C’est un très gros coup dur porté à Lockheed-Martin par son rival de toujours. Le Pentagone a annoncé cette semaine avoir reçu une demande officielle de l’US Air Force portant sur la fourniture de douze exemplaires de présérie du F-15X Advanced Eagle. Le nouvel avion de combat de Boeing aurait pour mission d’assurer une partie des missions de supériorité aérienne et d’interception en remplacement des actuels McDonnell Douglas F-15C/D Eagle. Il s’agit surtout d’une grave entorse à la règle qui veut que désormais l’aviation américaine, à la différence de l’aéronavale, n’achète que des avions furtifs.

Le contrat s’élève à 1.2 milliards de dollars américains (± 1.05 milliards d’euros) devant être validé sur l’année fiscale 2020. En fait il permettra d’englober toutes les parties recherches et développements de ce futur Boeing F-15X Advanced Eagle qui n’existe actuellement qu’à l’état d’ébauche et de vues d’artistes. Un programme qui cependant intéresse très fortement les généraux de l’US Air Force.
Et beaucoup aux États-Unis y voient un virage dans la politique d’acquisition d’avions de combat américains puisque même s’il est annoncé comme «discret» ce F-15X n’a rien d’un avion furtif. En fait les ingénieurs américains ont décidé de tirer profit des échecs du programme F-15SE Silent Eagle demeuré sans suite.

Autant Boeing s’annonce comme le grand vainqueur dans la succession des McDonnell Douglas F-15C/D Eagle autant dans le même temps la politique du «tout furtif» voulue par Lockheed-Martin semble ici montrer ses limites. Malgré ses qualités indiscutables le F-22A Raptor ne pourra pas assurer, aux yeux des généraux de l’US Air Force, la totalité des missions air-air dans les années à venir. Ils préfèrent continuer à faire confiance à une version hérité du vénérable F-15A Eagle dont la conception remonte tout de même, rappelons-le, à la fin des années 1960.

Honnêtement entre le F-15A et ce futur F-15X il n’y a vraiment qu’au niveau esthétique qu’on peut retrouver quoi que ce soit de commun. Ce serait comme comparer un Aérospatiale SA.330 Puma avec un Airbus Helicopters H225M Caracal. Il y a bien un air de famille, mais ça s’arrête là
Car le F-15X Advanced Eagle s’annonce vraiment comme un concentré de technologie dernier cri : commandes de vols électriques dernière génération, cockpit tout écran, système de ciblage laser AN/AAQ-33 Sniper, radar de dernière génération AN/APG-63-V3, système de brouillage électronique actif et passif, ou encore bien sûr la communication liaison 16 encryptée.
Niveau armement le futur avion sera un véritable camion à missiles air-air avec une possibilité d’emport pouvant aller jusqu’à 24 missiles !!! Et bien entendu il s’agira des versions les plus évolués des AIM-9 Sidewinder et AIM-120 AMRAAM. Des armes air-sol comme la bombe guidée AGM-154 sont également annoncées par Boeing comme capables d’être emportées.

L’accord du Pentagone pour cette demande de l’US Air Force semble quasiment acquis, d’autant qu’elle va dans le sens des réductions budgétaires voulues par l’administration Trump. Le F-15X est en effet annoncé bien moins onéreux à l’emploi que le F-22A.

Illustration © Boeing.

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27 COMMENTAIRES

  1. L’USAF n’a pas assez de F-22, le F-15C commence a vieillir et le F-35 n’est pas adapté aux missions d’interception et de supériorité aérienne. Le F-15X est la meilleure solution rapidement disponible.

    • C’est une manie chez certains de devoir casser du sucre sur le dos du F-35 Lightning II. Jamais cet avion n’a été pensé comme un chasseur de supériorité aérienne mais c’est pas grave vous nous annoncez tout de go qu’il n’y est pas adapté !

    • Il n’y plus besoin de casser du sucre sur le F-35, son plus gros atout mis en avant par LM est caduque, c’était déjà connu dans le milieu industriel mais un article d’Air & Cosmos début décembre a révélé au grand public que la furtivité ne posait aucun problème pour empêcher de détecter les avions de 5ème génération américains ainsi que la manière pour. Russes, chinois et français en ont les moyens et capacités.

      • Si le bashing anti F-35 n’existait pas je suis sûr que vous l’inventeriez VoltaireFr. Et ce qui est bien c’est que vous faites d’un seul article dans un seul média une généralité. Mais bon on ne vous changera pas.

      • Désolé de par mon métier j’étais déjà au courant des lacunes du F-35, mais je me dois d’avoir un devoir de réserve tant que l’information n’est pas publique.

  2. Voici une nouvelle intéressante et qui fait vraiment plaisir! Le F-15 reste encore aujourd’hui un avion redoutable et apprendre qu’une nouvelle version va lui succéder rajoute encore à la légende de cette machine…
    Comme quoi, hormis le domaine de la furtivité, un appareil bien consu avec une bonne cellule, qui se prête à des changements de technologie peut rester compétitif longtemps. La dessus les Etats Unies ont déjà le savoir faire ( ex. F-16).
    Personnellement, les lignes très épurées des furtifs ou d’autres avions de « génération 4.2 ou 4.5 » n’éveilleront jamais cette sympathie que je portais aux chalumeaux volants sortient de la guerre froide ( mig 25-31, F14-15, SEM,…) alors cette nouvelle c’est vraiment le petit cadeau de fin d’année!
    Longue vie aux belles montures!

    • Totalement d’accord avec vous. À mon sens les avions de la génération du F-15 Eagle sont bien plus intéressants pour des passionnés d’aviation que les avions plus récents comme les F-22, F-35, J-20, Su-57, et consorts qui ne sont finalement que des machines trop lisses.

    • Tout à fait d’accord avec Fanch’, j’ai toujours adoré le F15, et quand j’ai eu la chance de le voir en vrai au salon du Bourget je n’ai pas été déçu. Jame’s avait sorti un jeu vidéo de belle facture sur ce monstre de puissance.

  3.  » le F-22A Raptor ne pourra pas assurer…. » peut on savoir ce qui est reproché au F-22?
    En quoi ne peut il assurer toutes les missions de supériorité aérienne?

  4. À 1ère vue, l’intérêt pour le F-15X n’a pas de lien avec le F-35, pas directement mais indirectement
    La raison est le nb insuffisant de F-22 en service (production arrêtée et trop chère maintenant pour la redémarrer).
    Cet arrêt de production était motivée par le prix du Raptor et aussi par la fiche prometteuse (à l’époque) du futur F-35, avion ayant au moins les performances air/air du F-16 et surtout son prix d’acquisition et d’utilisation, le Pentagone estimant qu’il pouvait en acheter en nombre suffisant pour combler une partie du déficit de perfos p/r au F-22 en attendant le successeur de ce dernier.
    De nos jours, les prix planchers d’acquisition et d’utilisation étant connus, le F-15X paraît donc une solution plus crédible et correspondant plus à ce besoin de l’USAF.
    Mais comment cet avion peut_il rivaliser avec le F-35 en termes de furtivité? La furtivité n’est pas une fin en soi, le but d’un avion de combat est d’effectuer correctement ses missions et de rentrer à la maison, tout dépend de la façon dont on utilise l’avion de combat.

  5. Oui bon Arnaud vous devez admettre que LM a vendu le f35 comme un avion multiroles et pas seulement comme un avion d’attaque (air/sol). Donc il était aussi prévu qu’il fasse du air/air.
    Un concurrents le fait bien : rafale Dassault f3r !!
    Amicalement.

    • Le F-35A Lightning II est bien entendu apte aux missions air-air mais pas forcément à la supériorité aérienne pure. C’est pourquoi il n’a jamais été pensé comme un successeur des F-15C/D Eagle.

  6. On pourrait dire : l’armée de l’air commande des mirages 2000-5 ,car le rafale n’est pas complètement apte aux missions air air . Quel désaveu pour l’avion qui devait remplacer tous les autres avions . La preuve qu’un avion bien né comme le f15 avec des nouveaux systèmes d’armes, de communications , de radar … Est loin d’être obsolète fasse aux avions de 5eme générations ( terme employé intelligemment par les commerciaux de LM).

  7. Voici une nouvelle fort intéressante pour le Canada qui doit remplacer ses vieux CCF-118. Cette nouvelle déclinaison du F15 conviendrait parfaitement aux besoin des ailes à fleur d’érable. Cet achat satisferait à Ottawa les partisans d’un successeur « made in USA » à nos Hornets. Maiis « il coulera encore beaucoup d’eau sous les ponts de Québec » avant que le remplacent du vieux Hornet survole les pont et les belle villes de Québec et de Lévis!

  8. Avec une salve de 24 vecteurs air-air, ça commence à devenir très sérieux en matière de coups embarqués. C’est un paramètres que l’on tend à sous estimer (par rapport à la furtivité ou la manœuvrabilité) mais la taille de la salve compte davantage qu’on ne le pense en cas d’affrontement. Un escadron de 20 F-15X peut mettre en l’air 480 missiles, c’est presque autant que la dotation en MICA de l’AdA (dans les 500 munitions il me semble).
    Il y a un apport en masse et en volume qui peut suppléer efficacement l’action des F-22 sur les arrières,
    En tout cas, ça fait plaisir de voir que l’Eagle n’a pas dit son dernier mot !

  9. En effet, le nombre de Raptors, tout simplement, comme l’ont dit de nombreux voisins du dessus, est largement insuffisant compte tenu de la conjoncture mondiale actuelle et les nouveaux chasseurs de supériorité aérienne qui éclosent ou montent en puissance de tout côté (on regardera bien sûr du côté chinois et russe).
    Un autre article subodorait il y a quelques mois une possible version export du F22 à destination du Japon (et nul doute que l’USAF aurait profité de la réouverture de la chaîne d’assemblage pour recompléter amplement son faible contingent de Raptor), mais ces dernières semaines le Japon a finalement accentué son choix sur le F35 (plus de A, et commande de B), donc cette hypothèse de nouveaux F22 pour les Etats-Unis s’éloigne de facto.

    Un dérivé du F15 Silent Eagle, qui jusqu’alors semblait parti pour être enterré, pourrait donc avoir son rôle à jouer dans un futur trio d’appareils pour l’USAF et devenir LA vraie bête de somme multi-tâches (camion à bombes / missiles) qui remplacera toutes les versions C/D et E largement éprouvées, et secondera sur les arrières -comme l’a dit Stef- par son immense puissance de feu et son côté plus « classique » (4++ pourrait-on dire) les appareils furtifs bien plus sensibles technologiquement qui seraient utilisés en première frappe dans un environnement sol-air et air-air contesté : F35 orientés air-sol et assez limités en emport interne, et F22 trop spécialisés air-air et peu nombreux.

    Cette grande capacité d’emport est à elle seule le véritable argument selon moi, ayant permis de retenir le F15.
    En effet, même si F35 et F22 peuvent emporter des charges externes quand les circonstances n’exigent plus la furtivité (« beast mode » comme on dit là-bas), ces derniers ont été conçus avant tout pour des performances optimales en configuration lisse, donc emport interne. Ces dernières sont largement dégradées en beast mode.
    Contrairement à un appareil ancien comme l’A10 littéralement bâti pour sa mission autour de son canon et la nécessité d’un armement lourd, les chasseurs furtifs ne sont pas foncièrement conçus autour de leur soutes. Les spécifications de performance / furtivité passant au premier plan, l’emport en armement, on le voit d’emblée quand on regarde le F35, tient d’avantage du compromis que d’une réelle nécessité au service de la mission (pod-canon sur B & C, pas de capacité AIM-9 en soute, nombre / type / poids des bombes très limité en interne etc…).
    A contrario, la cellule du F15A, puis C, a démontré dans sa version E que le chasseur de supériorité aérienne pouvait s’avérer une excellente plateforme air-sol aux capacités offensives décuplées, faisant de lui le camion à bombes de taille chasseur dont l’USAF rêvait depuis le retrait des F111, la capacité air-air en plus (l’on exclut les bombardiers lourds bien sûr). Bref, si le F35 est voué à remplacer le F16 (niveau tâches et capacités offensives cela se défend), ni le Lightning ni le Raptor ne pourront égaler le F15 dans ses rôles. C’est pour cela qu’un nouvel Eagle en complément des deux autres a du sens.

    Un appareil refondu, proche esthétiquement du F15 (encore que les dérives inclinées du SE seront peut-être retenues ?) mais intégrant à mon sens dans la cellule la capacité passive IRST (aujourd’hui le pod « Legion » sur F15C) et d’illumination dernier cri (le pod « Sniper » sur de nombreux appareils US), un radar AESA ainsi que des soutes internes ET externes (type containers furtifs sous pylônes d’ailes et / ou à la place des réservoirs conformes de fuselage), pourrait être une excellente solution.
    Et surtout, l’on parle là d’un tout nouvel appareil car les cellules des Eagles actuels, même si encore viables une ou deux décennies, ne pourraient plus assurer leurs missions sans compromettre les F22 / 35 qui les accompagneraient. Plutôt que de lancer un énième chantier de mise à niveau des 2 principales versions du F15 (C et E) dont les rôles sont dissociés aujourd’hui (supériorité aérienne / camion à bombes), le choix d’un appareil neuf multimissions issu du F15 (donc de facture classique) mais offrant quelques caractéristiques furtives, une énorme capacité offensive et une bonne interconnexion avec les Stealth me semble en effet un très bon compromis, tant opérationnel que budgétaire.
    Certaines de ces évolutions sont également à l’étude pour les mises à niveau ultérieures des F18 E/F/G de la Navy (mais on parle là d’upgrades, pas d’appareils neufs).

    Les USA ont semble-t-il compris -une nouvelle fois, car l’avenir est un long passé !- que la qualité seule ne pouvait supplanter la quantité. C’était dans cette optique d’ailleurs que le F16A avait été conçu jadis, afin de suppléer les premiers F15A, alors au top niveau, que les généraux US craignaient pourtant de voir submergés par des hordes de petits chasseurs soviétiques de type Mig-21/23 moins coûteux.

  10. On voit bien aujourd’hui que le tout « furtif » atteint ses limites. Cela génère des aviosn hors de couts, à maintenance lourde et couteuse, avec une disponibilité faible et un emport limité par le fait de tout mettre en soute.
    A cela s’ajoute des radars de plus en plus performants qui n’ont plus de peine à détecter les avions furtifs.
    Bref, parfois, revenir à un avion puissant, fiable, robuste et peu couteux par rapport à un F-35 est une bonne chose, ça permet de donner une bouffé d’air à une force aérienne qui se voyait trainer un F-35 comme un boulet.
    Cet achat et aussi celui du super Hornet Advanced montre bien que l’armée américaine n’a pas envie de se contenter d’un unique avion qui ne leur convient pas.

    • L’Advanced Super Hornet, son nom m’était sorti de la tête lorsque je rédigeais mon commentaire ci-dessus, merci de l’avoir rappelé 😉 .
      Je ne serai pas aussi vindicatif que vous quant à qualifier le F35 de « boulet », car selon moi il apportera à terme bien des avantages technologiques (pas tant aéronautiques d’ailleurs) pour ses utilisateurs avec la fusion de données et sa furtivité. Mais force est de constater que cette résurgence de projets mettant à l’honneur des appareils plus classiques montre aussi, comme vous le dites fort justement, les limites opérationnelles -quand elles ne sont pas budgétaires- du tout-furtif. L’hypothèse de maintenir les B-52 remotorisés aux côtés des futurs B-21 au détriment des B-1B et B-2 est un autre exemple éloquent.

      https://www.ainonline.com/sites/default/files/uploads/2016/12/advancedsuper_hornet.jpg
      Parlant de l’Advanced Super Hornet, on voit bien sur la photo du prototype (2013) la présence du container furtif pour armement en place du bidon ventral, le système IRST intégré sous le nez à l’instar du F35, et les réservoirs conformes de fuselage. Autant d’atours que l’on retrouvera sûrement sur ces nouveaux F15.

      Détails internes du container d’armement (d’une capacité quasi-équivalente à la soute d’un F35) :
      https://arcturus415.files.wordpress.com/2013/08/screen-shot-2013-08-29-at-3-30-45-pm.png

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