etant moi aussi clermontois (expatrié aujourd’hui), je me souviens également d’un des 2 passages de Concorde dans les années 80 à Aulnat… les vitres de la maison de ma grand-mère à Montferrand (avenue Jean Mermoz, ça parlera à Eric) ont beaucoup tremblé ce jour-là.. 🙂
Un joyeux Noël à tous!