À bien des égards la Première Guerre mondiale posa les bases de l’aviation militaire, dans la quasi totalité de ses aspects contemporains. Les deux genres d’aéronefs qui firent réellement leur apparition de manière marquante durant le conflit furent les bombardiers et les chasseurs. Ces derniers, qu’ils soient monoplans ou biplans voire exceptionnellement triplans, enflammèrent l’imaginaire. On voyait dans leurs pilotes des chevaliers des temps modernes, capables de se battre dans des combats tournoyants cheveux et écharpes au vent. Pourtant cette image d’Épinal faillit bien disparaitre en 1916 en raison du développement outre-Manche d’un chasseur… à poste de pilotage fermé. Cet avion s’appelait le Sage Type 2.
Au début de l’année 1916 l’ingénieur britannique Cliff Tinson quitte la société Bristol pour Frederick Sage & Company. Celle-ci n’a alors aucune expérience en matière d’aéroplanes mais son directeur général, le fils du fondateur, est un prospère homme d’affaire londonien ayant fait fortune dans le bois. Ça tombe bien il s’agit là de la matière première des avions de l’époque. Cliff Tinson propose alors à son patron un appareil auquel il avait déjà pensé du temps où il travaillait chez Bristol et que son ingénieur en chef Frank Barnwell (créateur entre autre des Bristol F.2B Fighter, Bulldog, et Blenheim) refusa tout net. Frederick Sage Jr accepta, sur plan, de développer celui qu’on appela alors le Type 2.
Les travaux de Cliff Tinson tournaient alors principalement autour d’un chasseur biplace de reconnaissance diurne et nocturne. Ayant pu approcher d’anciens pilotes au temps où il travaillait chez Bristol l’ingénieur compris que l’une des difficultés pour eux était le froid mordant en altitude. Les vestes en fourrure et les protections en cuir n’étaient souvent pas suffisantes. L’idée qu’il avait proposé à Barnwell lui semblait pourtant idéale : fermer le poste de pilotage biplace en tandem de l’avion, et installer le poste de tir arrière au-dessus de celui-ci. L’idée de l’avion fut proposée au Royal Flying Corps et au Royal Naval Air Service. Si le premier le refusa le second passa commande pour un prototype et cinq exemplaires de présérie.
Extérieurement le Sage Type 2 ne ressemblait vraiment à aucun avion connu à l’époque. Malgré une classique architecture de biplan monotravée à train d’atterrissage classique fixe terminé par un patin l’appareil avait sa propre signature. Il était assemblé en bois entoilé et contreplaqué. La cabine fermée abritant le pilote et l’observateur mitrailleur lui donnait un air très inattendu. Un hublot double, deux hublots rectangulaire, et un carré avaient été installés sur les flancs droits et gauches de la dite cabine tandis qu’un pare-brise se trouvait devant le pilote dans son axe. Le plan supérieur de voilure reposait sur elle. Une ouverture ovoïde avait été perçée afin de faciliter l’installation de la mitrailleuse Vickers de calibre 7.7 millimètres tirant vers l’arrière. Une seconde arme, de même calibre, une Lewis devait être installée au-dessus de l’axe de l’hélice et employée également par l’observateur qui aurait eu alors simplement à se retourner. Quadripale en bois cette hélice était entraînée par un moteur français Gnome Monosoupape à neuf cylindres rotatif d’une puissance de 100 chevaux. L’ingénieur Tinson avait pensé doter ce moteur d’une casserole d’hélice très enveloppante.
Son prototype vola pour la première fois le 10 août 1916. Et dès ce vol inaugural le Sage Type 2 impressionna les militaires britanniques. Le Royal Flying Corps pensa même revenir sur sa décision tandis que des représentants belges et français se le firent présenter. Cependant l’Aéronautique Militaire remarqua que le chasseur britannique de reconnaissance n’avait pas adopté la nouvelle technologie de synchronisation des militaires, mise au point quelques temps auparavant. À son treizième vol d’essais, le 20 décembre 1916, le prototype fut détruit lors d’un atterrissage en catastrophe. Le pilote d’essais fut tué sur le coup. Un défaut au niveau de la gouverne de profondeur fut relevé et expliqua l’accident. En février 1917 les autorités militaires de Sa Majesté firent savoir que le programme du Type 2 ne serait pas poursuivi.
Au-delà de sa cabine fermée sa casserole d’hélice de grande taille et son hélice quadripale font de cette machine un avion totalement hors norme, même au regard de la Première Guerre mondiale. Durant le conflit des avions à l’architecture vraiment étonnante firent leur apparition, comme le DFW T28 Floh allemand ou donc ce Sage Type 2 britannique. De nos jours il ne reste plus rien de lui.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images

















