Je suis récemment tombé par hasard sur une photographie d’un Airbus A320 de Brussels Airlines orné d’un dessin tiré des aventures de Tintin dans Le Trésor de Rackham le Rouge. Dévoilé en 2015, cet avion original est habillé d’une reproduction de Tintin et Milou à bord d’un sous-marin en forme de requin conçu par le professeur Tournesol. Il n’en fallait pas plus pour réveiller en moi le souvenir des heures de plaisir tirées de la lecture des albums de Tintin lorsque j’étais gamin. Malgré son attrait esthétique indéniable, je trouve un peu étrange le choix de Brussels Airlines qui aurait pu s’inspirer des avions fort présents dans les aventures de Tintin. Ma mémoire étant un peu défaillante sur les aéronefs précis émaillant les péripéties de Tintin, j’ai entrepris de revisiter ce sujet d’intérêt pour les aérophiles de 7 à 77 ans. Quelle ne fut ma surprise de découvrir que d’autres curieux avaient déjà largement défriché ce champ d’études, dont de véritables tintinologues.

Notre coreligionnaire Arnaud a notamment écrit un texte sur la question en 2012. Plusieurs ouvrages ont également été publiés à ce sujet au fil des ans, mais permettez-moi d’en souligner deux plus récents. Paru en 2018, l’album Hergé, Tintin et les avions des éditions Moulinsart présente plus de 50 avions dans 64 pages richement illustrées. L’auteur de l’ouvrage est José Miguel de la Viuda Sainz, un ingénieur en aéronautique et passionné d’aviation. On y apprend que dans le premier album de Tintin paru en 1930, l’avion piloté par le jeune héros Au pays des Soviets, serait un Polikarpov I-1, le premier chasseur monoplan produit par l’Union soviétique.

Polikarpov I-1

Un autre ouvrage qui semble assez fouillé est Le Guide du Maquettiste des Avions présentés dans les Aventures de Tintin de Richard Humberstone publié en 2015. Véritable encyclopédie visuelle détaillée de 60 pages couleur dans lequel tous les avions qui apparaissent dans les albums sont illustrés par un profil à l’échelle 1/72 et 1/144.

Enfin, l’exposition inédite Tintin et ses Avions tenue au musée Aeroscopia de Blagnac, près de Toulouse, a récemment permis aux aérophiles atteints de tintinomania de combiner deux plaisirs. L’avion apparaissant sur l’affiche, tiré de l’album Les cigares du Pharaon paru en 1934, serait un  De Havilland DH.80 Puss Moth.

De Havilland DH.80 Puss Moth

Pour coller à l’évolution technologique, certains albums verront même des avions être remplacés par des modèles plus récents lors de rééditions. À titre d’exemple, l’avion Heinkel He 70 Blitz ayant inspiré celui utilisé par les faux-monnayeurs dans l’album L’île noire en 1938, est remplacé par un appareil similaire au De Havilland Canada DHC-1 Chipmunk dans une édition subséquente.

Heinkel He 70 Blitz
De Havilland Canada DHC-1 Chipmunk

Bien que les albums de Tintin semblent aujourd’hui anachroniques à bien des égards, ils reflètent à leur façon l’évolution de l’aviation en étant même parfois prémonitoires. Dans Vol 714 pour Sydney paru en 1968, Tintin fait la rencontre inattendue de Lazlo Carreidas qui l’invite à bord de son avion privé supersonique Carreidas 160. On ne peut que remarquer la similitude d’apparence avec les avions d’affaires à très long rayon d’action, comme le Bombardier Global 7500, qui frôlent aujourd’hui la vitesse du son.

Carreidas 160 et Bombardier Global 7500

Alors ne boudez pas le plaisir de relire un vieil album de Tintin avec vos yeux d’aérophile averti afin de déceler les ressemblances !

Illustrations © Hergé

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6 COMMENTAIRES

  1. J’aime moi aussi les aventures de tintin, en plus c’est le genre de héro polyvalent capable de tout piloter, voiture moto avion hélicoptère, tank…

  2. Bon article. J’avais déjà repéré cet avion en 2015 à l’aéroport de Zaventem (Bruxelles). Je me rapelle que tout le monde le prenait en photo.
    A noter également l’album visionaire de « Tintin sur la lune » datant de 1950-1953. Je suis à chaque fois étonné par la vision de Hergé sur ce sujet.

  3. Très chouette article, ça me rappelle dans mon enfance les albums que je dévorais entre 6-7 ans et 10-11 ans. Par la suite j’ai un peu délaissé Tintin et son chien pour tomber totalement fan de Blake & Mortimer. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’il existe une véritable filiation entre ces deux BD. Hergé et Jacobs étaient amis, et celui-ci fut même représenté dans l’album les Cigares du Pharaon.
    Certains tintinophiles avancent même que l’affaire Tournesol aurait été dessiné et écrit par Edgar P. Jacobs.

  4. Pour le plaisir des yeux je possède une photo de cet appareil prise à Bruxelles Zaventem sur le tarmac de l’aéroport alors que je revenais de Berlin. en novembre dernier..Problème :comment la partager sur le site,? A signaler qu’il existe aussi une autre A 320 peint avec les Schmurfs ou Schtroumpfs en Français. Bruxelles est la capitale incontestée de la BD franco belge et si un jour vous allez la visiter, je vous invite à faire la chasse aux peintures murales présentes un peu partout et dédiées à la BD

  5. Je me permets de revenir sur votre remarque Arnaud concernant Edgar P.Jacobs et l’Affaire Tournesol. Ceci est très exagéré.S’il est exact que ce dernier au sein du studio Hergé, a largement collaboré , cette collaboration ne dépassait pas le niveau du dessin, voire de la mise en scène.Même si l’on peut admettre qu’il ait pu suggérer telle ou telle idée dans le scénario des aventures de Tintin (Edgard P Jacobs était chanteur d’opéra de sa première profession). .Il est responsable en particulier de la majorité des décors lors de la réécriture ( et redessins) des albums de la première période, en particulier ceux qui étaient parus pendant la seconde guerre mondiale..Cela change du tout au tout à partir de ‘album L’Affaire Tournesol où Hergé reprend un contrôle plus étroit du processus de production de ses oeuvres. Le divorce entre Edgar P Jacobs et l’auteur de Tintin eut lieu lorsque celui -ci demanda à ce que son nom figure en tant que collaborateur dans les albums..Devant le refus net et définitif d’Hergé, Edgar P Jacobs claqua la porte du studio Hergé et se consacra définitivement à l’élaboration de Blake et Mortimer .Il est à noter qu’au sein du studio Hergé travaillaient toute une flopée de « jeunes » dessinateurs qui voleront de leurs propres ailes par la suite : Paul Cuvelier ( Corentin,) J.Laudy,, Jacques Martin (Alix, Lefranc), Bob de Moor (les Mésaventures de Monsieur Tric), Willy Vandersteen ( Monsieur Lambique)..Cela étant dit, on ne peut qu’admirer l’extraordinaire minutie d’Hergé lorsqu’il fallait dessiner avions, voitures, bateaux. Sait-on qu’il s’était fait fabriquer une maquette de la fusée dans les deux albums Objectif Lune et On a Marché sur la Lune afin de rendre ses dessins plus crédibles? Hergé, minutieux jusqu’à la maniaquerie, empilait des tonnes de documentation avant de rédiger et dessiner ses albums..Ces derniers constituent aujourd’hui un vrai musée dont l’authenticité n’est plus à démontrer..Bonne lecture et merci pour ce superbe article.

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