L’avion qui annonça l’arrivée des Alliés aux Parisiens occupés

L’avion qui annonça l’arrivée des Alliés aux Parisiens occupés

Immortalisé en 1966 par le film franco-américain « Paris brûle-t-il ?« , c’est un des avions les plus importants de l’histoire récente de la capitale française. Il s’agit bien entendu du petit monomoteur léger qui survola Paris occupée à la fin du mois d’août 1944 pour annoncer l’arrivée prochaine des troupes alliées. Un avion qui s’il ne parachuta aucune arme apporta bien plus aux résistants et aux policiers parisiens en lutte contre l’armée allemande : de l’espoir. Retour en arrière à l’occasion du 70ème anniversaire de la Libération de Paris.

Dès le 19 août commence ce qu’on appela plus tard l’insurrection de Paris. Depuis quatre ans la ville lumière vivait au rythme de la Wermacht et du pas de l’oie de ses soldats. Les Parisiens n’en pouvaient plus du rationnement et des exactions permanentes de l’occupant. La Résistance décida de passer à l’offensive.

Depuis quatre jours la Préfecture de Police est en grève quasi-générale. Les gardiens de la paix ne prennent plus leur service et occupent les commissariats et les postes de police. Ça et là des escarmouches ont déjà lieu avec l’armée allemande, mais rien de très sérieux.

Jusqu’à ce 19 août 1944 au matin où les policiers commencent à tirer sur l’armée allemande. Eux qui avaient été de si précieux auxiliaires des nazis durant l’occupation, et notamment lors de la terrible rafle du Vel-d’Hiv en juillet 1942, rejoignent désormais les rangs de la Résistance. Et ils le font avec leurs armes et munitions.

Les combats sont sanglants et font des centaines de morts dans les deux camps. Mais surtout les munitions s’épuisent dans le camps français. Henri Rol-Tanguy, le charismatique colonel de la résistance parisienne, demande alors une trêve aux Allemands qui l’acceptent. Dans le même temps il missionne un de ses adjoints, le commandant Gallois de rejoindre les lignes alliées à plus de cent kilomètres de Paris. Au prix d’une escapade dangereuse il réussit à voir deux des plus importants généraux américains présents en France : George Patton, puis quelques heures plus tard Omar Bradley. Ce dernier fait conduire Gallois vers un autre général, français celui là : Leclerc. Il le convainc assez aisément d’aller libérer Paris. Mais là-bas les combattants sont au plus mal, alors le général français a une idée de génie : envoyer son avion de liaison personnel avec pour mission de prévenir la Résistance de l’arrivée des renforts.

Le 24 août 1944 en fin de matinée le Piper L-4 personnel de Leclerc décolle de Normandie. Cet avion, numéro de série 329911, est piloté par le capitaine Jean Callet et embarque comme observateur le Lieutenant Étienne Mantoux. Si le premier est un pilote confirmé des Forces Aériennes Françaises Libres le second est un officier réputé proche de Leclerc. Ils transportent tous deux un petit message dans un paquet lesté d’une brique. À peine une heure après leur décollage les deux hommes sont à la vertical de Paris. Ils survolent l’île de la Cité à moins de trente mètres d’altitude et jettent le précieux colis. Quand les officiers de Rol-Tanguy l’ouvrent ils peuvent lire « Tenez bon nous arrivons ». Bien entendu le message est signé de la main même de Leclerc.

Et le général n’a pas menti. Dans le même temps une compagnie de 160 soldats, sous-officiers, et officiers du Régiment de Marche du Tchad, forte de quinze véhicules blindés fonce vers Paris. Composée en majorité de combattants espagnols ayant fuis la dictature franquiste on appelle cette unité la Nueve, car c’est là la neuvième compagnie de ce régiment. Elle est accompagné de trois chars M4 Sherman de construction américaine appartenant au 501ème Régiment de Chars de Combat. Le 24 août au soir, quelques heures seulement après le survol de Paris par le Piper de Leclerc, ses hommes entrent dans la capitale et commencent sa libération.

Les Parisiens sont surpris, on leur avait laissé dire que les Américains arrivaient et ce sont des soldats français qui les libèrent. La 2ème Division Blindée entre dans Paris par la Porte d’Orléans. Peu de combats vont les opposer à une armée allemande en déroute complète. Pis l’ordre hitlérien de détruire Paris n’est pas respecté, l’état-major allemand craignant pour sa vie et celle de ses fantassins en cas de représailles.

Le lendemain, 25 août 1944, Charles de Gaulle arrive à Paris et défile sur les Champs-Élysées accompagné de Leclerc et Rol-Tanguy. C’est à cette occasion que le chef de la France Libre aura une célèbre citation. Passant devant une des jeeps de la Nueve sur laquelle est apposée la phrase « Mort aux cons », De Gaulle dit : « Noble mais dure tâche ». Malgré la persistance de quelques poches de résistances allemandes, notamment du fait de snipers, Paris est officiellement libérée le 25 août 1944 au soir. Les cloches de Notre Dame peuvent enfin sonner, tandis que le drapeau tricolore est hissé sur les monuments de la capitale et que sa population peut enfin entonner la Marseillaise. Un hymne passible de la peine de mort durant l’Occupation.

L’espoir était revenue en cette fin d’été 1944, et tout cela avait commencé par un petit message de quatre mots largué d’un avion léger.

NDLR : Il n’existe aucun cliché authentique du Piper 329911 durant cette période, d’où la photo d’illustration qui montre un avion similaire de la même époque.

Photo © Photothèque de l’US Air Force Museum.

5 COMMENTAIRES

  1. Votre article est intéressant. Mais la photo sensée représenter un L4 me semble foireuse. Je ne reconnais pas un L4, mais plutôt un engin, dont j’ai oublié le nom, qui ressemblait au Cessna Bird Dog. Il y en avait un qui faisait le tour des aérodromes normand à l’occasion de l’anniversaire du débarquement. (www.ouest-france.fr/la-commune-commemore-demain-le-debarquement-2593299)

    Jean Herpin

  2. J’ai retrouvé la trace de votre avion, un Stinson L5 Sentinel Flying Jeep (forum.aviation-ancienne.fr/t387p945-quizz-1-2-3)

    Jean Herpin

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