C’est un véritable scandale institutionnel que la très sérieuse Cour des Comptes vient de rendre publique ce mardi 8 février 2017. Un de ceux qui donne une fois encore une moins bonne image de la gestion française des ressources de l’état. Dans son rapport annuel, la Cour des Comptes épingle très sérieusement la DGDDI, c’est à dire la douane française, pour la gestion de son parc d’avions de reconnaissance et de surveillance Super King Air 350 dont elle estime qu’ils ne seront pas opérationnels avant deux ans alors même que le premier exemplaire est entré en service en… 2011. Une gabegie liée en grande partie à la méthode avec laquelle ces avions ont été acheté en 2009.

Car si ces Super King Air 350, destiné à remplacer les vieux Reims F-406, sont bel et bien des avions multi-missions capables (en théorie) de remplir toutes les opérations de reconnaissance et de surveillance ils faut savoir que lors de leur livraison ils n’avaient absolument rien à voir avec les MC-12W américains. Et pour cause. La Direction Générale des Douanes et Droits Indirects a fait acheter par la DGA de simples Super King Air 350 d’affaire qu’elle comptait elle-même transformer en avion de reconnaissance au moyen de systèmes électroniques qu’elle estimait alors adaptés et qu’elle désirait acquérir par ses propres moyens.

C’est donc la douane seule qui se charge de l’installation de ces moyens, sans en référer à aucune structure ministérielle. Cette décision prise en 2009 en catimini, loin des bureaux ministériels de Bercy, se poursuit donc après 2012 et le changement de gouvernement. Pour autant personne dans les cabinets ne semble savoir ce qu’il en est, et pour cause. Le marché signé en 2009 aurait du, selon toutes vraisemblances l’être de manière parfaitement régulière avec l’aval du ministre de l’époque Éric Woerth. Or en mai 2012 quand Jérôme Cahuzac le nouveau ministre du Budget est nommé, sa collègue Valérie Pécresse ignorant tout de ce micmac ne peut pas prévenir son successeur. Pour une fois les politiques, de droite comme de gauche, semblent innocents de cette triste affaire.

Triste mais surtout horriblement coûteuse. Car la Cour des Comptes démontre par A + B que cette affaire a déjà coûté plus de cent quinze millions d’euros, une bagatelle. Mieux encore sur les dix-sept pilotes spécialement formés depuis 2011 au pilotage de ces Super King Air 350, trois ont déjà fait valoir leur droit à la retraite sans avoir donc jamais été déclarés opérationnels sur le type.

Histoire d’enfoncer le clou le rapport rappelle que la douane a acheté ces sept avions, le contrat initial portait sur neuf machines avant d’être raccourci de deux exemplaires, construits aux États-Unis pour succéder à quinze appareils produits en France.

À coups sûrs cette affaire ne va pas en rester là. Sans atteindre le niveau des avions renifleurs pour l’industrie pétrolière, ce scandale aux allures de querelles de clochers risque bien de suivre les douanes françaises pendant quelques années encore.
Affaire à suivre donc.

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3 COMMENTAIRES

  1. Et il y a toujours encore des gens qui pensent, ou du moins déclarent, qu’il faut nationaliser des banques ou grandes entreprises, qu’il faut faut faire contrôler les entreprises par des entreprises, que les élus doivent intervenir partout, etc…
    Les constatations de tous les échecs ne semblent pas ébranler les étatistes.

  2. Comme indiqué dans la réponse de la Douane dans le CR de la Cour des comptes, il y a 2 avions SURMAR en preMSO. C’est à dire qu’il font déjà des vols opérationnels. Un troisième arrive. Le premier intégrant également la suite POLMAR est en cours d’intégration.

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