Voilà une annonce qui à coup sûr ne va pas calmer le jeu aux alentours de l’ex-territoire ukrainien. À Moscou il a été décidé de déployer dans les prochaines heures entre dix et vingt chasseurs afin d’assurer la supériorité aérienne au-dessus de la Crimée. Les avions en question sont, selon les annonces officielles, des Sukhoi Su-27 et Su-30. Si les premiers sont surtout connus pour une utilisation de pure chasse les seconds sont des avions beaucoup plus polyvalents.

Depuis l’annexion de la Crimée au début de l’année 2014 c’est la première fois que la Russie annonce son intention d’y installer de manière pérenne des chasseurs. Jusque-là il ne s’agissait que de déploiements temporaires, visant surtout à mettre la pression sur les autorités ukrainiennes et les forces de l’OTAN plus qu’à rassurer des populations civiles locales dont finalement on ne sait pas grand-chose de leur ressenti sur la question.

C’est sur la base aérienne de Belbek, non loin de Sébastopol, que ces Sukhoi Su-27 et Su-30 seront stationnés. Cette base a déjà accueilli entre mars 2014 et mai 2016 un détachement de six Su-27 ou plus récemment quelques chasseurs-bombardiers Su-24. Ces derniers appartenaient à l’aéronavale russe et étaient spécialisés dans la lutte contre les navires de surface. Il est notamment largement envisagé par l’OTAN que ce soit ces avions qui aient participé à l’agression contre le destroyer américain USS Porter en février 2017 ou plus récemment lors du survol du destroyer britannique HMS Duncan en mai 2018. Deux navires qui voguaient, rappelons-le, dans les eaux internationales et n’ont montré aucun signe d’agressivité vis-à-vis des forces russes.

Les pilotes de Sukhoi Su-27 engagés en Crimée ne sont pas toujours blancs-bleus non plus. On se souvient par exemple de l’interception d’un avion de reconnaissance de l’US Navy en janvier 2018. Cela avait fait l’objet d’un tollé international, en grande partie parce que les alliés des Américains avaient sans doute un peu chargé la mule sur cette histoire. Et que les médias moscovites avaient de leur côté jouer à leur habituel jeu de désinformation.
Surtout il est impossible de ne pas voir dans cette décision une volonté russe de resserrer un peu plus les vis autour du détroit de Kertch depuis l’accrochage naval survenu il y a près de trois semaines entre la marine ukrainienne et les garde-côtes russes. Alors officiellement on annonce à Moscou que ce déploiement pérenne d’avions de chasse fait écho à une peur de voir l’Ukraine ou ses alliés (au passage on découvrira donc que l’Ukraine est sensée avoir des alliés) tenter d’ici la fin de l’année une action militaire d’envergure afin de « reprendre la Crimée ».

Pour l’instant l’Ukraine maintient son statut-quo concernant l’alerte de ses forces aux frontières avec la Russie et la péninsule criméenne tandis que l’OTAN se dit confiante d’un règlement diplomatique de la crise qui existe depuis bientôt cinq ans dans cette région.

Une chose semble sûre : si les Sukhoi Su-27 russes vont sans doute assurer les missions de défense aérienne et d’interception les Su-30 de leur côté auront sûrement d’autres rôles. Sinon on comprendrait difficilement comment l’état-major de la force aérienne justifierait de ne pas avoir envoyé sur zone exclusivement des Su-27 ou un mélange de ces derniers et de MiG-29 plus légers.

Photo © OTAN

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