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Les terroristes du vol MH370 : le crash de l’info

Avant toute chose, il convient de préciser au lecteur que, dans cette chronique, il ne lira pas de scoop, de précisions, de nouvelles hypothèses ni de fumantes théories, mais plutôt un triste constat…

Le 8 mars 2014, le Boeing 777-200ER immatriculé 9M-MRO, vol MH370 de la compagnie Malaysia Airlines, disparaissait.
Comment aurions-nous pu échapper à cette information ? Car dans les heures voire les minutes qui suivaient tous les médias se pressaient : télés, radios et sites Internet en faisaient leurs gros titres. Les rédactions bouillonnaient. En tête de peloton, les chaînes d’info en continu… À grands renforts de « screen-logos » alarmants, des présentateurs de JT et leur fameux ton monocorde – probablement enseigné dans les écoles de journalisme moderne – répétaient inlassablement les mêmes infos, et, dès qu’ils en avaient l’occasion, recevaient des experts aéronautiques sur leurs plateaux, déformaient leurs déclarations, les interprétaient à leur manière, voire, les incitaient à dire ce qu’ils ne voulaient pas dire. Du grand art !

Aujourd’hui, dans le milieu aéronautique, on évoque notamment un tir accidentel de missile ou le suicide meurtrier d’un des membres d’équipage ; deux pistes relativement discutables. Enfin et grâce aux infos qui arrivent par bribes, les hypothèses s’affinent et on parle d’une dépressurisation explosive puis, désormais d’un incendie (l’appareil transportait dans ses soutes, un stock de batteries au lithium-ion) ou d’une hypoxie. Cependant, chacun garde une réserve car, « tant qu’on ne sait pas tout, on ne sait rien ! ».
Du point de vue d’un public plus large, autour du MH370 et depuis bientôt quatre semaines, on assiste à une logorrhée de théories, d’hypothèses, d’élucubrations, de supputations, de fantasmes… Le web, formidable baromètre de cette tendance, permet de constater les dégâts : chacun y va de son « post » et tout le monde veut avoir raison. Conclusion, les causes probables de la disparition du Boeing 777-200ER, précédemment citées, sont très souvent étouffées par une autre, bien plus coriace et qui, pourtant, a été rapidement remise en question par bon nombre d’experts et professionnels de l’aéronautique : la piste du terrorisme.

Tout a commencé avec une conférence de presse en Malaisie. Photo à l’appui, Khalid Abu Baka, chef de la police Malaisienne, annonçait qu’à bord du vol MH370, deux Iraniens voyageaient avec des passeports volés. Les flashs crépitaient, les téléphones portables se levaient pour appeler les rédactions ou pour prendre des « photos de la photo » du « terroriste présumé »… Et, au milieu de ce brouhaha journalistique, peu de ces professionnels ne semblaient vouloir mettre l’accent sur l’essentiel de la déclaration faite par le chef de la police : « il est peu probable que ces hommes soient des terroristes (…) ils tentaient simplement d’émigrer de manière illégale. »
Stigmates du 11 septembre ou non, lorsqu’un crash survient, le son de certaines phrases semblent ne jamais arriver à destination, surtout lorsqu’elles sont précédées par des mots comme « Iraniens » ou « passeports volés ». Il n’en fallait pas davantage pour lancer la machine conspirationniste et attiser l’incandescente verve des théoriciens du complot sur leurs forums, blogs ou réseaux sociaux.
Florilège de copiés-collés (orthographe corrigée) émanant de ce genre de tribunes virtuelles peu contrôlées et contrôlables :
« Stoppez l’enquête, on a trouvé ! C’est un coup d’Al Qaïda ! (…) L’avion est sûrement allé se poser sur une île déserte. (…) Je suis ingénieur et j’ai lu « quelque part » qu’un avion détourné par des terroristes s’était posé dans le Sahara il y a 20 ans ! (…) Je sais qu’entre la Malaisie et le Vietnam, des pistes ont été construites pendant la seconde Guerre par les Japonais. (…) Des barbus sont probablement en train de préparer le Boeing en vue d’un attentat de très grande envergure. (…) Ils vont le reconvertir en missile de croisière, c’est sûr ! », etc.
Il est vrai qu’un Boeing de 138 tonnes (à vide) et 61 mètres d’envergure qui vole avec un transpondeur coupé, est d’une discrétion optimale sur un radar. Personne ne le voit venir !

En réalité, Pouria Nour Mohammad Mehrdad, Iranien de 19 ans, tentait de se rendre en Allemagne. Sa destination finale était Francfort où sa mère, déjà sur place et interrogée par les autorités Allemandes et par Interpol, avait prévu de l’accueillir. L’autre homme, Delavar Seyed Mohammad Reza, 30 ans, projetait de se rendre au Danemark avec les mêmes motivations que son compagnon de voyage : bénéficier d’un statut de réfugié pour vivre une vie meilleure.
Finalement, la seule chose que l’on pourrait reprocher à ces deux hommes, est d’avoir été les victimes consentantes d’un trafic d’êtres humains. Suite à cette découverte, Ronald K. Noble, secrétaire général d’Interpol avait déclaré : « Maintenant que l’on connaît l’identité de ces deux personnes (…) on devrait se focaliser sur le gang criminel qui leur a permis de voyager. ».
Bien dit, mais trop tard ! L’« info » moderne avait déjà fait son office. Et il ne servirait strictement à rien de prouver par A+B que ces deux Iraniens n’avaient aucune compétence pour faire voler cet avion – et notamment désactiver un système de communications ACARS, bien plus complexe et fastidieux qu’un transpondeur – car ces nombreux blogs, forums et autres réseaux sociaux n’en démordraient pas pour autant : « Ce sont des terroristes, ils sont simplement très malins et ont tout prévu ! »
Pire encore : si un jour on retrouve les boîtes noires et que l’on nous livre une analyse rationnelle et concrète, ces deux hommes continueront d’être suspectés par les « tribunes libres et virtuelles », terreaux fertiles d’une hallucinante paranoïa collective, celle-là même qui continue de persuader des milliers de gens qu’aucun avion ne s’est jamais crashé sur le Pentagone et que les attentats du 11 septembre 2001 ont été orchestrés par la C.I.A, elle-même…

Au final, doit-on blâmer les médias ? Peut-être pas, non. Les forums, les blogs, les réseaux sociaux ? Pas plus… Car ne serions-nous pas à la fois victimes et bourreaux quant à la qualité de l’information que nous recevons ? À l’ère du virtuel où chacun semble libre de choisir son support d’informations, peut-être sommes-nous simplement prisonniers de nous-même.

Concluons sur une pensée pour les familles et les victimes du vol MH370, celles du vol AF447 Rio-Paris, et les autres…

Bastien Otelli – AeroMorning – 04/04/14

 
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Excellent… tout à fait vrai…
et comme dit en fin d’article, on ne peut s’empêcher de se faire sa propre hypothèse.

 
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Malaysia MH370 : un rapport préliminaire « un peu » vide…

On tombe rarement des nues à la lecture d’un rapport préliminaire d’accident… surtout quand les boîtes noires n’ont pas été retrouvées.
Mais celui qui a été publié vendredi 2 mai 2014, relatif à la disparition du Boeing 777-200ER, vol MH370 de la compagnie Malaysian Airlines, est désespérément vide :

Est-ce capital de découvrir que les contrôleurs aériens aient mis 17 minutes pour se rendre compte de la disparition de l’appareil, ou, que la compagnie ait déclenché les opérations de recherche au bout de 4 heures (et ce, même si ce dernier point est «particulièrement important» pour la presse anglo-saxonne : «révélateur des lacunes de Malaysian Airlines» et a contribué à «davantage perdre de vue» l’appareil) ? Est-ce une politique de transparence d’apprendre que les militaires ont attendu 8 heures avant de signaler aux autorités Malaisiennes qu’ils avaient aperçu le Boeing faire demi-tour sur leurs écrans radars ? Est-ce un indice capital que de connaître le siège qu’occupait chaque passager ? Cette «carte de trajectoires probables» est-elle digne d’un rapport d’enquête ? Et que penser de la publication des enregistrements audio des discussions entre le contrôle et l’équipage ? Formidable ! On n’y apprend rien…

Qu’il soit définitif ou préliminaire, un rapport d’enquête est généralement froid et factuel. Il se contente d’apporter des précisions et d’informer. Celui-ci n’informe pas. Tout du moins, il se contente de rappeler ce qu’on nous rabâche depuis le 8 mars. Il y a bien un détail qui pourrait mériter une attention : le manifeste des marchandises. On y lit la confirmation officielle d’une cargaison de batteries au lithium-ion, dans les soutes du Boeing. Deux cents colis de batteries, précisément.
Toutefois, et contrairement à une NOTOC (Notification TO Captain/Special load notification) ce manifeste cargo ne donne pas de détails quant à la nature du chargement. Qui plus est, un manifeste cargo est généralement rangé dans une sacoche en soute, et donc, inaccessible à l’équipage. A l’inverse, une NOTOC est un document opérationnel, qui, entre autres, donne le numéro IATA du colis, tous ses détails, et surtout, les risques potentiels qu’il pourrait représenter. Or, dans le rapport préliminaire du 2 mai, il n’y a rien de tout cela. A peine un aveu du bout des lèvres : oui, il y avait bien des batteries au lithium ionique.
Mais ce ne sont pas «quelques batteries». C’est même bien plus que ce qu’avait annoncé la compagnie. Ces 200 colis, en provenance de la région de Penang, représentent la bagatelle de 2,5 tonnes de lithium-ion, chargées dans les soutes du MH370 ! Pourquoi ce mutisme ? Ces batteries étaient-elles hors réglementation ? Tant qu’on n’aura pas accès à la NOTOC ou à un document équivalent, personne ne saura répondre à cette question.
Rappelons toutefois que la technologie au lithium-ion est instable (supporte mal les écarts de température, tendance à la surchauffe, etc.). C’est même de notoriété publique depuis les incidents à répétition qui ont frappé plusieurs Boeing 787 Dreamliner, heureusement sans faire de victime. Rappelons également qu’une des hypothèses les plus discutées dans le milieu aéronautique, serait un incendie sournois qui aurait pu se déclencher dans les soutes du MH370, entraîner une lente et insidieuse asphyxie des passagers et membres d’équipage et endommager des circuits électriques/composants électroniques du Boeing. Certains experts affirment et d’autres réfutent cette théorie, car un incendie de ce type n’expliquerait pas tout, notamment les nombreux changements de cap et variations d’altitude. Retour à la case départ…

Enfin, et histoire de faire bonne figure (ou de se donner un peu de valeur), le rapport préliminaire conclut sur une recommandation de OACI : monter un projet qui permettrait, à terme, d’obtenir un suivi en temps réel des mouvements d’avions de ligne. A la bonne heure ! Il est en effet urgent de combler ces lacunes, surtout à une époque où médias et moyens de communications sont très développés dans d’autres secteurs. Également, il est désolant de constater qu’il ait fallu qu’un tel drame survienne pour que ces carences technologiques soient mises en lumière.
En bref, voici un rapport préliminaire plus politique que concret, dont le « contenu » n’ira certainement pas consoler les familles des disparus, pas plus qu’il n’apaisera leur colère…

Incendie, détournement qui finit mal ou suicide meurtrier, si Socrate avait été encore en vie, il aurait probablement détourné une de ses plus célèbres pensées : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien», et, concernant la disparition du vol MH370, si il y a bien une chose dont on peut être certain avec toutes les hypothèses émises, c’est qu’il n’y a aucune logique, nulle part.

Bastien Otelli – AeroMorning – mai 2014

 
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Le vol MH370 les recherches repartent de zéro, de qui se moque-t-on ?

Aucune trace de débris d’avion n’a été retrouvée dans la zone de 850km2 ratissée par le sous-marin Bluefin-21, voilà ce qu’on a appris avec stupeur par un bref communiqué du centre de coordination des recherches (JACC) basé en Australie. Rappelons tout de même que le vol MH370, un Boeing 777 de Malaysian Airlines effectuant la liaisonKualalumpur-Pékin a disparu le 8 mars dernier. Il avait à son bord 239 personnes. Le navire australien Ocean Shield qui avait mis à l’eau le robot sous-marin américain Bluefin-21 est tout simplement rentré au port. L’équipage avait bien entendu des signaux acoustiques qui auraient pu faire penser aux deux boîtes noires du Boeing accidenté. En fait pas du tout. D’après un membre de l’équipage qui n’a pas voulu être cité, les bruits enregistrés sous la mer venaient tout simplement du robot lui-même. On croit rêver devant tant d’inconséquences. Tant pis pour les familles des 239 disparus!

Peu de temps auparavant la direction de l’aviation civile de Malaisie publiait des données satellitaires utilisées par les équipes de recherches. Le but de cette publication était très noble, rassurer les familles et montrer que rien n’était caché dans l’enquête. Et là encore j’ai envie de dire de qui se moque-t-on ? Ces données satellitaires représentent 47 feuillets absolument incompréhensibles pour le commun des mortels, cette initiative est ce qu’on appelle une fausse bonne idée.

Et si justement on nous cachait quelque chose ? Je n’ai aucune information permettant d’étayer ce doute mais mon petit doigt me dit qu’il y a un loup dans cette affaire. On connaît les très mauvaises relations qui règnent entre la Malaisie et la Chine. De là à penser qu’il y ait une mission d’espionnage ou une cargaison inavouable dans les soutes de l’avion ? Je n’en sais rien mais il y a trop d’incohérences dans les récits qui nous sont faits. La seule certitude est que l’avion, après avoir mis le cap sur Pékin, a fait demi-tour et est tombé quelque part dans l’océan indien. Avouez que c’est peu de chose après 2 mois et demi d’enquête.

Ce lundi s’ouvre à Doha (tiens les quataris nous ont aussi pris IATA) l’assemblée générale du transport aérien et le sujet du Boeing disparu sera évoqué de façon indirecte. Et c’est Air France KLM par la voix de son président Alexandre de Juniac qui va proposer à ses collègues un aircraft tracking. Il s’agit en fait de donner des positions en vol toutes les 10 minutes au centre de contrôle de la compagnie. En cas de changement inopiné de trajectoire, les informations seront envoyées toutes les minutes. Alexandre de Juniac propose aux autres membres de l’association internationale des transporteurs aériens d’utiliser des boîtes noires capables d’émettre 90 jours au lieu de 30 actuellement et d’affirmer à notre consœur du Journal du dimanche qu’ « il existe aussi une technologie récente qui permet aux signaux radio de mieux se propager dans l’eau ». Une idée qui intéressera certainement les compagnies d’autant plus qu’elle ne semble pas trop onéreuse. Mais nous sommes bien d’accord, Président, c’est que la préoccupation n°1 d’une compagnie est que les avions ne tombent pas dans l’eau.

La semaine prochaine, je vous raconterai le plus grand meeting aérien de France et d’Europe. C’est en tout cas le plus sympathique. Vous avez deviné qu’il s’agit du meeting de la Ferté Allais.

Gérard Jouany – aeromorning – juin 2014

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