Hiroshima et Nagasaki, les deux bombardements qui mirent fin à la guerre

Hiroshima et Nagasaki, les deux bombardements qui mirent fin à la guerre


Il est des noms ainsi qui se suffisent à eux-même, ils n’ont pas besoin de grands discours, de grandes explications. Hiroshima et Nagasaki en font indéniablement parti. On pourrait même dire qu’ils ont participé à forger le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Si chacun sait plus ou moins ce qui se passa dans ces deux villes lors de leur bombardement, beaucoup ignorent au contraire ce qui précéda de quelques jours ces deux évènements majeurs du vingtième siècle.

Petit retour en arrière sur trois semaines qui allaient définitivement changer la face du monde et le rôle de l’aviation dans la guerre contemporaine.

Il fait beau en ce petit matin du lundi 16 juillet 1945 dans le désert Jornada del Muerto au Nouveau-Mexique, le soleil se lève à peine mais la chaleur est déjà bien présente. Plus de deux cent cinquante militaires et scientifiques sont réunis sur la pas de tir de l’Alamogordo Test Range, du nom de la bourgade voisine. Ils semblent confiants, mais au fur et à mesure le stress monte. À quelques kilomètres de là où ils se trouvent l’armée américaine a fabriqué une tour en acier, sorte de grue immobile au sommet de laquelle est juchée une bombe. Pas n’importe quel bombe, La bombe. Le « gadget » comme ses concepteurs l’ont surnommé avec sa charge de plutonium est la première bombe atomique de l’Histoire. Sa détonation porte le nom d’opération Trinity. À 5 heures, 29 minutes, et 20 secondes le gadget explose libérant l’équivalent de vingt mille tonnes de TNT en une fraction de seconde.

Dans les airs, des avions de reconnaissance Lockheed F-5 Lightning immortalisent le phénomène. Au sol la tour a été totalement vaporisée par le souffle et la chaleur dégagés par l’explosion, le sable du désert est vitrifié. Une soixantaine de militaires et de scientifiques qui n’avaient pas complètement suivi les ordres interdisant de regarder l’explosion sont atteint de cécité temporaire. Certains ne retrouveront la vue que plus de six mois après. Pour Harry Truman, le Président des États-Unis, Trinity est une réussite totale.

Cinq jours plus c’est à Potsdam en Allemagne que Truman va se servir de Trinity. Il annonce à ses alliés britanniques et soviétiques venus eux aussi pour discuter du futur sort de l’Europe qu’il envisage d’utiliser la bombe atomique contre l’empire nippon. Nous sommes alors le 21 juillet 1945, la conférence a commencé trois jours auparavant. Churchill le soutien totalement, Staline un peu moins, son pays n’est alors pas en guerre contre le Japon. Le 26 juillet depuis Potsdam les trois dirigeants adressent un ultimatum conjoint à l’empereur Hiro-Hito : une capitulation sans condition sous peine d’une destruction totale et immédiate. Dans le même temps Staline fait masser des troupes en quantité à la frontière entre son pays et la Chine, alors encore en partie occupée par le Japon. Mais l’URSS ne lui a toujours pas déclaré la guerre.

Ce même 26 juillet 1945, un navire de guerre américain, le croiseur USS Indianapolis accoste à Tinian. L’île des Mariannes est devenue depuis quelques mois la base avancée des bombardiers lourds Boeing B-29 Superfortress qui chaque jours frappent le Japon.

Un bombardier Boeing B-29 s'arrachant de la piste de Tinian.
Un bombardier Boeing B-29 s’arrachant de la piste de Tinian.

Dans le plus grand secret, l’équipage du bâtiment et une unité spéciale de l’US Army Air Force débarquent deux bombes atomiques : Little Boy et sa charge d’uranium 235, et Fat Man chargée de plutonium. Cette mission de transport est tellement secrète que seuls quelques amiraux à Washington-DC et le président Truman en connaissent les tenants et les aboutissants. Le hasard voudra que quatre jours après sa livraison le puissant navire de guerre américain soit coulé par un submersible japonais en maraude. Seuls 317 des 1197 membres d’équipages y survivront. Comment l’US Navy aurait-elle pu porter assistance à un navire dont elle ignorait en grande partie la mission ? C’est un patrouilleur Lockheed PV-1 Harpoon qui passant aux abords repéra les chaloupes de secours et avisa les navires dans la région. Une légende raconte qu’une partie de l’équipage fut dévorée par des requins, la réalité semble assez différente.

Le 27 juillet 1945, une centaine d’avions de transport et de bombardiers américains décollent en direction de l’archipel. Sous la protection de chasseurs terrestres North American P-51 Mustang ils vont larguer des millions de tracts sur les onze principales villes nipponnes appelant la population à se soulever et à réclamer la fin des hostilités. En parallèle, l’US Army Air Force et l’US Navy continuent leurs bombardements contre les installations militaires et industrielles de l’archipel, n’ayant plus grand chose à craindre de la chasse ennemie réduite comme peau de chagrin.

Le 3 août 1945, une cinquantaine de B-29 Superfortress largue sur les ports japonais des milliers de mines, fermant leur accès aux navires et sous-marins nippons. L’Amérique tient à étouffer son ennemi. Le même jour, le président Truman décide de mettre en alerte le 509th Composite Group, une unité mixte de bombardement et de transport spécialisée dans les missions extraordinaires. Ce sont ses B-29 qui transporteront la bombe atomique.

 Une partie de l'équipage d'Enola Gay pose devant l'avion.
Une partie de l’équipage d’Enola Gay pose devant l’avion.

Le 5 août 1945, les Américains larguent de nouveau des tracts sur douze villes japonaises annonçant des bombardements de grande ampleur. Dans le même temps, la base de Tinian est placée en alerte.
Le soir même un Boeing B-29, baptisé Enola Gay est préparé pour une mission de bombardement atomique.

Chargé de la bombe Little Boy, d’une masse de 4400 kg dont soixante-quatre d’uranium 235, le bombardier Enola Gay quitte Tinian à 2 heures 45 minutes dans la nuit du 5 au 6 août 1945. Sa cible est la ville industrielle d’Hiroshima. À son bord douze membres d’équipage dont le colonel Paul Tibbets, le patron du 509th CG, qui pilote lui-même le quadrimoteur. Deux autres B-29 l’accompagnent, l’un pour saisir l’évènement au moyen d’appareils photos et de caméras, et le second pour pélever des échantillons atmosphériques. À 8 heures 15 minutes, et 17 secondes, la bombe quitte la soute du B-29. Enola Gay croise à 9000 mètres au-dessus de la ville d’Hiroshima. Il faut seulement cinquante-et-une secondes pour que Little Boy n’atteigne l’altitude de 600 mètres où elle explose.

Comme au Nouveau-Mexique c’est l’équivalent de vingt mille tonnes de TNT qui en moins d’une seconde frappe la ville. Cent mille personnes, majoritairement des civils, sont tués sur le coup. La chaleur engendrée par la bombe atteint les 6000°C. Près de 200 000 civils sont irradiés, et mourront dans les semaines, mois, et années à venir.

Hiroshima, au matin du 7 août 1945.
Hiroshima, au matin du 7 août 1945.

Sur place, les survivants présentent des brûlures encore jamais vus : les oreilles, nez, et yeux ont fondu, les vêtements et chaussures ont été incrusté dans la peau des survivants. La ville a disparu à 75%, seuls quelques bâtiments subsistent, comme pour rappeler qu’il y avait là avant une ville grouillante de vie.

Alors que le Japon se relève péniblement après Hiroshima, les vagues de bombardement, conventionnels ceux-là, continuent notamment contre Tokyo. Le 8 août 1945, Staline annonce l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon. Ce même 8 août au soir Fat Man, l’autre bombe atomique livrée par l’USS Indianapolis, est chargé à bord d’un autre Boeing B-29 Sperfortress, baptisé Bockscar celui-ci.

C’est le jeudi 9 août 1945 à 3 heures 49 minutes du matin que le bombardier lourd américain quitte sa base de Tinian. Lui aussi est accompagné de deux autres B-29. Treize hommes ont pris place à bord, ils sont commandés par le major Chuck Sweeney, considéré comme le bras droit de Tibbets. Dans son équipage, un seul membre était déjà à bord d’Enola Gay trois jours auparavant, le lieutenant Jacob Beser, spécialiste des questions de guerre électronique. La bombe à bord de Bockscar n’a rien à voir avec celle qui a anéanti Hiroshima, elle est plus proche de celle qui trois semaines plus tôt explosa au Nouveau Mexique, Fat Man est en effet un bombe au plutonium. L’objectif est la ville industrielle et militaire de Kokura.

Cependant la mission ne se passe pas aussi bien que contre Hiroshima. Certes les pilotes américains n’ont rien à craindre d’une chasse nippone désormais inexistante, mais la région autour de la cible est noyée sous une épaisse couche nuageuse. Impossible pour l’officier bombardier de repérer Kokura. De ce fait, Sweeney décide de passer au plan B. Ce sera Nagasaki, toute proche, très peuplée avec ses plus de 250 000 habitants, mais moins puissante industriellement.

Nose-art du célèbre Boeing B-29 Bockscar.
Nose-art du célèbre Boeing B-29 Bockscar.

À 10 heures 57 minutes et 6 secondes Fat Man quitte la soute de Bockscar. Moins d’une minute plus tard la bombe explose pulvérise la ville de Nagasaki et ses habitants. Immédiatement un panache de flammes et de fumées s’élève formant un champignon blanc radioactif d’une hauteur de seize kilomètres, le double du mont Himalaya. Au sol c’est la désolation.

Près de 90 000 personnes sont tués sur le coup, dont 13 000 travailleurs forcés coréens. Des incendies et des feux de forêts se déclenchent dans un périmètre de vingt kilomètres autour de l’impact de la bombe, certains brûleront une semaine. Il n’y a plus d’hôpitaux, plus de casernes de pompiers, tout a été rayé de la carte par la puissance de la bombe. Là encore ce sont près de 100 000 personnes, majoritairement des civils, qui mourront dans les mois et années à venir.

L’effet psychologique de Nagasaki est immédiat. Dès le 9 août au soir une partie de l’opinion publique nippone, habituellement muselée, fait entendre sa voix et appelle à la paix avec les Américains et les Britanniques. Dans le même temps, Staline a lancé son offensive terrestre et aérienne sur la Mandchourie, province chinoise rattachée à l’empire. L’Armée Rouge et l’Aviation du Front écrasent de leur puissance une armée impériale non préparée à affronter un tel ennemi. D’autant que les bombardiers de l’US Army Air Force leur prêtent main forte depuis les airs.

Le mardi 14 août 1945, l’empereur Hiro-Hito annonce la capitulation sans condition du Japon. La Seconde Guerre mondiale est officiellement terminée. Le lendemain, il s’adresse à ses sujets grâce à la radio publique japonaise, lui qui ne s’était jamais adressé publiquement à eux pour annoncer la fin des hostilités et la défaite du pays.

Enola Gay, un symbole à lui tout seul.
Enola Gay, un symbole à lui tout seul.

En deux bombardements, l’Amérique aura mit fin au plus meurtrier des conflits que l’Histoire ai connu. Entre les explosions et les suites de leurs radiations on estime aujourd’hui que plus de 350 000 personnes ont trouvé la mort. Encore de nos jours on ignore jusqu’à quel point la radioactivité a pu altérer l’ADN des habitants des deux villes. Des années 1950 aux années 1980, des centaines de nourrissons sont nés avec des malformations attribués aux bombardements atomiques. Depuis 1945, la bombe atomique n’a plus jamais été utilisé de manière opérationnelle.

Quinze ans après Hiroshima et Nagasaki les États-Unis n’étaient plus les seuls possesseurs de l’arme atomique. Britanniques, Français, et Soviétiques les avaient rejoint au sein d’un club très fermé… appelé malheureusement à s’étoffer. Alors que jusque là les bombes étaient conçues pour s’adapter à des avions, on développa désormais des avions spécifiquement pour pouvoir emporter et tirer des armes nucléaires. Après les bombes, apparurent les missiles de croisière et les missiles balistiques intercontinentaux. Mais là, c’est une autre histoire.

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