Lors d’une récente excursion à l’Île-aux-Grues, j’ai découvert un endroit à la fois si près et si loin du tumulte de la vie moderne. Cette île bucolique est réputée pour ses fromages fins, mais aussi pour sa faune aviaire abondante qui fait le bonheur des ornithologues. Ancrée au large de Montmagny au Québec, on y accède avec un petit traversier (ferry). Dû aux larges battures (estran) entourant l’île, les traverses sont toutefois irrégulières car totalement tributaires des marées. Durant les mois les plus froids de l’hiver, le traversier cesse même d’opérer en raison des glaces emprisonnant l’île.

Île-aux-Grues face à Montmagny, Québec

Le seul moyen d’accès au «continent» pour les 130 insulaires devient alors le transport aérien assuré par Air Montmagny. Grâce à sa petite flotte de bimoteurs Britten-Norman BN-2 Islander et de monomoteurs Cessna 206, cette entreprise familiale offre des vols réguliers et nolisés vers diverses îles de l’archipel de Montmagny, dont l’Île-aux-Grues. Ainsi, les écoliers de l’île peuvent compter quotidiennement sur l’avion pour fréquenter l’école à Montmagny. Il faut compter seulement huit minutes pour faire la traversée de l’île vers l’aéroport de Montmagny. Serait-ce la plus courte desserte aérienne au monde, me suis-je demandé ?

Britten Norman BN-2 d’Air Montmagny à l’Île-aux-Ruaux, Québec

Je me souviens toutefois que les habitants de l’île Molokai se targuent de pouvoir y effectuer le plus court vol commercial au monde. Un doute a toujours subsisté dans mon esprit quant à la véracité de cette affirmation. J’ai donc entrepris une petite recherche pour découvrir le fin mot de l’histoire. Le palmarès qui suit est basé sur plusieurs sources que j’ai recoupées, mais ce type d’information n’est malheureusement compilé par aucun organisme officiellement reconnu. D’ailleurs, Air Montmagny ne figure pas sur les listes que j’ai trouvées ici et là sur la Toile. Par curiosité, voici une liste (probablement non exhaustive) de liaisons aériennes dont la durée de vol ne dépasse guère une dizaine de minutes. Des destinations exotiques et, pour ajouter à l’aventure, voler à bord d’aéronefs adaptés aux courtes pistes parfois sommairement aménagées.

Saipan / Tinian (Îles Mariannes) : environ 10 minutes

Le nom de ces îles évoque de sanglantes batailles de la Guerre du Pacifique. Pour mémoire, Tinian est également l’île d’où décolla le Boeing B-29 Superfortress surnommé Enola Gay avec à son bord la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima. Aujourd’hui ces îles tropicales sont reliées par le transporteur Star Marianas Air doté d’une flotte de monomoteurs Piper PA-32-300 Cherokee Six et de bimoteurs Piper PA-31-350 Navajo Chieftain.

Piper PA-32-300 Cherokee Six

Cayman Brac / Little Cayman (Caraïbes) : 10 minutes

Territoire d’outre-mer du Royaume-Uni, l’archipel des Caïmans comporte trois îles : Grand Cayman, Little Cayman et Cayman Brac, dont les deux dernières sont distantes d’à peine 7 km. Sa réputation de paradis fiscal n’a d’égale que celle de ses plages et fonds marins paradisiaques. Cayman Airways Express offre une liaison entre les îles sœurs de Litte Cayman et Cayman Brac à bord d’appareils DHC-6-300 Twin Otter.

De Havilland Canada DHC-6-300 Twin Otter

Belize City / Caye Caulker (Bélize) : 10 minutes

Petit pays d’Amérique centrale, le Bélize ne compte qu’environ 350 000 citoyens. C’est toutefois une destination touristique de plus en plus prisée. Située au large de Belize City, la petite île de Caye Caulker repose sur la deuxième plus grande barrière de corail du monde, après celle de l’Australie. Caye Caulker est d’ambiance très décontractée, car en-dehors de quelques véhicules utilisés pour le transport de marchandises volumineuses, seules des voiturettes électriques circulent sur l’île. Pour ceux qui sont tout de même pressés de se rendre sur cette île, ils peuvent emprunter un vol de Maya Island Air plutôt que le bateau. Ce transporteur local est doté d’une flotte de monomoteurs Cessna 208 Caravan et de bimoteurs Britten Norman BN-2 Islander.

Britten Norman BN-2 Islander

Ipota / Upogkor (Vanuatu) : 10 minutes

La République de Vanuatu est un archipel composé de 81 îles d’origine volcanique qui s’étendent dans la mer de Corail sur environ 1 300 km. Le Vanuatu dispose d’une trentaine d’aérodromes, dont la plupart dotés uniquement de pistes rudimentaires aux revêtements en corail broyé ou en herbe. Quatrième île en superficie, Erromango est couverte en majeure partie par la jungle et ne compte que 2 000 habitants concentrés dans trois villages : Upogkor, Portnarvin et Ipota. Ipota n’est desservie par aucune route mais peut heureusement compter sur une navette aérienne vers Upogkor situé de l’autre côté de l’île. La desserte de ces petites communautés est assurée par Air Vanuatu qui aligne à cette fin des bimoteurs DHC-6-300 Twin Otter et Harbin Y-12.

Harbin Y-12

Ho’olehua / Kalaupapa (Molokai, Hawaii) : 10 minutes

Sur l’île de Molokai, la péninsule de Kalaupapa est entourée par les plus hautes falaises maritimes au monde. Aucune route ne s’y rend. Lorsque l’on est sur l’île, on peut soit emprunter le sentier muletier qui zigzague à flanc de falaise ou effectuer un court vol à partir de l’aéroport principal situé dans la localité de Ho’olehua vers celui de Kalaupapa. Mokulele Airlines offre cette navette aérienne avec un monomoteur Cessna 208 Caravan.

Cessna 208 Caravan

Montmagny / Île-aux-Grues (Québec) : 8 minutes

Dans un pays aussi vaste que le Québec, les vols sont généralement plutôt longs. La liaison entre l’aéroport de Montmagny et l’aérodrome de l’Île-aux-Grues offerte par Air Montmagny est l’exception à la règle ainsi qu’une occasion unique au Québec de voler à bord d’un appareil Britten-Norman BN-2 Islander.

Papeetee / Moorea (Polynésie française) : 7 minutes

Moorea, l’île soeur de Tahiti, est située à 7 minutes de celle-ci par avion. L’avion est le moyen de transport le plus rapide et donc le plus utilisé en Polynésie française. L’archipel est fort bien desservi par Air Tahiti qui relie une soixantaine d’îles. Sa flotte est constituée d’appareils ATR 42, ATR 72 mais aussi d’avions plus petits pour de courtes liaisons tels des DHC-6-300 Twin Otter et des Beechcraft King Air B200 également mieux adaptés à de courtes pistes.

De Havilland Canada DHC-6-300 Twin Otter d’Air Tahiti

Connemara / Inishmaan (Irlande) : 6 minutes

À moins d’une vingtaine de kilomètres de la côte ouest de l’Irlande, l’archipel des îles d’Aran est un haut lieu de la culture celte et une destination touristique prisée. Inis Meáin (Inishmaan en anglais) est la moins visitée de ces îles et compte à peine plus de 180 insulaires. Le transporteur Aer Arann offre une navette aérienne reliant l’aérodrome régional de Connemara et les îles d’Aran grâce à une flotte de trois appareils Britten-Norman BN-2 Islander.

Britten Norman BN-2 Islander

Westray / Papa Westray (Orcades, Écosse) : généralement moins de deux minutes

Archipel subarctique situé à une quinzaine de kilomètre du nord de l’Écosse, les Orcades (en anglais Orkney), il compte 67 îles dont 16 seulement sont habitées. Les 20 000 Orcadiens vivent pour la plupart sur l’île principale Mainland. L’île de Westray ne compte que 550 habitants alors que la population de Papa Westray (parfois surnommée Papay) est moins d’une centaine de personnes. Un traversier relie ces îles, mais les insulaires, et les touristes, peuvent se prévaloir de la plus courte desserte aérienne au monde. La distance entre les deux aérodromes n’est que de 2,73 km et le vol prend généralement moins de deux minutes. Par vents favorables, il peut même s’effectuer en moins d’une minute. La desserte aérienne des îles Orcades est assurée par Loganair qui dispose d’une petite flotte de bimoteurs DHC-6-300 Twin Otter, Britten Norman BN-2 Islander et Saab 340.

Britten Norman BN-2 Islander

Tous ceux qui effectuent pour une première fois ce vol reçoivent un certificat attestant qu’ils ont effectué la plus courte liaison aérienne au monde selon le Livre Guinness des records. Après tout, à qui peut-on bien se fier si on ne fait pas confiance à une brasserie irlandaise à l’origine de la «bible» censée arbitrer les débats interminables dans les pubs à propos de tout et de rien ? Dommage toutefois que l’on ne puisse déguster une bonne bière durant ces vols trop courts !

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8 COMMENTAIRES

    • Merci de m’avoir signalé cet oubli. Air Tahiti indique effectivement que les deux îles peuvent être reliées en 7 minutes, bien que le transporteur prévoit 15 minutes sur son horaire de vols. Cela doit comprendre le temps de roulage au sol. J’ai donc fait l’ajout dans l’article. Effectivement les avions BN-2 Islander ont fait place à des DHC-6 Twin Otter.

    • Pas futile comme question. Au Québec, le terme batture est couramment utilisé pour désigner la zone de marnage, ou l’estran si vous préférez, C’est la zone intertidale laissée à découvert à marée basse. L’origine du terme batture remonte à l’époque de la Nouvelle France. Ici nous avons conservé plusieurs mots qui ne sont plus en usage en Europe, si ce n’est dans certaines régions d’où viennent nos ancêtres français. J’ai ajouté une petite note dans l’article pour nos amis d’outre Atlantique peu familiers avec ce terme.

  1. Oui comme dit Arnaud votre article nous permet d’admirer des appareils qui sont rarement mis en avant.
    Drôle de dégaine le BN-2 avec ses jambes de trains carénés. Dans cette catégorie de bimoteurs dommage que le projet Skylander du français GECI Aviation ait avorté.

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