Les oiseaux écarlates de l’Antarctique

Alors que la froidure mordante de janvier plonge ses crocs dans nos chairs, qui ne rêve pas d’aller se prélasser sous les palmiers pour échapper à sa morsure ? Les oiseaux migrateurs ont bien cette sagesse. Certains espèces nichant l’été dans le Grand Nord canadien poussent même l’audace jusqu’à migrer vers le Grand Sud pour profiter de l’été austral. D’étranges oiseaux écarlates canadiens peuvent même être observés en Antarctique l’été venu !

BAS / De Havilland Canada Dash 7

Il peut s’agir des avions du British Antarctic Survey (BAS). Cet institut de recherche polaire de la Grande-Bretagne  exploite cinq stations de recherche sur le continent antarctique, un navire d’approvisionnement et une flotte de six avions. Un quadrimoteur Dash 7 effectue les navettes de personnel et de fret depuis Punta Arenas au Chili et Port Stanley dans les îles Fakland vers la base de Rothera munie d’une piste longue de 900 mètres. De là, cinq bimoteurs Twin Otter assurent les liaisons vers les autres stations du BAS situées dans les zones plus reculées.

BAS / De Havilland Canada DHC-6 Twin Otter survolant la base de Rothera

Seul avion au monde conçu pour opérer à des températures aussi basses que -60C et doté de capacités ADAC exceptionnelles, le polyvalent Twin Otter est le meilleur ami des hommes et des femmes qui oeuvrent en Antarctique. Munis d’un réservoir spécial pour allonger leur rayon d’action, de roues/skis permettant de se poser hors piste et facilement aménageables pour effectuer des relevés aéroportés, les Twin Otter sont devenus indispensables aux activités du BAS. Véritables bêtes de somme, les Twin Otter peuvent transporter tout ce qui peut entrer par leur large porte cargo: motoneiges, traineaux, barils de carburant, nourriture et autres fournitures. Avion taxi pour le personnel, il se transforme en avion d’évacuation sanitaire en cas de besoin.

Force aérienne du Chili / DHC-6 Twin Otter

Le BAS n’est pas le seul à compter sur le Twin Otter en Antarctique. D’autres pays disposant de stations de recherche sur le continent glacé ont recours au vaillant bimoteur canadien. Des appareils Twin Otter des forces aériennes du Chili et de l’Argentine destinés aux missions en Antarctique affichent également des livrées haute visibilité qui facilite leur repérage en cas d’avarie ou d’accident.

Force aérienne de l’Argentine / DHC-6 Twin Otter

D’autres pays également actifs en Antarctique affrètent plutôt les avions et les pilotes chevronnés de l’entreprise canadienne Ken Borek Air dont la flotte aligne une vingtaine d’appareils Twin Otter et un Basler BT-67.

Ken Borek Air / DHC-6 Twin Otter

Quand l’hiver austral se pointe en Antarctique, les aéronefs se réfugient sous des latitudes plus clémentes. Les valeureux scientifiques qui hivernent dans l’obscurité totale sont alors laissés pratiquement à eux-mêmes. Au plus fort de l’hiver austral en 2016, une opération de sauvetage spectaculaire a marqué les annales de l’aviation. Des pilotes de Ken Borek Air aux commandes d’un Twin Otter ont réussi à évacuer deux employés gravement malades de la base Amundsen-Scott située au Pôle sud. Pour ce vol audacieux d’une vingtaine d’heures lancé de Rothera et réalisé dans l’obscurité totale par un froid mortel de -67C, ils furent décorés pour bravoure. Cet exploit est d’autant plus méritoire puisque, même en plein été austral, une journée de vol paradisiaque peut rapidement tourner au drame. En janvier 2013, trois employés de Ken Borek Air ont perdu la vie lorsque leur Twin Otter a percuté une montagne en Antarctique. Les causes exactes de l’accident ne seront probablement jamais élucidées. L’explication la plus plausible est que le pilote aveuglé par une dense couverture nuageuse a tenté trop tard d’éviter la collision. Empêchés par une visibilité pratiquement nulle et de forts vents, les secouristes furent contraints d’attendre trois jours avant de rejoindre le lieu d’écrasement. Situé à près de 4000 mètres d’altitude dans une zone crevassée et propice aux avalanches, les corps et l’épave furent laissés sur place car leur récupération fut jugée trop dangereuse.

BAS / Futur Bombardier Dash 8-300 (vue d’artiste)

Revenant aux avions flamboyants du BAS, l’été austral de 2024 va probablement marquer la dernière année de travail du Dash 7 après trente ans de bons et loyaux services. Il fera place évidemment à… un autre avion canadien du même acabit. Le BAS a octroyé à l’entreprise canadienne Field Aerospace le mandat de modifier un appareil Bombardier Dash 8-300 afin de répondre à ses besoins particuliers. L’intérieur du futur Dash 8 du BAS sera adapté aux transport modulable de passagers et de marchandises comprenant une large porte cargo et un nouveau réservoir de carburant de plus grande capacité. Le poste de pilotage sera réaménagé et muni d’une suite avionique moderne adaptée à sa nouvelle mission. Les pingouins n’ont donc pas fini de côtoyer ces étranges oiseaux venus du Canada ! Pour ce qui est de moi, je m’apprête à me transformer en Snowbird* pour entreprendre ma migration annuelle vers les palmiers. Je ne manquerai pas de siroter un ti-ponch au Bar de l’escadrille à la santé de nos lecteurs et lectrices !

*NDLR Snowbird est le surnom donné aux joyeux retraités canadiens qui passent une grande partie de l’hiver dans le sud. Ne pas confondre avec la patrouille aérienne des Snowbirds.


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Marcel
Fils d’un aviateur militaire (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.
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Commentaires

8 Responses

  1. Intéressant et très original comme article. En France aussi on se les caille un peu en ce moment. Du coup tout ce blanc en arrière plan des photos ça n’arrange pas les choses. Mais vraiment très chouette article, bravo Marcel.

  2. Le respect du droits d’auteur des photo c’est pas votre spécialité sur ce weblog ! Comme l’orthographe.

    1. « Le respect du droits d’auteur des photo c’est pas votre spécialité sur ce weblog ! Comme l’orthographe. » Le respect du droit (sans s) d’auteur des photos (avec un s) n’est pas votre spécialité sur ce weblog.
      L’hôpital qui se fout de la charité.

    2. Il n’y a aucun problème de droits d’auteurs ici Vivaldi. Par contre il y a un souci majeur de trollisme. Et c’est vous qui le portez.

  3. Je suis d’accord avec Arnaud c’est un sujet hyper intéressant et qui sort de l’ordinaire. Bravo pour l’idée.

  4. Salut MARCEL, ARNAUD et les passionnés (ées)….

    J’aime bien tes articles, MARCEL , car tu nous fais voyager, tout en apprenant sur l’aviation…, qui sont tes 2 passions semble t-il !
    YEC’HED MAT, comme on dit en breton, quand tu seras dans le Suuuuuuuddd….. et que tu siroteras ton Ti-ponch à notre santé…!
    Aéronautiquement,

  5. Marcel, merci pour cet article , et bravo à Arnaud pour ça productivité impressionnante en articles diver et variés

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