On croit parfois quand un aéronef est raté il ne dépasse pas le stade du prototype ; rien n’est plus faux. La preuve avec le premier vol ce vendredi 7 mai 1926 du bimoteur Blériot 127, conçu par le compte de l’Aéronautique Militaire. Malgré des défauts en pagailles et une conception plutôt hasardeuse l’avion français connut la production en série et cinq ans de service actif en première ligne. Dix ans après ce vol inaugural l’avion n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Pour mémoire le Blériot 127 entrait dans la catégorie M4, dite des «multiplaces multirôles». Il s’agissait d’un héritage des bombardiers légers de la Grande Guerre. Ces avions avaient été pensés pour opérer dans une Europe où l’Allemagne démilitarisée (et humiliée) par le traité de Versailles rendait tout risque de guerre éminemment difficile à envisager. Les M4 avaient en outre un inconvénient énorme : on n’arrivait pas à savoir s’il s’agissait de bombardiers, d’avions d’attaque, ou de tout à fait autre chose. Même aujourd’hui, cent ans plus tard, les historiens buttent toujours sur la question.
Alors une quarantaine de ces avions fut produite, entra en service à la toute fin des années 1920, et en fut retirée en 1934 sans avoir jamais pris part à la moindre action de guerre ni même vraiment brillé lors d’exercices. Entre temps les Blériot 127 avaient eu le temps de devenir la risée de la presse, qui se moquait allègrement de ces avions mal armés, à la manœuvrabilité plus que précaire, et incapables de se vendre à l’étranger. Toutes les aviations militaires étrangères qui l’avaient approchées, à commencer par celles de la Bulgarie, de la Roumanie, et du Royaume-Uni ne tarissaient pas de critiques acerbes à son encontre.
Malgré ces défauts la société Blériot tenta de lui donner un successeur avec le Blériot 137 qui en compétition affronta les Amiot Am.143, Breguet Br 410, et SPCA Type 30. Et évidemment il se ramassa lamentablement. Le premier l’emporta, au grand dam des équipages de la jeune Armée de l’Air qui allaient devoir voler dessus. Et qui alors ne savaient pas qu’en 1940 ils affronteraient une ultramoderne Luftwaffe avec leurs M4 de deuxième génération, héritiers des errements du Blériot 127 et des décideurs du ministère de l’Air.
En France aussi on a nos casseroles, et ce Blériot 127 est en bonne position dans la batterie de cuisine !

Tout cela commença il y a pile poil 100 ans par un premier vol qui se passa suffisamment bien pour que quarante-quatre exemplaires de série soient commandés et assemblés. Parfois on en viendrait presque à regretter que le proto ne se soit pas planté ce jour là…
Photos © San Diego Air & Space Museum
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