Définitivement les procédures d’interception entre les pays de l’OTAN et la Russie semblent très éloignées les unes des autres. Ce lundi 5 novembre 2018 un avion de reconnaissance Lockheed EP-3E Aries appartenant à l’US Navy a été vigoureusement intercepté par un (ou plus vraisemblablement deux) chasseur Sukhoi Su-27 Flanker appartenant à l’aviation militaire russe alors qu’il volait dans l’espace aérien international. Le quadrimoteur à turbopropulseurs américain participait à une série d’exercices avec la flotte américaine en mer noire. L’équipage de l’EP-3E Aries a annoncé avoir ressenti de dangereuses turbulences de son avion tant l’un des biréacteurs russes était proche.

Oh bien sûr ce n’est pas la première fois que l’aviation russe intercepte un avion de reconnaissance maritime de l’OTAN en mer noire. À chaque fois on peut remarquer que ses pilotes se comportent très différemment de leurs homologues américains et européens. Si dans les forces atlantistes on privilégie l’interception à distance de sécurité (soit quelques dizaines de mètres entre les avions) il semble qu’en Russie on soit beaucoup plus dans l’interception agressive donc rapprochée. Deux techniques qui certainement se valent et se justifient par les impératifs tactiques des deux camps.

Sauf que quand des chasseurs aussi puissants que des Sukhoi Su-27 flirtent autant avec des avions à turbopropulseurs cela génère forcément des turbulences et vibrations qui peuvent s’avérer fatales pour l’avion intercepté. Bon peut-être est-ce là la finalité de ces manœuvres, filer une bonne trouille aux équipages de l’OTAN et dans le pire des cas que l’avion ait un accident. Après tout ça coûte moins cher que de tirer un missile air-air, et puis on peut toujours nier son implication ensuite.

Dans le cas présent durant près de 25 minutes le pilote russe a manœuvré avec son avion et le Lockheed EP-3E Aries comme un chat jouerait avec une souris prise à son piège. Il a enchaîné les évolutions très proches, utilisant même sa post-combustion dans la but semble t-il avoué d’aveugler temporairement les pilotes de l’avion de reconnaissance. Au bout de cette presque demi-heure de vol dangereux l’interception s’est terminée et le chasseur russe s’en est retourné.
L’US Navy a annoncé vouloir porter réclamation auprès des instances aéronautiques internationales au titre de l’accord pour la prévention des incidents en mer et au-dessus de la mer (mieux connu comme INCSEA) et signé en 1972 par la majorité des pays dans le monde dont l’URSS et amendée en 1994 afin d’y intégré les ex-républiques soviétiques comme la Russie.

Il est à signaler qu’à aucun moment l’avion américain ne s’est approché de l’espace aérien souverain de la fédération de Russie, ni même du territoire ukrainien sous occupation russe de Crimée. En fait l’Aries, pourtant avion-espion numéro 1 de l’US Navy, participait à un exercice et servait de plastron au profit des radaristes de deux navires américains croisant dans la région. Pour mémoire ce type d’avion n’est jamais armé !
Finalement la marine américaine aurait peut-être mieux fait d’envoyer un drone cible…

Il faut dire que depuis trois ans et «l’accident» du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine les relations entre la Russie et l’OTAN se sont passablement tendues. Mais bon objectivement on sait que depuis plusieurs années le pouvoir moscovite considère la mer noire comme son pré carré, les interceptions d’avions américains durant les deux dernières années en témoignent.

Cette situation particulièrement hostile ne fait réellement que le jeu de la Russie et les premières victimes sont ses voisins sur cette mer intérieure : Bulgarie, Géorgie, Roumanie, Ukraine, et Turquie. À noter que trois de ces pays sont membres de l’OTAN.

Photo © US Navy

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3 COMMENTAIRES

  1. Hum, une question me reste :

    Pourquoi, dans ce genre de situation, on intercepte pas les intercepteurs ?
    Aucun avion de l’OTAN n’était capable de rallier l’Aries et ses deux « compagnons » en moins de 25 minutes ?

    Surtout que si les Su-27 suivent l’Aries, ce dernier ne file pas à tout vitesse est en mesure de dévier légèrement pour les ramener vers la chasse alliée (tant qu’il ne se rapproche pas du territoire Russe).
    Les 2 Su-27 en train de malmener l’Aries se retrouveraient en présence de deux ou quatre F-18 et feraient sans doute moins les malins que face à un pauvre turboprop’.

    Apres c’est vrai que ce genre de réaction serai le premier pas vers une escalade, mais bon, laisser un avion Allié aux mains de la chasse Russe sans réagir, ça peut être perçu comme un aveu de faiblesse, autant du coté Russe que du coté des pilotes de L’OTAN.

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