Véritable légende des courses océaniques, Éric Tabarly est disparu en mer il y a déjà vingt ans cette année. Quiconque s’intéresse moindrement au monde de la voile connaît ce célèbre navigateur breton. C’est en regardant une émission de la série Thalassa que j’ai récemment découvert que Tabarly fut également pilote de l’aéronautique navale française. Je souhaitais évidemment en savoir plus sur cet épisode méconnu de sa vie. C’est à la barre de ses voiliers que l’on se remémore Tabarly, et non aux commandes d’un avion. Permettez-moi donc de partager le fruit de mes recherches sur l’aviateur Tabarly.

Éric Tabarly s’engage dans la Marine nationale en février 1953, à l’âge 21 ans. Suite à une courte affectation à la Base aéronavale (BAN) de Saint-Mandrier, au centre de sélection des élèves pilotes, il poursuit sa formation au sein de l’Escadrille 51S basée à Khouribga au Maroc. Il y débute sa formation basique sur biplan SV.4C Stampe, avant de passer sur monoplan SNJ-4 Texan.

Biplans SV.4C Stampe à Khouribga, Maroc
SNJ-4 Texan de la 51S à Khouribga, Maroc

Afin de poursuivre sa formation sur avions multi-moteurs, il est affecté à l’Escadrille 55S opérant à la BAN d’Agadir au Maroc. Tabarly fait d’abord ses armes sur bimoteur Beechcraft 18 SNB5, puis sur l’impressionnant quadrimoteur Avro Lancaster de patrouille maritime.

Beechcraft 18 SNB5
Avro Lancaster
Éric Tabarly (premier à gauche) devant un Avro Lancaster

Alors que la guerre d’Indochine tire à sa fin, Tabarly est affecté en 1955 et 1956 à l’Escadrille 28F sur la BAN Tan-Son-Nhut au Viêt Nam. Il y pilote des quadrimoteurs PBY-2 Privateer de patrouille maritime, mais aussi de légers monomoteurs Cessna L-19 (voir photo frontispice) et Morane-Saulnier MS.500 Criquet pour des missions d’observation et de liaison.

PBY-2 Privateer de la BAN Tan-Son-Nhut, Viêt Nam
Éric Tabarly (premier à droite) de retour de mission, BAN Tan-Son-Nhut, Viêt Nam
Morane-Saulnier MS.500 Criquet de la BAN Tan-Son-Nhut, Viêt Nam

Rapatrié en France en 1957, Tabarly se retrouve à l’Escadrille 2S  opérant à la BAN Lann-Bihoué où il pilota des avions de transport et de liaison, tels le bimoteur SO.95 Corse et le monomoteur Nord 1002 Pingouin II.

Sud-Ouest SO.95 Corse de la BAN Lann-Bihoué
Nord 1002 Pingouin II

L’appel du large est toutefois plus fort que celui du ciel pour Tabarly qui est admis en 1958 à l’École des élèves officiers de Marine. Ainsi, après un millier d’heures de vol, il se destine dorénavant au pont de navires. À la sortie de l’école navale, il embarque à Cherbourg en 1962 comme officier en second du dragueur de mines Castor. En 1963, à Lorient, il prend le commandement de l’engin de débarquement d’infanterie et de chars, EDIC 9092.

Mais sa véritable passion de jeunesse ne l’a jamais quitté. Durant ses années comme pilote, toutes ses économies furent vouées à la restauration de son vieux voilier Pen Duick avec lequel il participa à diverses régates. Souhaitant s’inscrire à la Transat anglaise de 1964, il obtient un détachement spécial par la Marine nationale, ce qui lui permet de naviguer librement tout en restant officier d’active. Avec l’aide d’architectes, il conçoit spécialement le ketch Pen Duick II avec lequel il remportera cette course transatlantique en solitaire, le 18 juin 1964. Ce sera la première d’une série de victoires et de voiliers innovants. Tabarly utilise ses connaissances en aérodynamique, acquises comme pilote, en les appliquant à l’hydrodynamique. À compter de 1976, il expérimente la sustentation totale d’un voilier par des foils. Accompagné d’architectes navals, et une équipe de l’avionneur Dassault, Tabarly conçoit un trimaran de course de type «foiler», ouvrant ainsi la voie aux voiliers volant à fleur d’eau. À la barre du Paul Ricard (du nom de son commanditaire), Tabarly bat en 1980 le record de traversée de l’Atlantique Nord détenu depuis 1905 par la goélette américaine Atlantic. Homme de peu de mots qui préférait l’action aux paroles, il naviguait encore à l’aube de ses 67 ans. Il était écrit dans le ciel que la vie de Tabarly allait se terminer dans une ultime étreinte avec sa maîtresse de toujours, la mer.

Détestant les mondanités, Tabarly aurait sans doute préféré la camaraderie du Bar de l’escadrille pour trinquer à ses aventures, fussent-elles dans le ciel ou sur la mer. On ne peut que lui souhaiter de continuer à naviguer en paix sur les flots de l’au-delà.

Publicité

6 COMMENTAIRES

  1. Merci Marcel pour ce passionnant article et bravo pour vos recherches documentaires. Je découvre sur le tard que « notre » Tabarly était aussi un pilote chevronné, incroyable !
    Antoine (marin et pilote)

  2. Merci Marcel, je découvre aussi cet aspect méconnu d’Éric Tabarly., il était à Sai-Gon!
    En 1955, l’Indochine n’existait plus, c’était le Viet-Nam! 🙂

  3. Merci beaucoup Marcel.
    Moi non plus je ne savais qu’il avait été pilote de l’aeronavale. Je ne connaissais sa vie que comme marin, détaché pour les courses de bateaux au grand large.

  4. Merci, genial ! Ce la ne fait que renforcer le respect que je porte a Eric Tabarly, Voic un sujet legitime pour quelques monuments publics en France, ca nous changerait des politiques de tous bords.

  5. C’est marrant mais même si j’ai beaucoup « voilé » dans mon adolescence et le début de ma vie d’adulte (un paradoxe pour un Francilien pur jus comme moi) j’ai toujours détesté le personnage d’Eric Tabarly. Peut-être une question de génération, mes références étaient plus à chercher du côtés des navigateurs de routes du Rhum ou de transats Jacques Vabre que je trouvais plus modestes et moins donneurs de leçons. Moins réac aussi.
    Mais merci Marcel pour ce très bel éclairage sur ses années aéronautiques. 😉

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom