Située dans la région de Lanaudière, la petite ville de Saint-Donat blottie par les collines et le lac Archambault est réputée parmi les villégiateurs et amants de la nature. La beauté des paysages parés de leurs flamboyantes couleurs automnales attirent les amateurs de randonnée dont plusieurs sont surpris de découvrir un sentier assez particulier.

En empruntant le sentier de la Montagne noire, on peut accéder au sommet et à l’endroit où s’écrasait, en 1943, le bombardier Consolidated B24-D Liberator «Harry». Vingt-quatre croix et un monument de pierre se dressent là en hommage aux victimes. Encore bien visible aujourd’hui, un enchevêtrement de bouts de carlingue, de moteurs et de tôle froissé attestent de la violence de l’impact. Afin de perpétuer la mémoire de la pire tragédie de l’Aviation royale canadienne (ARC) survenue au Canada, le groupe de bénévoles «Gardiens du Liberator» veille à l’entretien de ce cénotaphe aménagé en pleine nature sauvage. Cet automne, ce triste anniversaire fait aussi l’objet d’une commémoration afin de rendre hommage aux jeunes hommes dont la vie s’est ainsi brusquement terminée il y a déjà 75 ans.

Le Liberator 3701H «Harry» faisait partie d’un lot de quatre appareils de seconde main, obtenus de l’armée de l’air américaine. Initialement destinés à la lutte anti-sous-marine, leur piteux état les relégua à des fonctions d’entraînement et de transport au sein du 10ème Escadron de l’ARC. Selon les rapports officiels de l’époque, l’avion décolla de Gander à Terre-Neuve en fin de journée du 19 octobre 1943. Arrivant près de la base de Mont-Joli au Québec, le pilote demanda la permission d’atterrir, mais sa requête fut refusée en raison des conditions météorologiques exécrables. Dans les heures suivantes, les tours de contrôle tentent d’entrer en contact avec l’avion, mais sans succès. Le Liberator «Harry» était censé poursuivre son vol vers l’aéroport de Dorval situé sur l’île de Montréal, où il n’arriva jamais. Une vaste opération de recherche fut lancée afin de quadriller le corridor qu’aurait dû suivre le bombardier, mais en vain.

Presque trois ans s’écouleront avant que le sort du Liberator «Harry» et de ses occupants soit découvert tout à fait par hasard. Le 20 juin 1946, un pilote qui tente de retrouver un autre avion récemment disparu aperçoit ce qui semble être les restes d’un plus gros aéronef près du sommet de la Montagne Noire. Le 26 juin 1946, un groupe mené par un officier de l’ARC se fraie un chemin jusqu’au site de l’écrasement en traversant une forêt dense. Arrivé sur les lieux, le militaire voit ses soupçons se confirmer. Les dépouilles des malheureuses victimes seront inhumées sur place lors d’une cérémonie militaire. En 1985, elles seront déplacées vers le cimetière de Saint-Donat où une autre stèle honore leur sacrifice. Ironie du sort, parmi les victimes ont dénombrait pratiquement tout l’équipage d’un Liberator de l’ARC qui s’était illustré un mois plus tôt en coulant l’U-Boot U-341 au large de l’Islande.

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