C’est l’un des enseignements de la loi de programmation militaire 2019-2025. Le ministère des armées va engager la modernisation de dix-huit des actuels avions de patrouille maritime Dassault-Breguet ATL-2 Atlantique en service dans la Marine Nationale. Des avions qui devraient être pleinement opérationnels dans maintenant sept ans afin de maintenir notre aéronavale à un niveau de compétence acceptable. Peut-être une manière pour l’Exécutif de retarder la mise en chantier d’un successeur voulu pourtant par nos marins et leurs homologues allemands.

Pourtant le remplacement de ces avions en service depuis maintenant trente ans est plus qu’une nécessité afin de maintenir notre souveraineté mais également la protection (notamment environnementale) du littoral français. Car entre 1988 et 2018 leurs missions ont beaucoup évolués. De purs chasseurs de sous-marins soviétiques ils se sont peu à peu mué en policier volant de nos mers et océans voire même en sauveteurs à long rayon d’action, pouvant porter secours à des marins en périls au-delà des eaux territoriales françaises ou même de la zone d’exclusion économique européenne.
Mais surtout le 21ème siècle les a vu se doter de missions totalement nouvelles pour des avions plus habitués aux embruns qu’aux sables des déserts comme depuis 2014 où ils participent au-dessus de l’Irak et de la Syrie à la traque des djihadistes de l’autoproclamé État Islamique. De même ils protègent l’Europe dans la bande Sahel-Sahara face à la menace d’Al Qaïda et des autres groupes terroristes islamistes qui utilisent cette région de l’Afrique comme base arrière.

Alors pourquoi ne faire que rénover ces vieux avions plutôt que d’engager une véritable réflexion sur leur remplacement ? Encore une fois car nos dirigeants contemporains ne sont motivés que par les sempiternelles économies budgétaires, y compris sur les questions de défense.
Emmanuel Macron et Florence Parly n’y font nullement exception.

Cela signifie donc que dans sept ans la France ne possèdera plus que 18 avions de patrouille maritime alors qu’elle possède, en partie grâce à ses zones ultramarine, un des espaces maritimes les plus vastes de la planète. Comment la Marine Nationale pourra t-elle sérieusement lutte contre les intrusions de submersibles ennemis ou hostiles dans nos eaux territoriales, ou bien mener des opérations extérieures en toute quiétude ? Elle ne le pourra sans doute pas.

Ce nouveau chantier de modernisation prévoit notamment l’intégration d’un nouveau radar Searchmaster ou encore d’un FLIR nouvelle génération et d’une avionique revue et corrigée. Mais ne risque t-il pas de flinguer tout bonnement toute tentative de succession à ces avions issus directement des célèbres Breguet Br.1150 Atlantic de la guerre froide.
Seul l’avenir proche nous le dira, mais permettez-moi d’être sceptique après la lecture de ce billet d’humeur sur la question.

Photo © Marine Nationale.

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5 COMMENTAIRES

  1. J’avais cru entendre que nous avions le deuxième patrimoine maritime mondial.
    Et qu’il était fréquemment pillé.
    Et qu’il était la plus grande richesse du 21 ° siècle.

    La politique: + avec – = +
    La réalité: + avec – = –
    « En même temps » le raisonnement ne devrait-il pas n’être que mathématique.

    • Les ATL2 sont des avions de guerre , dont une grande partie du boulot peut être fait avec des Falcons auquel on a ajouté un FLIR et de quoi larguer des chaines SAR dans des zones moins dangereuses
      Les ATL2 servent surtout pour protéger les SNLE et comme poste de commandement/bombardier dans les zones de conflit. Et dans une optique otanienne , avec la prochaine mise en service de P-8 Poseidon , en particulier dans la RAF , le rôle de pivot de l’ATL2 au profit du système européen n’est pas aussi utile que pendant la période d’absence des Nimrods qui va bientôt prendre fin

      • En effet, mais malgré les Falcons les heures vol exploses tous les an l’enveloppe budgétaire. se sont des machines qui servent à tous et tous le temps. Heureusement que nos aïeux les ont pensé solides. Mais l’ensemble de notre marine et sous dimensionner et armée pour notre domaine maritime!

  2. Honnêtement, je suis pour ma part soulagé que la signature concernant la modernisation de ce second lot d’Atl2 soit passée. Initialement, il n’était question que de 15 appareils à moderniser d’après la loi de programmation militaire 2019-2025 dont 12 étaient déjà commandés. Or fin Octobre 2018, ce nombre a été finalement porté à 18 avec la commande de 6 supplémentaires.

    Bref, ça n’est pas si mal : on conservera de la sorte encore quelques années (le temps de voir venir le remplaçant) une bonne partie de notre capacité offensive ASW puisque le reste des missions SAR et de surveillance / police des mers sont de toute façon du ressort des Falcon. Mais au-delà de cet aspect purement opérationnel, je trouve que les avions en général (et ASW particulièrement vu leur job très spécifique) ne sont pas les meilleurs matériels de défense de la souveraineté de nos eaux territoriales ultramarines, car ils se projettent mal notamment en haute mer, contrairement aux navires (bon, on manque aussi de navires de haute mer, mais c’est là un autre débat !).

    A mon sens, on s’en tire encore bien si l’on doit comparer par exemple avec les Italiens qui ont mis au placard leurs Atl2 « obsolètes » (je cite l’avionneur Leonardo) pour les remplacer par seulement quatre ATR P-72 MPA, certes ultramodernes, mais sans aucune capacité anti-sous-marine !…
    D’ici 2025, il m’est avis que le remplacement des Atl2 aura été déjà dégrossi conjointement aux Allemands, vu que les déclarations d’intentions portent sur un avion PATMAR commun pour 2030. Bien évidemment, c’est sujet à caution, mais comme eux aussi ont dans un avenir proche un tas de P3 à remplacer (d’autres nations européennes également), qu’Airbus a déjà suggéré un A320 Neo ASW, et que la question du P8 (choisi par les Britanniques) ne semble pas se poser…

  3. Pour ce qui est de la surveillance de l’ensemble de nos côtes, ce qu’on appel je crois : l’action de l’Etat en mer, il faudrait peut être qu’on rationnalise les différents intervenants. Quand on voit le nombre de ministères impliqués avec chacun leur moyens. Certainement avec des prérogatives qui ce marche dessus.
    A mon humble avis, de non-expert, il devrait y avoir moyen de regroupé tout ce beau monde avec leurs moyens sous une même bannière.

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