Le premier tour de l’élection est passé, le second devrait (pour des raisons de Covid19) ne pas avoir lieu avant plusieurs semaines mais le sujet reste brûlant dans la capitale. Fin 2024 la structure aéroportuaire connue comme héliport de Paris devrait finalement fermer ses portes. C’est un des très rares sujets qui fasse réellement consensus entre la gauche et la droite parisienne. Reste à savoir où sera déplacée son activité, et là un peu flou.

Situé à l’instar des bois de Boulogne et de Vincennes «de l’autre côté du périph’» l’héliport est pourtant bien dans Paris. Dans le 15e arrondissement pour être exact. Et pourtant nombres de Franciliens l’appellent encore l’héliport d’Issy-les-Moulineaux car il jouxte cette riche commune de proche banlieue. Et depuis toujours c’est une source de nuisances incontestables pour les Parisiens autant que pour les riverains des communes alentours.
Il est implanté sur un ancien aérodrome historiquement très important.

C’est en effet sur le terrain qui accueille actuellement l’héliport de Paris que l’aviateur Henri Farman effectue à bord d’un biplan Voisin le premier kilomètre en circuit fermé au monde. Nous sommes alors le 13 janvier 1908 et le pilote met 1 minute 28 secondes pour cela.

Depuis ce sont les hélicoptères d’affaire et de travail aérien qui l’ont remplacé ainsi que la Sécurité Civile. La base des deux Dragon 75 est en effet sise sur l’héliport, de manière assez logique. Sept sociétés différentes réalisent le gros de l’activité aérienne privée de la structure aéroportuaire pour entre 9000 et 9500 vols par an en moyenne depuis le début des années 2000. En 2018 on en a enregistré 9650. Et ce sans compter les vols de service public ou bien ceux ayant trait aux hélicoptères militaires qui viennent parfois s’y poser. Quelques pilotes non professionnels utilisent également l’héliport pour des activités de loisir mais assez peu au final.
Il s’agit donc d’une structure essentiellement lié à l’aviation d’affaire.

Or c’est un des rares sujets sur lesquels les deux grandes formations politiques parisiennes arrivent à s’entendre. Socialistes et Républicains veulent en finir avec lui, les seconds peut-être même encore plus que les premiers. Et l’un de ceux qui mène la bataille politique contre l’héliport est le sénateur Pierre Charon, un riverain. Cet élu du 15e arrondissement n’a eu de cesse de relancer les gouvernements successifs autour de la question de la fermeture de cette plateforme. Une des dernières fois fut le 18 juillet 2019. C’est donc assez récent.
Pour la réponse gouvernementale, de la part de la secrétaire d’état Brune Poirson il aura fallu attendre le 5 décembre 2019. Et elle précise que l’État fera tout pour maintenir une activité pérenne de service public sur le site de l’héliport sans pour autant s’opposer à la fin de l’activité commerciale.

En gros la base des Dragon 75 et sans doute l’activité des machines du SAMU de Paris pourront continuer mais les vols commerciaux et de tourisme devront se trouver une nouvelle plateforme. Et l’échéance va venir très vite puisque la concession entre Aéroport De Paris et la municipalité arrive à terme le 31 décembre 2024. Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, pas plus que sa principale opposante Rachida Dati ne semble avoir envie de garder l’héliport. Entre les hélicos blancs et ceux jaunes et rouges cela ne représente pas plus de trois à quatre rotations par jour, et c’est pleinement acceptable pour les deux élues.

Mais alors où mettre les hélicoptères privés ? Plusieurs solutions sont à l’étude. Pour le domaine de l’aviation d’affaire le nom de l’aéroport du Bourget en Seine-Saint-Denis revient fréquemment puisqu’il est déjà pleinement tourné vers cette activité. Concernant l’aviation de loisirs et de tourisme on parle beaucoup de l’aérodrome de Saint-Cyr-l’École dans les Yvelines ou bien de celui de Chelles en Seine-et-Marne.
Des projets plus fantaisistes ont été avancés autour du département des Hauts-de-Seine avec le quartier d’affaires de la Défense et le port de Gennevilliers. Mais ces deux sites sont totalement inadaptés à une telle activité aérienne.

La volonté de fermer l’héliport, ou tout du moins de le réserver à la seule activité de service public, est t-elle purement dogmatique pour la droite et la gauche parisienne ? Oui et non. En fait elle est liée à deux facteurs principaux : le plan de prévention du bruit dans l’environnement dans un premier temps et la contribution de la plateforme à la pollution atmosphérique environnante. Si le premier est incontestable le second l’est beaucoup moins.
Et c’est Airparif qui le dit, l’organisme en charge des contrôles quotidiens sur la qualité de l’air dans la capitale. En fait selon lui la part de l’activité aéroportuaire sur l’héliport dans la pollution générale parisienne est négligeable. La principale source de pollution atmosphérique demeurant la circulation automobile.
Donc l’héliport est avant tout une source de pollution sonore et non atmosphérique.

Et cela devrait suffire pour Paris pour justifier sa fermeture. Car à la différence de La République En Marche et du Rassemblement National qui se sont toujours abstenus d’aborder le sujet toutes les formations politiques parisiennes sont favorables à celle-ci. Donc fin 2024 il fermera ses portes.
Reste à savoir ce qu’il en adviendra. Là où la gauche parle d’en faire un espace vert dédié notamment à la mémoire des premiers aviateurs la droite de son côté envisage d’y implanter des programmes immobiliers. Le consensus a ses limites dans Paris. Et n’oublions pas que les rotations des hélicos de la Sécurité Civile et du SAMU se poursuivront.

Photo © Olivier Cabaret.

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