Il est de toutes les opérations militaires françaises depuis cinquante ans, transportant troupes et matériels aux quatre coins du monde et pourtant c’est sur un territoire français ultramarin qu’il semble avoir trouvé son pré carré. Depuis des années l’Armée de l’Air aligne cinq hélicoptères de transport Aérospatiale SA.330B Puma au sein de l’Escadron de Transport 68 Antilles-Guyane sis sur la Base Aérienne 367 de Cayenne Rochambeau. Des hélicoptères biturbines qui quotidiennement viennent en aide aux femmes et aux hommes des FAG, les Forces Armées en Guyane. S’y mêlent de véritables missions tactiques et évidemment du service publique.

Il faut d’abord replacer l’hélicoptère dans son environnement. La Guyane est la deuxième plus grande région française avec ses 83856 km² mais c’est surtout notre poumon écologique. Son territoire est à 97% recouvert par une des forêts primaires les plus inexpugnables de notre planète. Et pourtant ce très riche écosystème est aujourd’hui en grand danger, et son ennemi c’est l’homme ! Alors au sein des Forces Armées en Guyane nos militaires veillent au quotidien sur cette forêt, ce bijou vert. Et pour cela ils peuvent compter sur leurs vénérables mais toujours aussi efficaces SA.330B Puma.

De l’eau, de la boue, de la végétation, et un Puma : pas de doute on est en Guyane.

Dans la forêt guyanaise pas question d’espérer circuler à bord de véhicules tous terrains, les pistes y sont rares et souvent très mal entretenus. Les militaires des FAG doivent alors avoir recours à deux types de machines technologiquement opposées au maximum : la pirogue et son moteur hors-bord d’un côté et l’hélicoptère de l’autre. En Guyane on ne compte pas en kilomètres mais en temps de vol ou de navigation fluviale. Car l’eau est à l’instar des arbres partout. Deux fleuves marquent le frontières de la région : le Maroni et l’Oyapock qui assurent respectivement les frontières naturelles avec le Surinam et le Brésil. Ce dernier pays est d’ailleurs, rappelons-le, celui qui possède la plus grande frontière terrestre avec la France.
Car ne l’oublions pas la Guyane c’est la France et même un peu l’Europe… en Amérique du sud. L’Europe puisque c’est de cette région que sont lancées les fusées Ariane.

Pour la population guyanaise le Puma est un voisin attirant.

Or la sécurisation de ces tirs est une des missions prioritaires des équipages de Puma. Ils opèrent avec leurs collègues qui eux volent sur AS-555 Fennec, des hélicoptères plus légers mais tout aussi efficaces et polyvalents. Le Puma est une excellente plateforme pour sécuriser le pas de tir spatial de Kourou. Il peut aisément déployer une section de légionnaires ou bien un commando du GIGN. Jusqu’à ce que la fusée soit lancée les Puma et Fennec figurent parmi les très très rares aéronefs autorisés à voler aux abords de la base spatiale.

En mission anti-orpaillage sauvage.

Mais surtout l’une des missions emblématiques des Puma en Guyane c’est la guerre totale contre l’orpaillage sauvage. Les garimpeiros sont des chercheurs d’or venus du Brésil et du Surinam qui en permanence défigurent la forêt amazonienne de Guyane. Ils déversent des centaines de kilos de mercure, hautement polluant, qui ruissellent jusque dans les eaux des cours d’eau de la région. Et pour les débusquer une fois encore il n’y a que l’hélicoptère. Les légionnaires du 3ème Régiment Étranger d’Infanterie et les marsouins du 9ème Régiment d’Infanterie de Marine ont fait de cette chasse aux chercheurs d’or une spécialité. C’est la raison pour laquelle ces deux unités de l’Armée de Terre maîtrise particulièrement bien l’aérocordage… en condition amazonienne. Déjà en temps normal, par un climat tempéré ou sec descendre sur une corde relève de l’exercice peu aisé mais avec un niveau d’humidité atteignant les 90% la corde devient très lisse. Les légionnaires et marsouins doivent donc avoir une totale confiance dans les équipages de Puma. Des hélicoptères qui par ailleurs les ravitaillent fréquemment en pleine forêt en munitions, rations de combat, et surtout en packs d’eau. Car en Guyane il faut boire.
La guerre contre l’orpaillage sauvage n’est pas forcément pacifiste, certains garimpeiros sont armés et n’hésitent plus à ouvrir le feu sur les militaires français. Pour autant la très grande majorité de ces chercheur d’or n’essaye que de sortir de la misère. Et ils se laissent souvent facilement arrêté par les militaires et les gendarmes.

Entraînement d’aérocordage en Guyane.

Pour autant les cinq Puma guyanais assurent aussi des missions de service publique. Aux côtés des équipes du SAMU 973 ces hélicoptères réalisent des missions de sauvetage et d’évacuation sanitaire vers le centre hospitalier Andrée-Rosemon, principale hôpital guyanais. Ils réalisent également des missions SAR maritimes, c’est à dire de recherches et de sauvetage en mer. En cas de catastrophe naturelle ou d’épidémie ils peuvent également déposer des équipes de la Sécurité Civile ou de l’Institut Nationale de Veille Sanitaire loin dans la forêt.

Parés 24h/24 à intervenir.

Même si on est loin des sables du désert de l’opération Barkhane en Guyane aussi les Puma savent rendre de fiers services. Mais souvent bien loin du crépitement des flashs des grands médias. Combien de nos concitoyens savent que dans cette région d’Amérique du sud des équipages d’hélicoptères militaires se démènent au quotidien pour protéger le patrimoine environnemental de toute l’humanité ? Sans doute bien peu… mais ce n’est pas grave car les femmes et les hommes de l’Escadron de Transport 68 Antilles-Guyane ne recherchent pas la gloire. Ces aviateurs savent qu’ils œuvrent en permanence en donnant le meilleur d’eux-même.

Photos © FAG.

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