Ce n’était à priori pas une librairie aéronautique même si elle possédait un rayon aviation plus qu’honorable. Le coup de massue est tombé cette semaine quand la fermeture de Gibert Jeune a été officialisée. La célèbre librairie du 6e arrondissement n’aura donc pas survécu à plusieurs aléas récents. On y trouvait des bouquins d’aviation pour vraiment pas cher.

Oui l’aviation est une passion qui se vit sur internet, nous en sommes la preuve formelle. Mais avant que ce média ne se démocratise les livres permettaient une diffusion déjà importante de sa culture et de sa connaissance. Aujourd’hui encore ils sont une source inépuisable pour les passionnés et historiens amateurs comme nous quand nous devons répondre aux questions des uns et des autres. Rien ne remplacera jamais le bouquin.

Or à Paris et dans sa région nous avons la chance d’avoir quelques bonnes adresses. La Maison du Livre bien entendu, temple absolu de notre passion, qui sur deux niveaux regorge de trésors. Dans ce même 8e arrondissement on trouve la librairie de la rue de Constantinople spécialisée dans tous les moyens de transport. Et puis ça et là des rayons plus ou moins fournis dans les FNAC de la capitale et de sa banlieue.

Pourtant en terme de librairie généraliste rien n’a jamais réussi à valoir Gibert Jeune. C’est simple environ 20% des plus de 250 bouquins d’aviation que j’ai chez moi en proviennent. Sans compter les BD, comics, polars, et autres romans et essais historiques que j’allais fréquemment y acheter. Avec sa devanture jaune un peu vieillotte Gibert Jeune, Gibert pour les intimes, était un lieu incontournable. Et des bouquins d’aviation on en trouvait à deux endroits.
D’abord dans la rue sur de grandes tables où ils étaient présentés à des prix d’appels défiant toute concurrence. Cinq, dix, vingt euros pour des bouquins qu’ailleurs vous trouviez à deux ou trois fois plus cher. La force de Gibert c’était aussi ça.
Ensuite en étage où là s’étalaient plutôt les livres d’occasion et ceux neufs n’existant qu’à un ou deux exemplaires dans les rayonnages. Chez Gibert pas d’élitisme on pouvait y trouver des best-sellers autant que des bouquins quasi inconnus. La règle du jeu était simple : il fallait venir souvent et savoir être patients. Les vendeurs et vendeuses étaient super disponibles, tellement même qu’au bout d’un moment ça finissait par ressembler à un café du commerce plus qu’à une librairie XXL.

Alors pourquoi Gibert Jeune disparait ? Simplement parce que l’enseigne qui encercle littéralement la place Saint-Michel, avec ses boutiques de toutes tailles, n’a pas su s’adapter. Elle a d’abord pris très tardivement le virage du numérique et du e-commerce, trop sans doute. Ensuite la décision de la région Île-de-France de rendre gratuits les manuels scolaires dans les lycées l’a profondément affecté. Le fond de commerce de Gibert fut pendant longtemps les ouvrages scolaires et universitaires. Enfin la décision gouvernementale durant les deux confinements de 2020 de ne pas classer les librairies comme commerces prioritaires a fini de tuer ce géant parisien.

Qu’elle sera triste cette fontaine Saint-Michel, lieu de rencontre des amoureux et point de convergence des cars de touriste sans ses librairies jaunes. Légère consolation la librairie Gibert Joseph située plus haut dans le boulevard Saint-Michel ne ferme pas. Paradoxalement la plus grande librairie de la capitale n’a jamais eu un rayon aviation digne de ce nom. Bien plus rangée et éclairée elle a moins de charme que celle de la place. Les meilleurs s’en vont toujours les premiers.

Photo © auteur.

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3 COMMENTAIRES

  1. Aie! Les khâgneux de Stan, H4 et Louis le Grand vont devoir aller chercher une nouvelle adresse, ça fait mal au cœur de voir un monument pareil disparaitre…

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