Pour la majorité des historiens et aérophiles la Bataille d’Angleterre est réellement le premier affrontement frontal de l’Histoire qui se passa quasi uniquement dans les airs, si on excepte l’action des servants de la DCA se trouvant à terre ou en mer à bord de navires. Et pourtant beaucoup se limitent à ne voir que des affrontements entre pilotes de chasse allemands et britanniques : c’est là une grave erreur et une méconnaissance évidente de cette époque. Car avant tout cette bataille aérienne fut marquée par la résistance de la chasse britannique aux bombardiers allemands. Ces opérations de frappes aériennes de la Luftwaffe contre le Royaume Uni sont connues sous le nom de Blitz, ce qui signifie éclair dans la langue de Molière.

Deux Do 17 allemands survolent Londres durant le Blitz.

Au cours des huit mois et demi qu’il dura, du 7 septembre 1940 au 21 mai 1941, le Blitz causa la mort d’un peu plus de 44000 sujets britanniques ainsi que d’environ 1050 soldats et aviateurs de Sa Majesté. La majorité des grandes villes du pays fut touchée, avec bien sûr en ligne de mire des pilotes allemands Londres et les grands centres industriels anglais et gallois. Même l’Irlande du nord ne fut pas épargnée par ces bombardements. Il faut savoir que la majorité des frappes allemandes contre le Royaume Uni se déroula de nuit, où les pilotes se pensaient à l’abri de la chasse britannique. Le Blitz obligea les civils a massivement fuir les grandes villes, la majorité des enfants et des adolescents étant « envoyés à la campagne » là où on les supposait à l’abri des avions de la Luftwaffe.

Le but ultime du Blitz n’était pas de détruire totalement la Grande-Bretagne mais de l’affaiblir assez pour permettre la mise en œuvre de l’opération Seelöwe, l’invasion par la mer et les airs du pays par les forces allemandes. En effet Adolf Hitler et ses stratèges pensaient que si le peuple britannique voyait ses infrastructures industrielles mais aussi ses voies de communication et ses grands édifices détruits par l’action des bombardiers son moral serait suffisamment atteint pour permettre une rapide dépose des armes au profit des troupes du Reich. L’Histoire leur démontra toute l’étendue de leur erreur !

Les pompiers britanniques, les autres héros du Blitz.

En fait au moment des premiers bombardements leur vœu faillit être exaucé. En effet dans les deux premières semaines du Blitz le moral des Britanniques était au plus bas. Mais c’était compté sans deux facteurs qu’à Berlin on avait sous-estimé : l’esprit britannique de résistance et la Royal Air Force.

Le premier se matérialisa par deux hommes, deux dirigeants qui allaient incarnés ce pays durant toute la guerre : le roi Georges VI et son premier ministre Sir Winston Churchill.
Le souverain britannique par sa décision de ne pas quitter Londres comme on le lui avait suggéré sut agréger autour de lui la force de résistance de tout un peuple, galvanisé également par les déclarations et discours radiodiffusés du chef du gouvernement.

La seconde fut l’outil de riposte numéro un de Churchill. Le premier ministre britannique reposa toute sa stratégie de défense sur les épaules d’un seul général, l’Air Chief Marshall Hugh Dowding à la tête du Fighter Command, le commandement de la chasse de la Royal Air Force. Si on excepte quelques vénérables biplans Gloster Gladiator et une poignée de chasseurs bimoteurs Bristol Bleinheim pour les vols nocturnes ce puissant organe de la RAF disposait surtout de monoplans Hawker Hurricane, et du tout nouvel avion de chasse britannique, le Supermarine SpitfireMais c’était bien le Hurricane qui était alors le principal défenseur du ciel britannique !

Hurricane et Spitfire foncent sur la Luftwaffe.

Il faut dire qu’en face le Troisième Reich ne lésinait pas sur les moyens. Près de 1500 bombardiers de la Luftwaffe participèrent aux raids aériens du Blitz. Les pilotes allemands volaient surtout sur des bimoteurs de bombardement moyen Dornier Do 17, Heinkel He 111, et Junkers Ju 88. Et pourtant l’avion qui retint le plus l’attention des civils britanniques fut le terrifiant Junkers Ju 87, le tristement célèbre Stuka et ses attaques en piqué d’une redoutable précision. La totalité des vols se faisait sous la protection de chasseurs d’escorte Messerschmitt Bf 110, les monomoteurs Bf 109 étant réservés pour les bombardements du sud de l’Angleterre en raison de leur rayon d’action notoirement connu court.

Heinkel He 111 au-dessus de la capitale britannique.

Et c’est tout naturellement Londres qui fut la première cible des bombardiers allemands. Le 7 septembre 1940 un vol de 320 bombardiers Do 17 et Ju 88 attaqua la capitale britannique, prenant de vitesse la chasse britannique qui n’eut pas le temps de décoller pour les intercepter. Le bilan fut sans appel, 502 civils tués dont une majorité d’enfants et d’adolescents et un peu plus de 1100 blessés, majoritairement victimes de brûlures.

Dès lors les Londoniens vécurent au rythme des sirènes d’alerte et du vrombissement des moteurs allemands au-dessus de leurs têtes. Quatre jours après ce premier raid un second frappa l’un des édifices les plus symboliques d’Angleterre : Buckingham Palace, siège du pouvoir royal. Georges VI, son épouse, et ses deux filles en réchappèrent mais décidèrent ce jour là de rester !
A l’occasion de ce bombardement la reine consort eut une phrase demeurée dans l’Histoire : « I’m glad we were bombed. Now I can watch the East End in the eyes« , ce qui se traduit par « Je suis contente que nous ayons été bombardés. Maintenant je peux regarder l’East End dans les yeux« . Tout était dit.

Londres en proie aux flammes des bombes incendiaires allemandes.

Mais Londres n’était pas la seule cible des généraux allemands, et ça la Royal Air Force le comprit très rapidement. La majorité des grands centres industriels fut visée : Birmingham, Bristol, Canterbury, Exeter, Leeds, Liverpool, Manchester, ou encore Plymouth. Trois raids aériens retiennent particulièrement l’intérêt des historiens.

Junkers Ju 88 en action durant le Blitz.

Probablement le plus célèbre du Blitz fut celui qui visa le 14 novembre 1940 la ville historique de Coventry au nord ouest de Londres. Réalisé en représailles d’un raid allié contre Munich les frappes aériennes à l’encontre de cette cité industrielle anglaise détruisirent 40% de la ville, tuant 568 civils et en blessant 725. Il est à signaler que la Royal Air Force intervint anormalement lentement, ce qui posa après guerre quelques questions sur la volonté politique londonienne de laisser faire ce bombardement afin de ne pas révéler les avancées des services de Bletchley Park dans le décryptage de la machine Enigma. Coventry devint rapidement un symbole de la volonté de résistance britannique au Blitz.

Le second est certainement celui qui visa Belfast, la plus importante ville d’Irlande du nord. Le 15 avril 1941 une escadre aérienne de 220 bombardiers Dornier Do 17 et Heinkel He 111 frappèrent les chantiers navals de la ville où la Royal Navy construisait et faisait entretenir la majorité de ses bâtiments de guerre. Une dizaine d’entre eux fut lourdement endommagée. Le seul navire inutilisable après ce raid était… un remorqueur. Le raid tua 975 civils dont beaucoup d’enfants, les Irlandais se croyant à l’abri des bombardiers allemands n’avaient pas daigné les mettre à l’abri. Les avions de la Luftwaffe avaient décollé de Norvège alors occupée.

Do 17 Vs Spitfire. Qui va gagner ?

Le troisième est lui par contre quasi anecdotique, mais en dit long sur la volonté allemande de faire plier le peuple britannique. Une semaine après Belfast, le 22 avril 1941 une centaine de Heinkel He 111 et Junkers Ju 88 fondirent sur la station balnéaire de Great Yamouth dans l’est de l’Angleterre. Célèbre pour être depuis le 19ème siècle à l’origine des fameux bains de mer cette ville fortifiée était prisée des Londoniens autant que des habitants des comtés alentours pour son air vivifiant et son art de vivre. Le raid aérien allemand tua plus de 300 civils et une vingtaine de servants de la DCA locale.
Great Yarmouth n’était même pas sur les plans de défense aérienne du Fighter Command, n’ayant aucun intérêt industriel majeur. En fait l’état-major berlinois voulait atteindre les Britanniques jusque dans leur mode de vie.

Historiquement l’utilisation des Stuka durant le Blitz relève presque de l’anecdote. En effet, à l’instar des chasseurs Messerschmitt Bf 109 sous la protection desquels ils volaient souvent, les bombardiers en piqué allemands avaient les pattes courtes. De ce fait les rares bombardements massifs auquel ils prirent part fut ceux contre la ville historique de Canterbury. Même le sud de Londres semblait trop loin pour ces monomoteurs, malgré l’installation de bases le long des littoraux normands et picards. Pour autant la sirène des Stuka fit le même effroi aux Britanniques qu’avant eux aux Polonais, Néerlandais, Belges, et Français.

Le Stuka, une arme aussi dévastatrice que psychologique !

Finalement le Blitz prit fin le 21 mai 1941. Échec cuisant pour les Allemands cette opération eut pour effet de renforcer un peuple entier autour de ses dirigeants et de son aviation. La Royal Air Force devint à cette occasion l’arme qui défendait la Grande Bretagne. Bien sûr jamais aucun fantassin de la Wermacht ne foula le sol anglais, il faut rappeler que l’opération Seelöwe n’aboutit jamais. Les raids aériens allemands contre le Royaume Uni ne purent reprendre qu’avec l’apparition des missiles de croisières V1 et V2, mais c’est là une autre histoire.

À l’issue du Blitz le premier ministre britannique eut une phrase largement restée dans l’Histoire et qui explique bien le rôle prépondérant des pilotes et mécanos de la RAF à ce moment de la Seconde Guerre mondiale : « Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few« , ce qui se traduit par « Jamais dans l’Histoire des conflits tant de gens n’ont dû autant à si peu« .

Le Hurricane, un cauchemar pour les équipages de bombardiers allemands.

Il faut enfin ne pas oublier que le Blitz fut marqué par l’émergence au Royaume Uni d’une forme de respect extrême de la part des civils autant que des dirigeants pour les pompiers. Ces hommes méritant alors plus que jamais leur surnom de soldats du feu.

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