Info ou intox en provenance de Moscou ? C’est l’ex-général Iouri Borisov, aujourd’hui ministre russe de la défense, qui l’a annoncé à la presse internationale ce lundi 14 novembre 2016. La Russie se préparerait à lancer la construction en série d’un avion de combat doté d’un canon laser mégajoule et développé à partir du quadriréacteur expérimental Beriev A60. Une futur capacité opérationnel qui donnerait à l’aviation russe un ascendant certain sur les autres forces aériennes, y compris l’USAF.

Depuis le milieu des années 1990 les Russes travaillent en effet à un projet de laser mégajoule aéroporté destiné à abattre dans le futur d’éventuels missiles balistiques visant leur territoire. L’avion en question est le Beriev A60, un avion-cargo Ilyushin Il-76MD profondément modifié.
L’arme emporté par le quadriréacteur est connue sous la désignation de Sokol Eshelon et aurait, selon les sources une portée effective allant de 700 à 1550 kilomètres avec une précision métrique. Il semble que le Beriev A60 puisse réaliser environ deux à trois tirs par vol, autant dire qu’il n’a pas le droit à l’erreur.

Là où on peut être plus que circonspect c’est quand on sait qu’aux États-Unis l’US Air Force, la DARPA, et la NASA ont abandonné leur programme similaire depuis fin 2011. Pourtant leur Boeing YAL-1A, basé sur l’avion de ligne 747-400, était jugé très en avance et particulièrement prometteur. Pourtant ni les généraux ni les financiers du Pentagone ne croyaient un tel programme.
Alors quid de la réalité en Russie ?

Moscou peut-elle réussir là où Washington a échoué ? Ça parait plus que hasardeux. Surtout que quel serait la réelle capacité de combat d’un avion doté d’un canon laser ? Impossible qu’il soit d’une taille suffisante pour intégrer le fuselage ou la voilure d’un avion comme le  Sukhoi T-50, la miniaturisation n’est pas encore à la mode sur de tels avions. Quant à un aéronef de la taille de l’Il-76, quel serait sa marge de manœuvres réelle ?
Tout ça pour dire que malgré l’aplomb avec lequel le ministre russe à fait sa déclaration on peut raisonnablement émettre des doutes sur la viabilité du programme.
Affaire donc à suivre.

Photo © Key Publishing.

Publicité

1 COMMENTAIRE

  1. Techniquement c’est faisable, la NASA l’a fait et le concept est viable, ça a été bien expliqué, mais les restrictions d’emploi sont très limitées. L’on a pas mal d’informations sur l’appareil américain, ce qui crée un bon point de référence. Il pouvait les intercepter les missiles balistiques dans la phase ascendante, là où ils sont les plus lents, à une distance de quelques centaines de kilomètres seulement, et sous couvert d’avoir pu déterminer le point de lancement pour calculer la trajectoire balistique prévisible (donc d’être déjà en vol à la bonne altitude). Bref on voit que cela limitait aux missiles « simples » à courte et moyenne portée, genre le SCUD ou apparentés ; les intercontinentaux sont à part car ils ont des têtes multiples indépendantes qui peuvent être lancées à plusieurs milliers de km de la cible par un missile porteur, et dans ce cas c’est cuit d’avance pour le laser, la portée n’est pas suffisante pour détecter le tir ou tenter une interception du missile.
    Si les USA ont renoncé au projet, nul doute qu’il ne menait nulle part. Un tel laser ne serait en effet efficace que contre les puissances conventionnelles ou nucléaires débutantes, des adversaires tels feu l’Irak avec les SCUD, la Corée du Nord ou le Pakistan qui ne disposent pas de missiles intercontinentaux, or les USA avaient aussi face à eux les Russes et les Chinois… Bref un programme trop restrictif pour un coût prohibitif.
    Le laser avait été en outre testé avec succès à faible distance sur des missiles air-air, mais une fois encore, trajectoire aisément prédictible. Contre les avions de combat par contre à l’heure actuelle je doute que ce serait réellement efficace, ces derniers peuvent manœuvrer de façon rapide et aléatoire, or le laser a besoin de frapper en un point donné pendant quelques secondes sur une trajectoire calculée préalablement pour être efficace.

    Aller, dans l’hypothèse d’un tir sur la Russie dont le général B. voudrait de défendre, si l’on considère comme « ennemis nucléaires » potentiels la triade USA / UK / France, on parlerait -malheureusement pour lui- pour bonne part de missiles intercontinentaux lancés par SNLE à des milliers de kms sur des dizaines d’objectifs aux 4 coins du pays, donc des trajectoires de rentrée multiples pour des têtes sur trajectoire orbitale à mach 20 ou plus. 6 à 10 têtes par missile, multiplié par 16 missiles par sous-marin, multiplié par le nombre de sous-marins (plus de 10 en mer à tout moment). Or les lasers aéroportés, jusqu’à présent, n’interceptent pas les têtes en phase de rentrée atmosphérique mais bien les missiles porteurs en ascension, plus gros et plus lents, laissant une énorme signature IR facile à détecter au décollage, en chauffant / déformant leur enveloppe pour altérer leur vol (voire mettre à feu le combustible propulseur si possible) et causer de fait leur destruction.

    Bref, pour que le système soit d’une quelconque efficacité pour défendre la Russie contre une attaque nucléaire des pays de l’OTAN (parce que bon, c’est le message à peine voilé), il faudrait que leur appareil à venir soit incomparablement plus performant que feu l’appareil américain, qu’un nombre considérable de ces appareils soit produit, basés aux 4 coins du territoire, d’une disponibilité opérationnelle impeccable pour couvrir efficacement un pays de la taille de la Russie.
    Le laser antimissile à mon sens c’est irréalisable en l’état, à moins qu’ils ne lui trouvent un emploi plus conventionnel (contre les avions par exemple) Durant la guerre froide, je ne dis pas, mais aujourd’hui la menace n’est plus ce qu’elle était. Et les crédit itou. Tellement de chantiers actuels pour les armées russes (air-mer-terre)… je ne pense guère que ce projet soit crédible.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom