Encore une fois ce marché pourrait rapidement tourner à l’avantage des avions américains. Le ministère norvégien de la défense vient de faire paraître son livre blanc pour la période 2019-2026 et clairement l’heure est à la modernisation des moyens aériens. Outre la confirmation officielle des commandes de F-35A Lightning II et P-8A Poseidon il est question d’améliorer les actuels C-130J Super Hercules et de trouver de nouveaux avions d’entraînement. Dans le même temps l’espoir de voir apparaitre dans la Luftforsvaret un nouvel hélicoptère de transport et d’assaut s’est évanoui.

Membre important de l’organisation atlantiste la Norvège souhaite maintenir ce haut niveau d’exigence qui caractérise son aviation militaire depuis des décennies. Elle entend ainsi avoir retiré du service l’équivalent de deux escadrilles de General Dynamics F-16A/B Fighting Falcon d’ici 2026. Mais cela ne peut se faire qu’avec l’existence d’une escadrille complète de Lockheed-Martin F-35A Lightning II totalement opérationnelle.

Or pour les Américains on sait que la Norvège n’est pas un client comme un autre puisqu’ils ont été obligé de réaliser des essais particuliers pour elle à la fin de l’année 2017. Une campagne qui permit notamment de découvrir le fameux logement du parachute demandé par les Norvégiens et qui pourrait bien anéantir totalement la furtivité de l’avion. On sait désormais d’ailleurs que cet équipement ne sera monté sur les avions (par des ingénieurs américains) qu’à l’approche de l’hiver et démonté dès lors que le pays ne craint plus la neige et le verglas. Des F-35A furtifs au moins la moitié de l’année c’est tout de même un bon début… d’autant que la chasse norvégienne décolle très fréquemment.

En première ligne pour intercepter les avions russes ayant des ennuis de transpondeurs ils participent également très régulièrement à Baltic Air Policing. Rappelons que cette mission de l’OTAN a en charge de protéger les espaces aériens souverains d’Estonie, de Lettonie, et de Lituanie. La Luftforsvaret fut d’ailleurs une des premières forces aériennes à y déployer sa chasse.

Dans ce même esprit de protection l’aviation militaire norvégienne va voir sa capacité aéronavale modifiée. Le livre blanc confirme que les actuels six Lockheed P-3C Orion laisseront rapidement la place à des biréacteurs Boeing P-8A Poseidon beaucoup plus évolués. Les militaires norvégiens annoncent disposer de leur totale capacité sur cet avion d’ici 2025 donc avant l’échéance du-dit livre blanc.
Pour autant il n’est nullement fait part dedans de possibles capacités de guerre électronique, ce qui aurait permis d’entrevoir la mise à la retraite des deux vénérables Dassault Falcon 20 utilisés dans ce rôle depuis le milieu des années 1970. Ils risquent bien de voler encore quelques temps sous la cocarde norvégienne.

Des chantiers de modernisation in situ sont aussi à l’ordre du jour et concerne deux types de machines de soutien. Les quatre avions-cargos tactiques Lockheed-Martin C-130J Super Hercules devraient connaître en 2022-2023 une modernisation à mi-vie leur permettant de demeurer pleinement opérationnels jusqu’au moins 2040. Quand aux dix-huit hélicoptères de transport d’assaut Bell 412 ils seront eux maintenus en état afin de permettre d’attendre le livre blanc 2027-2034 qui devrait de son côté entrevoir leur remplacement par une machine plus récente et si possible plus polyvalente.

Mais surtout le chantier le plus important pour les responsables militaires et politiques norvégiens est la formation initiale et intermédiaire des pilotes et navigants. La mise à la retraite des seize monomoteurs légers SAAB MFI-15 Safari en service depuis 1981 est la priorité absolue ! Non pas qu’il s’agisse là de mauvais avions, loin de là. Mais ils ne sont plus du tout aux normes actuelles et ne permettent surtout que la formation basique. De surcroit ils sont à bout de souffle car ils volent quotidiennement y compris durant le rude hiver scandinave. Et pas seulement comme avions d’entraînement, mais également de liaisons voire d’observation. Ils participent aussi à la calibration des radars de la défense aérienne du pays.
Le livre blanc prévoit leur remplacement soit par deux modèles différents d’avions, l’un à moteur à pistons et l’autre à turbopropulseur, soit par un seul à moteur à pistons turbocompressé. Assez logiquement le recours à des constructeurs russes est exclu, le marché se jouant entre les avionneurs américains et européens pour un total estimé à une petite vingtaine d’exemplaires au total.

Pour autant un observateur un tantinet avisé aura remarqué des «trous» dans la partie aéronautique de ce livre blanc. Il n’est nullement fait état de la volonté norvégienne d’acquérir d’ici 2026 des drones de reconnaissance MALE et encore moins HALE. Ce qui aurait permis aux Norvégiens de disposer de leurs propres moyens télépilotés de reconnaissance et de renseignement. Tout au plus parle t-on de micro drones tactiques.
L’autre grand absent est le ravitailleur en vol. Et là clairement les gens de chez Airbus et Boeing ont de quoi être au mieux surpris, au pis désarçonnés puisque dans le précédent livre blanc norvégien l’acquisition de quatre biréacteurs nouvelle génération était évoquée. Là elle n’est même plus suggérée. La Norvège compterait-elle encore s’appuyer sur ses alliés de l’OTAN et/ou de l’UE ? Sans doute.

Quoiqu’il en soit ce livre blanc laisse entrevoir quelques belles batailles commerciales mais confirme que la Norvège est un pays à part dans les forces de l’OTAN. Très inféodé aux États-Unis ce pays, non membre de l’Union Européenne, n’hésite régulièrement pas à tourner le dos aux avionneurs et hélicoptéristes du vieux continent. Pour autant sachant ménager la chèvre et le chou les Norvégiens y font cependant quelques fois leurs emplettes.
Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur le marché des avions d’entraînement norvégiens dans nos colonnes dans les mois (ou années) à venir.

Photo © Lockheed-Martin

Publicité

3 COMMENTAIRES

  1. L’achat des F-35 a aussi contraint le cadre budgétaire (d’où l’impasse sur le renouvellement des hélicos, l’achat de ravitailleurs, de drones…). Si dans le domaine aéronautique, la Norvège a clairement fait un choix américain, elle est bien plus européenne dans les autres domaines. Ce pays développe aussi une spécificité : une frontière commune avec une Russie agressive qui n’hésite pas à simuler des attaques contre ses sites radars du Nord. Du coup, la chasse décolle souvent…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom