Au Tigré, les drones reprennent les airs dans une nouvelle guerre d’Éthiopie

Depuis une grosse semaine, le nord de l’Éthiopie est de nouveau plongé dans la guerre. En effet, à la mi septembre les combats opposant les forces fédérales éthiopiennes aux combattants liés au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se sont intensifiés dans le nord du pays, Addis-Abeba accusant notamment l’Érythrée de soutenir ses adversaires. Cela nous rappelle la terrible guerre du Tigré de 2020 à 2022, dans laquelle l’aviation avait joué un rôle important.

Les affrontements ont rapidement atteint les régions voisines d’Amhara et d’Afar et les forces fédérales et leurs alliés ont progressivement repris du terrain en direction de Mekele, capitale régionale. Le 3 octobre, plusieurs sources ont ainsi annoncé la reprise de l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele, passé quelques jours auparavant sous le contrôle de combattants tigréens. Les forces pro-gouvernementales ont ensuite repris position dans la ville, tandis que la reprise des vols commerciaux vers Mekele est annoncée pour le 11 octobre. La situation reste toutefois particulièrement difficile à suivre, les communications avec la région étant fortement perturbées. Pourtant, dès le mois d’août, des frappes aériennes avaient été signalées dans et autour de Mekele, laissant présager une nouvelle escalade militaire.

L’emploi de l’aviation n’est évidemment pas nouveau dans ce conflit. Pourtant, chose nouvelle, l’Éthiopie s’est dotée depuis la guerre du Tigré d’une flotte de drones particulièrement hétérogène. Aux Bayraktar TB2 turcs, utilisés depuis 2021 et désormais bien documentés, se sont ajoutés des Wing Loong chinois, des Mohajer-6 iraniens, des CH-4 chinois et plus récemment le Bayraktar Akıncı. L’arrivée des Akıncı en 2024 a marqué un saut capacitaire important, cet appareil étant sensiblement plus lourd et capable d’emporter une charge utile et un armement nettement supérieurs au TB2. L’Ethiopian Air Force dispose également d’une flotte d’avions de combat pilotés, dont des chasseurs Sukhoi Su-27 et Su-30 récément livrés, des avions d’attaque Su-25, ainsi que de plus récents Yak-130 hérités de l’époque où les opérations reposaient davantage sur l’aviation conventionnelle. Pourtant, leur engagement dans les combats actuels n’est pas clairement documenté, et leur rôle dans cette nouvelle phase du conflit reste difficile à établir. Dans le même temps, les frappes de drones sont explicitement rapportées contre des positions tigréennes et, selon plusieurs sources, contre des forces érythréennes.

Cette expérience semble aujourd’hui avoir profondément transformé l’aviation militaire éthiopienne. L’armée de l’air dispose certes de chasseurs et d’avions d’attaque conventionnels, mais les drones occupent désormais une place centrale dans ses opérations. Selon l’organisation de suivi des conflits ACLED, de nouvelles frappes de drones ont visé des positions et des intérêts liés au TPLF, notamment dans les secteurs d’Adwa et de Werqamba. En parallèle, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie ont été signalés dans le nord du pays au début du mois d’octobre. Cependant malgré d’importantes recherches je ne suis pas en mesure d’identifier les aéronefs utilisés.

Alors pourquoi vous parler de ces affrontements ? Qu’est ce qu’il y a de nouveau par rapport au conflit de 2022?

D’une part l’utilisation des drones est plus importante que par le passé, et d’autre part les forces fédérales éthiopiennes semblent également s’en prendre à des troupes érythréennes présentes dans la région. Les 7 et 8 octobre,  plusieurs informations relayées par des médias internationaux, des drones attribués aux forces éthiopiennes auraient frappé des troupes et des véhicules militaires dans le secteur d’Adigrat. Ces frappes interviennent alors qu’Addis-Abeba accuse désormais Asmara d’avoir lancé une invasion de son territoire, ce que les autorités érythréennes contestent. La présence de militaires érythréens dans la région a été rapportée, mais tous les détails des opérations ne sont pas indépendamment vérifiés.

Le rôle des forces tigréennes opposées au gouvernement éthiopien dans les attaques de drones reste, beaucoup plus incertain. Le 27 septembre, plusieurs installations militaires et aéronautiques auraient été visées, notamment la base de Harar Meda, près de Bishoftu, qui abrite le quartier général de l’Ethiopian Air Force. D’autres frappes auraient concerné les aéroports de Kombolcha et de Semera. Des explosions ont également été rapportées à Addis-Abeba dans la nuit du 30 septembre. Toutefois, les dégâts, l’identité des auteurs et les types de drones éventuellement employés restent difficiles à confirmer, sans tomber dans les dires de la communication officielle de Addis-Abeba. Alors vous conviendrez qu’il serait donc prématuré d’affirmer que le TPLF dispose d’une capacité démontrée à conduire des frappes de drones à longue distance contre les bases aériennes éthiopiennes.

Le ciel éthiopien pourrait donc redevenir un élément déterminant de cette nouvelle guerre. Quatre ans après la fin de la précédente guerre, le drone se trouve désormais au cœur du conflit éthiopien.


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Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
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