Depuis 24 heures que le ministère des armées a révélé l’accident on a entendu-lu-vu à peu près tout et son contraire suite à ce drame. Nous allons donc essayer de vous présenter ce qui s’est passé de la manière la plus factuelle possible. Ainsi certain(e)s pourront comprendre pourquoi deux hélicoptères de l’Armée de Terre, un AS.532UL Cougar Rénové et un EC.665 Tigre, sont entrés en collision durant une mission de guerre causant la mort de treize de nos soldats. La décision par notre rédaction de ne pas réagir à chaud à cette information a été mûrement réfléchi.

Il faut d’abord, et avant tout donc, rappeler que c’est bien un accident. Même si celui-ci s’est déroulé dans un environnement nocturne de combat la collision entre ces deux hélicoptères est purement accidentelle et n’est pas le fait des djihadistes que nos militaires étaient venus affronter.

En fait tout part d’une demande de renforts formulée par une équipe de commandos-parachutistes accrochée par des terroristes de l’EIGS, l’État Islamique au Grand Sahara, c’est à dire la branche locale de la nébuleuse djihadiste Daech. Après avoir dépêché sur zone deux avions de combat Dassault Aviation Mirage 2000D l’état-major de la force Barkhane a décidé d’envoyer deux hélicoptères d’appui-protection Eurocopter EC.665 Tigre et un hélicoptère de manœuvres Eurocopter AS.532UL Cougar Rénové. Ce dernier assurait le transport d’une équipe d’extraction.

Il est alors un peu plus de 18 heures 30 ce lundi 25 novembre 2019 dans cette zone désertique de l’est malien quand les militaires français annoncent entendre deux fortes explosions. Il faut savoir que dans cette région de l’Afrique sahélo-saharienne à cette heure là en fin d’automne il fait une nuit noire. Sans les systèmes de vision nocturne on ne voit pas à un mètre devant soi. Immédiatement donc ils comprennent qu’un drame s’est joué. Un des deux Tigre a percuté en plein vol le Cougar et les deux appareils se sont écrasés dans l’instant. Selon les premières déclarations du ministère des armées les hélicoptères volaient particulièrement bas.

Et c’est sur ce point précis qu’on a entendu à la fois dans les grands médias généralistes télés mais aussi radio beaucoup de choses erronées. Comme souvent dans ces cas là les «experts aéronautiques» défilent sur les plateaux ou aux micros et balancent leurs vérités sans même avoir eu d’éléments factuels. Ça a été le cas hier une bonne partie de la journée, c’est pourquoi nous ne voulions pas en rajouter car peu d’éléments existaient réellement à disposition. Oui les deux hélicoptères militaires se sont percutés entraînant la destruction de chacune des machines et la mort pour leurs treize occupants. Onze se trouvaient dans le Cougar et les deux autres, logiquement, dans le Tigre. Il n’y a aucun survivant.

En fait c’est sur les modalités de la collision que les médias généralistes se sont un peu (beaucoup) emmêlés les pinceaux, et pas uniquement sur l’illustration visuelle des deux modèles d’aéronefs concernés. Plusieurs d’entre-eux ont avancé des théories comme si c’était des vérités absolues. La réalité c’est que 36 heures après l’accident on en sait pas encore assez pour dire publiquement que cela s’est déroulé de telle ou telle manière.
L’une des causes possibles de cet accident est un double phénomène appelé abordage par engrenage des rotors. C’est celle que très modestement et aux vues des informations que nous avons glané au cours de la journée nous retenons.

Mais expliquons donc ce qu’est ce phénomène.
La collision par abordage est une collision non frontale, et plutôt latérale de deux hélicoptères. C’est un cas de figure que les militaires américains ont assez fréquemment connus au Vietnam avec leurs Bell UH-1D/H Iroquois quand ceux-ci volaient trop près les uns des autres afin de leurrer les radars de la résistance Vietminh. Les appareils se heurtaient latéralement.
Le phénomène d’engrenage provient d’un chevauchement des rotors des deux hélicoptères qui par définition n’ont pas été prévus en ce sens. Il est à rapproché de la technologie bien connue des doubles rotors engrenant comme sur le Kaman HH-43 Huskie américain.
Dans ce cas de figure le chevauchement de ces deux rotors tournant à grande vitesse entraînent leur dislocation respective et par ricochet en une fraction de seconde la destruction des deux hélicoptères. C’est à notre sens la théorie la plus crédible car elle explique que ni le pilote du Cougar ni celui du Tigre n’ait eu le temps de poser en urgence son aéronef. Alors que tous deux étaient de grands professionnels, rompus au vol en condition de guerre dans cette région du monde.

Désormais nous devrons attendre sans doute quelques semaines que les enquêteurs du ministère des armées aient rendu publiques leurs conclusions après inspections des restes des deux hélicoptères. Il est vraisemblable également que des examens de médecine légale des treize dépouilles de nos militaires soient réalisées. C’est un drame horrible, pour les quatre régiments de l’Armée de Terre touchés directement, mais également plus largement pour toute la nation. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si à l’exception de quelques épiphénomènes politiciens populistes, il y a eu concorde nationale derrière notre armée après ce drame.
Un hommage de la République est d’ailleurs prévu la semaine prochaine pour les treize militaires du rang, sous-officiers, et officiers tués ce lundi au Mali.

Photo © ministère des armées.

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20 COMMENTAIRES

  1. Dès que la presse généraliste et la Tv s’intéressent à l’aéronautique et aux armées, on assiste à un concours de bêtises afin d’avoir le scoop. Et depuis l’existence des chaines d’informations en continue, c’est plutôt de la désinformation.
    Pensées à nos soldats.

  2. Bonjour à tous,
    Ce matin je voulais avoir plus d’infos sur ce drame, et naturellement je suis venu ici. Je savais que le camarade Arnaud serait factuel.
    Il me semble avoir vu une vidéo de collision par abordage, ce qui expliquerait pourquoi les pilotes n’ont rien pu faire. Restons à l’affût de nouvelles infos du ministères pour élucider définitivement ce triste incident.

    Toutes mes pensées aux familles.

    Merci pour les infos en tout cas.

  3. De ce que j’en ai lu sur opex360, les boites noires ont pu être récupérées. J’espère que le Ministère des Armées rendra le résultat de ses investigations publiques et que les autres pilotes d’hélico pourront apprendre de cet accident dramatique.

  4. Une approche prudente des circonstances probables de cet accident. Une grande tristesse pour la perte de nos soldats, et soutient aux familles si durement éprouvées..

  5. Toutes mes pensées aux familles.

    Vous mentionnez dans votre analyse le fait que le Cougar, était un As532ul rénové. Est-il possible de connaître le niveau de cette rénovation et des éléments modifiés ou remplacés? L’équipage du second Tigre dans la formation combat SAR ALAT, doit avoir un point de vue évident!
    Très bonne analyse.
    Si la cérémonie se déroule au Mali, j’espère qu’en parallèle qu’une cérémonie de recueillement sera organisée devant le mémorial OPEX.

    • Bonjour les informations relatives à la rénovation des AS.532UL Cougar sont globalement encore classés secrets-défenses. Mais on sait que cela consiste notamment dans un FLIR installé sous le nez de l’hélicoptère et dans une refonte globale de l’avionique.

  6. Sans vouloir se soustraire au rapport du BEAD air, on peut tout de même visualiser les causes de ce dramatique accident.

    En préambule rappelons que nous sommes dans un contexte opérationnel. De ce fait, ce n’est pas pace que nous avons tel ou tel équipement que cela résoudra les problèmes, d’ailleurs bien souvent on ne l’utilise pas, pas discrétion.

    1° – Beaucoup ont fait allusion aux différents dispositifs anti collision.
    Le premier dispositif est les feux de position, mais de par leur fonction, très voyant et repérable par l’adversaire,
    Le second est un dispositif utilisé dans l’aviation générale, qui prévient les pilotes d’une imminente collision (le dispositif est très bruyant en cas de déclenchement et dans le cas présent il déclencherait constamment)

    Dans le cas présent, ni l’un, ni l’autre ne peuvent être utilisé.

    2° – Les deux hélicoptères naviguaient ensemble. On pourrait donc dire qu’il s’agissait d’une patrouille avec toutes les règles particulières que cela impose, mais dans le cas présent, un hélicoptère transportait des commandos, et l’autre était en protection à proximité. Les évolutions se faisant par visuel de l’un sur l’autre à très basse altitude.

    3° – L’utilisation de lunette de vision nocturne nécessite un très bon entrainement, car la vision est dans les tons de vert et gris, elle collecte la lumière visible et infrarouge pour l’amplifier et la rendre ainsi visible à l’œil nu, et la définition varie donc en fonction de l’intensité de cette lumière. Cette nuit était noire et sans lune, avec un relief assez plat.

    4° – les équipages étaient concentrés sur les instruments de navigation, par l’observation extérieure pour repérer les poursuivants, et par la position de l’autre appareil.

    On peut donc raisonnablement admettre qu’il y a eu inattention dans la position de l’autre appareil entrainant la collision. Lequel a percuté l’autre, pour l’instant nous ne pouvons le dire.
    Le rapport final le dira

  7. Merci pour cette article très clair est construit comme souvent, quand j’ai entendu ça je suis venu sur votre site pour plus d’informations.
    Evidemment une pensée à tout nos soldats morts au combat et à leurs camarades.

  8. Prudence et rigueur s’imposent, à l’instar de vos propos. Meurtris mais non découragés, les hommes et les femmes de la « grande muette » continuent le combat….Ils méritent notre respect! Ces missions sont tellement difficiles que votre théorie est très plausible. La folie de la recherche du scoop fait parfois dire n’importe quoi:

  9. Bon article,ce qui me gêne c’est la petite allusion « à l’exception des épiphénomènes politiciens populistes »Aie! je suis revenu à avions légendaires que j’avais délaissé suite à un changement d’ordi pro mais le terme populiste étant péjoratif on sait bien à qui il s’adresse: Ceux qui ne pensent pas comme la majorité bien pensante
    Il aurait mieux valu dire « à l’exception de quelques épiphénomènes politiciens  » Bonne navigation!

    • Au moins si cela vous a fait tiquer, voire déplu, c’est que ces épiphénomènes sont bel et bien destinés à des gens pensant fort peu. La preuve avec votre terme « majorité bien pensante ». Heureux de savoir que du coup vous ne nous lirez plus. Bien à vous monsieur ou madame.

  10. Bonjour, qu’est ce qui vous fait dire que je ne vous lirai plus ? J’ai démarré mon commentaire en disant « bon article ». C’est dingue aujourd’hui on ne peut plus rien dire sans être catalogué. J’ai 68 ans ,j’ai une entreprise de sport je suis un homme blanc ,passionné d’aviation ,votre site est plaisant étant ancien PPl, je me suis mis à la voile après avoir arrêté de voler à cause de la diminution de ma vue,

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