Le 11 novembre 1918 l’Allemagne capitulait face aux forces britanniques et françaises. L’Armistice signé la Première Guerre mondiale prenait fin, et avec elle les crédits militaires allaient fondre comme neige au soleil. Dans le domaine aéronautique l’Aéronautique Militaire et la jeune Royal Air Force étaient appelées à voir la majorité de leurs programmes de développements d’avions et d’hydravions disparaître tout bonnement. Quelques rares appareils furent néanmoins sauvés mais se virent généralement amputé de plus centaines d’exemplaires. L’un des cas les plus célèbres est le biplace de chasse français SEA Type IV.
Au second semestre 1917 le relatif succès de son Type I d’entraînement et de reconnaissance à vue poussa la SEA, la Société d’Études Aéronautiques, à proposer à l’Aéronautique Militaire de nouveaux avions. Ses Types II et III n’eurent aucune suite mais il en fut autrement de son biplace polyvalent Type IV. Les généraux français voyaient en effet en lui un avion de classe A2, c’est à dire avion d’observation et de reconnaissance armée biplace, et de classe C2, soit chasseur biplace.
Il faut dire que pour le concevoir les deux ingénieurs en chef de la SEA, messieurs Marcel Bloch et Henry Potez secondés de leur fidèle Louis Coroller, avaient mis le paquet. Ils avaient cumulé toutes leurs connaissances du fait aéronautique afin de donner l’avion le plus adapté aux besoins de l’Aéronautique Militaire. Le tout nouveau moteur à douze cylindres en V Lorraine-Dietrich 12Da de 370 chevaux entraînait une hélice Éclair, une des inventions les plus révolutionnaires du conflit que l’on devait justement aux deux ingénieurs. Connue pour avoir amélioré grandement les performances de biplans aussi différents que le Caudron G.IV, le Nieuport 12, ou encore le SPAD VII l’hélice Éclair allait enfin être installée ab initio sur un aéronef.
Pour le reste le Type IV était assez académique avec son poste de pilotage en tandem à l’air libre, son train d’atterrissage classique fixe, sa construction en bois entoilée et contreplaqué, et sa voilure d’envergure égale. C’est en Picardie, au Plessis-Belleville pour être exact, que le prototype réalisa son premier vol en avril 1918.
L’armement annoncé se composait de deux mitrailleuses mobiles Lewis de calibre 7.7 millimètres installés sur un anneau en place arrière pour la version A2 et conservé sur le C2 auquel fut ajoutée une mitrailleuse synchronisée Vickers de même calibre mais tirant en position de chasse. À l’été 1918 un lot de 1000 exemplaires du SEA Type IV fut officiellement commandé, priorité étant donnée à la version de chasse.
Ironie de l’Histoire la Société d’Études Aéronautiques sortit d’usine son tout premier Type IV de série… le 11 novembre 1918 ! L’avion n’avait pas pris de retard puisque les prévisions de livraisons en unité pour avril 1919 furent même quelque peu raccourcis quand les cinq premiers exemplaires furent livrés en mars.
Entre temps le contrat avait été réduit à 115 exemplaires seulement, étant tout de même sauvé de son annulation pure et simple. Tous furent livrés en 1919 et intégrés aux Régiments d’Aviations de l’Aéronautique Militaire.
Limités à la seule version C2 de chasse les Type IV menaient des missions de patrouille de chasse le long de la frontière franco-allemande. À partir du 10 janvier 1920 et de la ratification pleine et entière du Traité de Versailles ces chasseurs se virent adjoints la fonction d’aider au contrôle de sa pleine application. Il n’était donc pas rare alors de voir voler des Type IV frappés de la cocarde française dans les cieux d’Allemagne et de l’ex empire austro-hongrois.
Chasseurs de temps de paix revenue les SEA Type IV ne prirent part à aucun combat aérien et ne descendirent donc aucun avion ou hydravion. Telle en fut leur carrière jusqu’à leur retrait du service en 1924.
Deux sous versions virent le jour mais sans dépasser l’état de prototype : un hydravion à flotteurs de surveillance côtière et un avion de raids longues distances.
Henry Potez utilisa de son côté une cellule non terminée du chasseur pour en dériver son Potez VII de transport civil ; un des premiers avions avions commerciaux français. L’arrière de l’appareil fut profondément modifié de manière à accueillir deux passagers en configuration limousine, c’est à dire pilote à l’air libre mais passagers en cabine. Ces derniers étaient installés en tandem. L’avion connut un véritable succès d’estime et fut produit à vingt-trois exemplaires là encore à partir de SEA Type IV non terminés. Ils volèrent jusqu’à la fin des années 1920.
Chasseur biplace mais aussi donc précurseur de l’aviation civile commerciale le SEA Type IV n’est pourtant pas entré dans la légende des airs, du fait sans doute de son arrivée trop tardive dans l’Aéronautique Militaire. Ses deux concepteurs, Marcel Bloch et Henry Potez, figurent parmi les plus grands noms de l’histoire aéronautique française. Bloch est aujourd’hui mondialement connu sous le nom de Marcel Dassault !
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