Comme pour tous sujets il faut savoir raison garder. Ce mercredi 5 septembre 2018 deux avions de ligne ont été isolés sur des tarmacs, l’un aux États-Unis et l’autre en France, en raison d’une menace épidémique se trouvant à bord. Cependant dans les deux cas les autorités sanitaires ont levé le doute. Malgré cela le vieux fantasme de l’avion comme outil pandémique demeure. Tentons d’expliquer par les faits.

Le premier, un Airbus A380 d’Emirates réalisait une liaison commerciale régulière entre Dubaï et New York. À son bord se trouvaient 521 passagers et membres d’équipages. C’est environ quatre heures après le décollage alors que l’avion amorçait sa traversée transatlantique que l’alerte a été donnée : deux passagers mais aussi une hôtesse de l’air souffraient de symptômes similaires : vertiges et vomissements. Aux États-Unis les autorités sanitaires fédérales du CDC (pour Center for Disease Control and Prevention) en sont avisés et en accord avec l’aviation civile ils autorisent le quadriréacteur à poursuivre son vol normalement.

À quelques minutes de l’atterrissage la situation s’est quelque peu complexifiée. En effet une centaine de personnes, passagers et personnels navigants commerciaux confondus, présentaient les mêmes symptômes mais également avec désormais des accès de fièvres. Un passager, un médecin saoudien, a alors demandé au commandant de bord de signifier au CDC qu’une souche particulièrement virulente de la grippe sévissait alors dans la ville sainte de La Mecque d’où provenaient une partie des passagers. Il s’agissait donc de pèlerins de retour.

C’est peu avant 9 heures du matin que l’avion s’est posé sans encombre sur le tarmac de JFK et a immédiatement été escorté vers une partie sécurisée où l’attendait un vaste dispositif d’alerte médicale. Des médecins et paramédicaux ont alors examinés tous les passagers et membres d’équipages avant de dresser le bilan officiel : 106 personnes infectées dont onze ayant nécessité une hospitalisation en urgence, principalement pour des raisons de déshydratation. Aucun pronostic vital n’a été engagé.
Les derniers passagers ont quitté l’aérogare new-yorkais en début d’après-midi. Ils se souviendront sûrement de ce voyage chaotique.

Le second est un Boeing 737-700 d’ASL Airlines France qui assurait lui aussi une liaison commerciale régulière. Reliant la ville algérienne d’Oran à celle de Perpignan dans le sud de la France l’avion transportait 147 passagers et six membres d’équipage.
En vol un garçonnet de huit ans est victime de vomissements et des premiers symptômes de la diarrhée. Seulement voilà l’Algérie est depuis le début du mois dernier en proie à une épidémie, certes petite mais bien réelle de choléra. Deux personnes en sont déjà mortes dans le pays.

Immédiatement la Direction Générale de l’Aviation Civile est avisée des faits et l’avion poursuit sa route vers l’aéroport occitanien. Sur place tout est prévu pour accueillir l’enfant mais également examiné les passagers et membres d’équipages de l’avion. Un dispositif placé sous l’égide du SAMU 66 et du service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées-Orientales a été installé en bout de piste près à recevoir le Boeing 737.
L’enfant est rapidement évacué vers une structure hospitalière adapté aux maladies infectieuses et hautes contagieuses comme le choléra. Heureusement très rapidement les informations sont rassurantes l’enfant n’en est pas porteur, il souffrait en fait d’une gastro-entérite aiguë.

Ces deux faits-divers arrivés le même jour relancent le vieux débat sur l’avion comme vecteur du transport de germes et/ou bactérie. Un débat qui remonte en fait aux origines des vols commerciaux internationaux dans les années 1920-1930 et qui a connu quelques rebonds notamment dans les années 1960 avec l’apparition du transport aérien de masse puis plus récemment avec les vols à bas coût encore plus accessibles au plus grand nombre. Pourtant aucune corrélation n’a jamais été faite de manière totalement probante entre aviation civile et épidémie.

Le cas le plus célèbre est la crainte de pandémie d’Ebola. En 1989-1990 deux alertes sanitaires sur ce virus existent aux États-Unis et touchent quatre personnes, prises en charge à l’heure et qui survivront. L’origine venait d’animaux exotiques transportés… par bateau.
Seuls cas avérés : l’épidémie de 2013-2015 tue une personne aux États-Unis sur quatre infectés sans que l’on sache exactement si cette victime est bien entrée dans le pays par avion puisque aucun autre cas n’a été décelé en dehors des trois humanitaires soignés. L’Espagne, l’Italie, et le Royaume-Uni connaissent eux aussi chacun un cas mais transportés dans le pays par avion médicalisés et donc ultra-sécurisés.

En fait on a de plus en plus l’impression que cette peur de l’avion comme vecteur de propagation à grande échelle relève de la plus pure science-fiction. Pour autant le risque existe et il est clairement pris en compte par les autorités aéronautiques et sanitaires de la majorité des grandes puissances de ce monde.
Après c’est un peu à chacun de se faire son idée, en n’oubliant pas qu’il faut souvent savoir raison garder.

Photo © Wikimédia commons

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11 COMMENTAIRES

  1. Je ne pense pas que quiconque ait déjà incriminé l’avion en tant que tel. Ce sont les personnes qui véhiculent les maladies. Les avions déplacent les personnes, donc potentiellement les maladies aussi. Rien de fantasmagorique.

    Les bateaux ont joué ce rôle bien avant les avions. La quarantaine systématique des navires provenant de pays étrangers a été mise en place dès le XIVe siècle, après la Peste noire qui a sévi en Europe.

  2. Si l’on veut parler de la contamination par les transports est-il besoin de rappeler les cas de variole (qui ont décimés les indiens d’Amérique) et de syphillis « échangés » de part et d’autre de l’Atlantique.Bien sûr les bateaux ne sont pas forcément incriminés,quoique qu’il y eut des rats à bord, responsables en partie de la fin des Dodos par exemple, mais les transports d’être humains et de marchandises en provenance de tous les coins de la planète, doivent sûrement jouer un rôle non négligeable. .Doit-on rappeler la mise en quarantaine systématique des astronautes revenant de leur périples lunaires ? Précaution inutile? Mentionnons de même l’introduction en Europe d’insectes ou de leurs larves non endémiques ( frelon asiatique)par exemple) , certainement pas arrivés par leurs propres moyens? Il est vrai que des températures de -50° sont atteintes en vol dans les puits de roues,des long courriers, ,à supposer qu’une bestiole y ait trouvé refuge au sol, mais il existe des insectes qui résistent parfaitement à de telles températures.

    • Tout à fait d’accord. Mais n’oublions pas que les bateaux à voile avaient des temps de transit souvent supérieur au temps d’incubation des maladies. Les hommes survivant avaient du coup crée des résistances.
      Aujourd’hui les avions traversent le monde en bien moins de temps que ce temps d’incubation.
      Quand aux insectes et larves ils volent aussi en soute tempérée avec des fruits par exemple. Mais aussi en conteneur sur des bateaux, voire dans les valises des passagers.
      Cela dis je suis d’accord avec Arnaud, même si le risque existe il faut raison garder.

  3. Je me souviens que lors de mon retour de l’ile Maurice, les hôtesses ont pulvérisé de l’insecticide sur tous le monde dans l’avion avec un spray.
    « Désinfection à bord

    Les autorités sanitaires de certains pays prescrivent à toutes les compagnies aériennes de vaporiser dans la cabine, avant ou après l’atterrissage, le produit « Standard Reference Aerosol » (SRA) déclaré comme étant sans danger par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). L’agent actif de ce produit est le pyrèthre naturel, un extrait de chrysanthème qui se décompose en quelques heures.

    Cette mesure a pour but d’empêcher la propagation de maladies animales ou végétales. Les pays suivants prescrivent la désinfection de la cabine : Barbade, Cuba, Inde, Jamaïque, Madère, île Maurice, îles Maldives, Mexique, îles Seychelles ainsi que Trinité-et-Tobago. »

  4. Mon cher Arnaud tout médecin s’est parfaitement que tous les lieux favorable à la promiscuité humaine est un facteur de contagion des maladies infectieuses, et d’autant plus qu’il s’agit d’un espace clôt et pressurisée comme la cabine d’un avion où les virus se développent avec encore plus de facilité d’autant plus facilité par une durée de voyage de 6 à 10 heures , cette grippe saoudienne hautement contagieuse à fait que les 500 passagers et membres d’équipage ont tous été contaminé par ce virus soyez en sûr, surtout si 106 personnes étaient infectées à bord, les personnes saines vont toutes developper les symptômes de la maladies dans les trois à cinq jours, seule les personnes ayant une forte défense immunitaire ne feront peut-être qu’un simple fébricule et deviendront porteur sain du virus contaminant à leur tour des sujets contacts.

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