C’est probablement un des projets aéronautiques les plus originaux mais aussi les plus intéressants du Pentagone : le drone MQ-25 Stingray. Récemment l’avionneur Lockheed-Martin a dévoilé, sous la forme d’images de synthèses, son interprétation de ce programme visant à doter l’US Navy d’un ravitailleur en vol sans pilote destiné à opérer depuis ses porte-avions en croisière. On connait donc maintenant l’esthétique des trois compétiteurs.

Car le constructeur n’est pas seul en lice sur ce programme, il affronte deux compétiteurs de poids : Boeing et General Atomics. Initialement ils étaient quatre mais en octobre 2017 le constructeur Northrop-Grumman a préféré jeter l’éponge. Force est de constater que chacun y va de sa patte. Si Boeing et Lockheed-Martin semblent faire le pari de l’aile volante, General Atomics a fait le choix d’une architecture plus classique… mais tout aussi furtive.

Ce premier MQ-25 Stingray reprend donc en grande partie les lignes de son drone de combat Avenger, une évolution à réaction du célèbre MQ-9 Reaper actuellement en cours de développement pour le compte de l’US Air Force. Le General Atomics MQ-25 Stingray disposerait de deux réservoirs nounous sous les ailes, d’un fuselage assez classique et d’un empennage papillon. Un architecture qui par son classicisme signe cet avion sans pilote.

Le General Atomics MQ-25 Stingray.

Le MQ-25 Stingray selon Boeing est donc une aile volante qui semble grandement influencée par le drone expérimental X-45 développé il y a maintenant une quinzaine d’années et qui défricha le domaine de vol des avions furtifs sans pilote.
Cette fois ci c’est plutôt une nounou, en point central, qui permettrait le transfert de carburant.

Le Boeing MQ-25 Stingray.

Enfin le Lockheed-Martin MQ-25 Stingray est lui aussi une aile volante furtive, qui semble directement dérivé de l’ultra-secret RQ-170 Sentinelle de reconnaissance stratégique en service au sein de l’aviation américaine (et sûrement aussi un peu de la CIA) depuis les années 2007-2008. Une machine aujourd’hui aussi mystérieuse que pouvait l’être le U-2 durant la guerre froide.

Et enfin le Lockheed-Martin MQ-25 Stingray.

Mais surtout ce programme MQ-25 Stingray est passionnant car surprenant. Il ne s’agit pas de développer un drone de reconnaissance ou même d’attaque au sol et d’appui au sol. Non ça les industriels américains savent maintenant très bien le faire. Il faut désormais inventer un nouveau concept : l’avion sans pilote de ravitaillement en vol.
Un avion qui devra transférer du carburant à d’autres drones bien sûr mais surtout à des avions pilotés comme le Boeing F/A-18E/F Super Hornet ou encore le Lockheed-Martin F-35C Lightning II. Et les obstacles pourraient bien être entre autres choses psychologiques. Car qui dit drone dit plus de pilote mais plus non plus de boomer, c’est à dire d’opérateur de ravitaillement en vol. Du coup qui va passer le coup de chiffonnette sur le pare-brise ?

C’est donc bel et bien un projet d’avenir qui s’écrit ici entre ces trois avionneurs. Le MQ-25 Stingray est attendu pour une entrée en service opérationnel au cours de la seconde moitié de la prochaine décennie. Et ça va venir très vite !

Illustrations © Boeing, General Atomics, et Lockheed-Martin.

 

7 COMMENTAIRES

  1. Salut Arnaud.
    La Navy n’a jamais eu de boomer dans ses ravitailleurs embarqués puisque ce sont les chasseurs eux-mêmes qui font d’office de nounou pour les collègues qui vont au feu. (A-6 puis F-18)

  2. Si le S3 a repris le rôle de ravitailleur embarqué après la fin du A6. Historiquement quasiment tout les appareils de l Usnavy on la capacité a être des ravitailleur (même les petites A4) grâce au pod Douglas(aussi utilisé sur rafale ). Le ravitailement avec un appareil monoplace est possible grâce au système de panier pour lequel c est l appareil ravitailler qui manoeuvre. C est impossible dans l USAF avec le systèmes de perche rigide ou le boomers finalisé l acouplement.

  3. C’est un concept intéressant, on en revient à l’appareil spécialisé alors que la diversité des appareils embarqués ne cessait de décroitre avec la montée de la sacro-sainte polyvalence.

    Il faut être honnête, après le retrait des KA-6D et S-3, l’US Navy a été pendant quelques années contrainte de faire jouer le rôle de nounou à des pilotes de combat sur F18 (C-D-E-F). Alors c’est certes un travail exigeant qui est toujours bon à prendre pour un pilote de l’aéronavale, mais qui impacte de facto la capacité de combat du groupe en temps de guerre.
    Exemple pratique et empirique : sans le concours de l’USAF (ou alliés / OTAN) et les tankers lourds type KC135, si un CVN de l’US Navy veut lancer une strike force au long cours en totale autonomie, cette dernière devra se priver d’une partie de ses F18 pour biberonner les appareils restants. Plus l’objectif est lointain, plus le nombre de ravitailleurs devra être important… hé oui, il faut parfois des ravitailleurs pour biberonner d’autres ravitailleurs et ainsi allonger la portée du raid. Cela s’applique aux armées de l’air également, mais le problème est d’autant plus grand dans l’aéronavale que le rayon d’action des nounous est petit… les tankers sont des chasseurs-bombardiers embarqués et non des quadrimoteurs à grande allonge basés à terre – qui eux offrent bien plus de souplesse.

    L’arrivée de ce projet met donc en lumière les limites opérationnelles du tout-polyvalent dans la Navy.
    S’il voit le jour, ce drone soulagera pas mal les équipages et laissera le champ libre aux missions de combat pour les avions pilotés, ainsi qu’aux techniciens de hangar à qui cela enlèvera la tâche de transformer les appareils pilotés en nounous. De quoi améliorer significativement la disponibilité de la flotte de combat.

    Par contre, coquille visuelle : cette photo du MQ-25 selon Boeing montre en réalité le X47B de Northrop Grumman lors de ses tests sur porte-avions, et non le X45 de Boeing 😉 .

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