Depuis une décennie nous nous posons la question, et depuis une décennie nous n’avons pas de réponse. Ce jeudi 4 décembre 2025 en soirée un groupe de drones légers a survolé l’Île Longue, le repère des SNLE en rade de Brest, créant l’émoi auprès de nos concitoyens. Si ce site ultra-protégé a pu ainsi voir sa (théorique) inviolabilité ainsi dégradée qu’en est-il des autres sites sensibles de la République Française. Et nos militaires ne peuvent pas prétendre qu’ils ne savaient pas puisqu’il y a dix ans cette même base navale avait déjà été survolée de la même manière !
Ils s’appellent Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant, et le petit dernier de la fratrie Le Terrible. Avec chacun seize missiles mer-sol balistiques stratégiques M51 dotés eux même de six à dix têtes nucléaires océaniques d’une charge unitaire de 100 kilotonnes ils sont notre garantie. C’est eux qui assurent à la République Française de n’être en guerre avec personne. À ce jour un à deux d’entre eux, peut-être trois, sont en dilution. Entendez par là qu’ils se sont enfoncés dans les profondeurs océaniques et se tiennent près à l’ultime frappe. Plus objectivement et de manière moins «romantique» ils patrouillent. Nos ennemis mais aussi nos alliés ignorent tout de leur position exacte. Et quand ils rentrent au bercail ils le font en Atlantique Nord dans la bien mal nommée Île Longue de la rade de Brest. Il ne s’agit pas d’une île à proprement parler mais d’une presqu’île. Elle est reliée au continent.
Sur le papier l’Île Longue est un havre de paix et de sécurité pour les SNLE, les Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins. Ces gros bâtiments de guerre sont un concentré de haute technologie. Pourtant avant-hier la sécurité et la sûreté de ceux en cale dans les hangars de l’Île Longue ont été remises en question. La faute à quatre, peut-être cinq, drones légers qui ont violé l’espace aérien bas du site militaire le plus sensible de Bretagne, l’un des deux ou trois les plus sécurisés de France. Fort heureusement la Marine Nationale protège jalousement ses joujoux les plus onéreux et les plus puissamment armés. Les fusiliers marins ont pu brouillé les drones en question. Le ministère des Armées a démenti avoir abattu ces drones, il nie le moindre tir d’arme à feu. Le brouillage est finalement plus précis moins aléatoire. Descendre un drone ce n’est pas du ball-trap !
Si l’Île Longue a pu être ainsi violée qu’en est-il des autres sites sensibles français. Dans Paris que ce soit l’Élysée et Matignon ou encore l’Assemblée Nationale et le Sénat il y a la SPAD de la Garde Républicaine que nous vous avons présentée le mois dernier. Balard, le site du ministère des Armées est protégée par l’Armée de l’Air et de l’Espace. Pourtant rien ne semble plus inviolable. Alors quid d’implantations théoriquement protégés comme la Base Aérienne 921 de Taverny en banlieue parisienne qui accueille le COFAS, le Centre d’Opérations des Forces Aériennes Stratégiques ou encore la Base Aérienne 942 du Mont-Verdun près de Lyon qui héberge rien moins que le CDAOA, le Commandement de la Défense Aérienne et des Opérations Aériennes. On pourrait citer aussi le site DGA Essais de missiles de Biscarrosse dans les Landes, la station Frenchelon de Domme en Dordogne, voire le Centre de Transmissions de la Marine nationale à Rosnay dans l’Indre.
Pourquoi survoler l’Île Longue ou n’importe quel site sensible de nos Armées ? D’abord pour en faire de la cartographie voire de la modélisation 3D. C’est à dire de l’espionnage, un crime passible de très très longues années derrières les barreaux. Plus besoin aujourd’hui d’agents secrets en smoking et aux volants de voitures de sport avec des gadgets pas possibles. Des drones à quelques milliers d’euros l’unité font très bien le job. Leurs connexions WiFi voire 5G permettent une transmission des images en temps réel en haute définition et même parfois avec des imageries infrarouges. Survoler un site sensible c’est aussi une manière de voir la réactivité des forces françaises. À l’Île Longue les fusiliers marins n’ont pas démérité. Ils sont visiblement intervenus rapidement. Et puis le but ça peut aussi de vouloir semer la pagaille dans notre chaîne de défense tout en s’assurant de faire le buzz. La preuve de BFMTV à France 24 en passant par France 2, LCI, Ici, ou encore Franceinfos tous les grands médias généralistes en ont parlé.
À qui profite le crime ? On serait naturellement tenté de regarder à l’est, du côté du Kremlin. Le dictateur russe Vladimir Poutine a déclaré une guerre informationnelle et hybride à la France. Il nous juge, sans doute à juste titre, comme un des alliés les plus forts de cette Ukraine qu’il a cru un temps pouvoir mettre à genoux. D’autres intérêts étrangers, ou d’ailleurs aussi intérieurs, peuvent avoir envie de savoir ce qui se passe dans nos bases les plus importantes. Récemment Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, rappelait que le niveau de tension terroriste est actuellement quasiment aussi élevé qu’il y a dix ans après Charlie Hebdo et le 13 novembre. On imagine bien des kamikazes vouloir bêtement et salement se faire péter la tronche dans des marchés de Noël alors pourquoi pas dans la base des SNLE. Les djihadistes ne sont pas réputés pour être des premiers prix d’instruction, vulgairement parlant ils sont cons comme des manches ! La piste terroriste n’est donc pas à exclure et m’est d’avis que la DRSD, la puissante mais méconnue Direction du Renseignement et de la Sécurité de la Défense y pense depuis des années.
Donc oui depuis dix ans maintenant des drones survolent des sites sensibles. Et depuis dix ans on se demande qui se cache derrière ces actes malveillants. Fort heureusement la France est une démocratie et une république qui sait être droite dans ses bottes et ne jamais vaciller. On le doit à nos institutions et surtout à nos militaires et nos forces de l’ordre. Une seule dernière chose à dire sur cette «crise des drones» : même pas peur !
Photo © Wikimédia Commons
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Une réponse
Sans compter les abrutis qui s’amusent juste avec leurs drones…