Bataille du Saint-Laurent, la WWII aux portes de Québec

Bataille du Saint-Laurent, la WWII aux portes de Québec

Lors d’une promenade récente dans le port de Québec, afin d’y admirer les voiliers de course sagement alignés avant leur départ dans la Transat Québec/St-Malo, j’ai redécouvert une statue qui avait jusque-là peu attiré mon attention. Il s’agit de celle dédiée aux quelques 1600 marins canadiens de la marine marchande qui ont sacrifié leur vie lors de la bataille de l’Atlantique. Le nom de 267 québécois est gravé sur ce monument.

L’opération de renflouement d’un PBY Catalina américain qui a sombré dans les eaux québécoises rappelle également l’implication des armées de l’air dans la bataille du Saint-Laurent, dont on commémore les 70 ans cette année. C’est un épisode de la bataille de l’Atlantique qui opposa, de 1942 à 1944, les sous-marins (U-Boots) allemands à la Marine royale canadienne et à ses alliés dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent.

Au début de la guerre, le port de Montréal exporte davantage que tous les autres ports de la Côte Est canadienne réunis. Les Allemands décident donc de perturber cette liaison maritime stratégique par où transite 25% des marchandises dont dépendent les Alliés en Europe. Dans la nuit du 11 au 12 mai 1942, à une quinzaine de kilomètres au nord de Pointe-à-la-Frégate, le sous-marin U-553 attaque et coule le Nicoya, un navire marchand britannique, entraînant les premières victimes de la bataille du Saint-Laurent.

Le 6 juillet 1942, le convoi QS-15 est attaqué par l’U-132 et voit trois de ses douze navires coulés en moins de trente minutes au large de Sainte-Anne-des-Monts. Quatre chasseurs Curtiss Kittyhawk du 130e Escadron de l’aviation royale canadienne (RCAF), basé à Mont-Joli, se précipitent à la recherche du sous-marin allemand et localisent plutôt des survivants des bateaux coulés. Lors de cette mission, le Kittyhawk du commandant J.A.J. Chevrier tombe en panne de carburant et l’aviateur disparaît dans les flots du Saint-Laurent, suite à un amerrissage forcé. Inaugurée en avril 1942, la base militaire de Mont-Joli, initialement prévue pour l’entraînement des équipages de bombardiers dans le cadre du British Commonwealth Air Training Plan, se retrouve au cœur des opérations aériennes du RCAF contre les U-Boots.

Le 31 juillet 1942. Norville E. Small, commandant du 113e Escadron, repère l’U-754 au sud de Yarmouth en Nouvelle-Écosse à bord de son Lockheed Hudson et l’attaque à la mitrailleuse et à la grenade anti-sous-marine. Ce sera le premier sous-marin ennemi coulé, près des côtes canadiennes, par un avion du RCAF.

Initialement dotés de moyens offensifs très limités, tant la marine canadienne que l’aviation ne parviennent pas à dissuader l’incursion de sous-marins allemands dans le Saint-Laurent qui bénéficient en outre de l’effet perturbateur des mélanges de couches d’eau douce et salée du Saint-Laurent sur les signaux des sonars des bateaux qui les poursuivent. De plus, le brouillard et autres conditions météorologiques difficiles limitent l’efficacité des patrouilles aériennes. Devant les pertes croissantes en vies humaines et en navires marchands, le gouvernement du Canada ferme le fleuve Saint-Laurent à tous les bâtiments transatlantiques en septembre 1942, acheminant par rail le matériel à embarquer vers les ports de Sidney et d’Halifax.

Bénéficiant enfin d’un accroissement de sa flotte de bateaux dédiés à la lutte anti-sous-marine et d’une aviation dotée d’un nombre croissant d’avions amphibie Canso (version canadienne du Catalina), de bombardiers Hudson, Bolingbroke et Liberator, le gouvernement canadien ouvre la voie maritime du Saint-Laurent aux bateaux transatlantiques au début de 1944. La marine allemande réplique, à la fin de 1944, avec des U-Boots équipés d’un schnorchel et donc plus difficilement détectables par les avions, mais sans pouvoir répéter ses succès initiaux.

La perte de la corvette canadienne HMCS Shawinigan, coulée en novembre 1944 par l’U-1228 dans le détroit de Cabot, marqua la fin de la bataille du Saint-Laurent durant laquelle le commandement maritime du RCAF tira son origine.

Marcel
Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.

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