Les images d’Épinal ont la dent dure, même dans le domaine aéronautique. Alors que la majorité des gens pense encore que l’arme aérienne est née durant la Première Guerre mondiale celle-ci avait déjà montré ses avantages en France plus de quarante ans plus tôt. C’est à quelques aérostiers et à l’homme politique Léon Gambetta que l’on doit cette première durant le siège de Paris en 1870. C’était il y a donc un siècle et demi.

Quand le gaz d’éclairage urbain remplissait les ballons.

Tout commence le 19 septembre 1870 quand les troupes prussiennes encerclent la capitale. Impossible pour le gouvernement et les parlementaires de quitter Paris. Ils sont pris au piège. Les armées françaises se sont repliées à Tours, hors de portée des canons allemands. Elles y sont commandées par l’amiral Martin Fourichon, ministre de la Marine. Toutes les tentatives pour sortir de la capitale échouent. Même la Seine et la Marne sont tenus par les forces ennemies. Un homme, un habile politicien a alors une idée : il s’appelle Léon Gambetta.

Son idée est toute simple : puisqu’on ne peut pas quitter Paris par la terre ou par le fleuve il faudra le faire par les airs. Sauf qu’en 1870 il n’existe aucun avion ou hélicoptère, il n’ont tout simplement pas encore été inventé. Non Gambetta n’est pas un visionnaire à la Jules Verne mais un pragmatique conscient des réalités de son temps. Il pense aux ballons. Une technologie que la France maîtrise alors.

En fait Gambetta s’inspire d’essais menés par les armées du général Ulysse Grant durant la guerre civile américaine. Celle-ci vient de se terminer cinq ans auparavant et à démontrer que des ballons servis par de bons aérostiers pouvaient assurer des missions d’observation, de réglage des tirs d’artilleries, voire de transport sur de courtes distances. C’est notamment à la bataille de Wilderness le 6 mai 1864 que les nordistes ont convaincu avec cette technologie.

Cependant Paris a un gros défaut en ce mois de septembre 1870. Elle n’abrite aucun ballon susceptible de rejoindre Tours. Alors Gambetta, fraîchement nommé Haut-commissaire du gouvernement à la défense nationale, va mettre les Parisiens et Parisiennes au travail.
Pendant que les marins et gendarmes fabriquent et nouent les cordages, des ouvriers et ouvrières fabriquent les nacelles en osier afin d’accueillir trois personnes. Le photographe Félix Tournachon, mondialement connu sous son pseudonyme de Nadar, prête ses ateliers de Montmartre pour assurer le tissage des enveloppes de ballons qui sont ensuite transportées à la gare d’Orléans (aujourd’hui gare d’Austerlitz) où elles sont vernies et cousues.
Les usines à gaz de Clichy et de la Villette assurent le remplissage des engins.

Après quelques essais qui se sont surtout soldés par des retours très rapides dans Paris il est décidé que le 7 octobre 1870 Léon Gambetta lui-même assurerait la mission. Pour cela il est accompagné de l’aérostier Alexandre Trichet et de son ami Eugène Spuller, célèbre journaliste de l’époque. Les trois hommes emportent à bord de leur ballon quarante-et-un kilos de courrier. Il y a là aussi bien des missives officielles que des lettres écrites par des Parisiens et Parisiennes désireux de rassurer leurs proches demeurés en province.
Il est 11 heures du matin place Saint-Pierre à Montmartre, le ballon s’élève dans le ciel.

La place Saint-Pierre et la butte Montmartre en 1870. Et les ballons en décollaient.

Manque de chance pour l’aérostier et ses deux passagers les vents les portent à l’opposer de leur destination. Ils visaient le sud-ouest ils montent au nord. À tel point même qu’ils finissent leur course sur la commune picarde d’Épineuse à 61 kilomètres de Paris. Qu’importe pour Gambetta il a gagné son pari, il a quitté la capitale. Il est sain et sauf, sa cargaison aussi.
L’homme politique réussit à réquisitionner une diligence pour rallier Tours depuis Clermont.

Sans le savoir Gambetta, ses deux comparses, et une partie de la population parisienne ont lancé les début de l’arme aérienne en France. Un demi-siècle plus tard les aéroplanes supplanteront les ballons mais l’idée que la maîtrise du ciel permet de gagner les guerres aura germé depuis quelques temps déjà.

Illustrations © Wikimédia Commons.

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