La polémique est apparue assez étrangement dans les premières minutes de l’incendie. En France autant qu’à l’étranger des tweets sont apparus pour demander pourquoi la France n’avait pas déployé sa flotte de bombardiers d’eau au-dessus de Paris afin de sauver sa cathédrale en feu ? Mais ces aéronefs sont faits pour combattre des feux de végétation pas un incendie urbain au milieu de l’agglomération la plus dense du pays. Même le recours a des hélicoptères équipés de Bambi buckets n’était pas envisageable.

Cet incendie a profondément marqué, choqué, les Franciliens, et au-delà les Français et une bonne partie des gens sur la planète car Notre-Dame est le cœur historique de Paris. Aussi très vite la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris a engagé des moyens très conséquents.
Et assez rapidement il a fallu se rendre à l’évidence : une bonne partie des échelles pivotantes parisiennes sont trop courtes. Il a donc fallu attendre l’arrivée de renforts provenant de banlieue sous la forme de camions bras élévateurs articulés, seuls capables d’atteindre la toiture de la cathédrale. Plus d’une quinzaine de lances à incendie a été engagée par la BSPP, l’eau étant même puisée dans la Seine toute proche.

Et très vite des voix s’élèvent pour demander le déploiement des Canadairs, c’est à dire dans l’esprit des Français, les bombardiers d’eau de la Sécurité Civile. Mais immédiatement le ministère de l’intérieur refuse, arguant logiquement que ces aéronefs sont faits pour frapper les feux de forêts et pas afin d’éteindre un incendie de bâtiment. En outre Notre-Dame est au cœur de l’Île-de-la-Cité, donc de la capitale. Un bombardement par un CL415 ou un Tracker serait extrêmement dangereux tant pour l’équipage que pour la ville elle-même et ses habitants.
Sans compter qu’une telle attaque du feu aurait pu fragiliser encore plus le monument médiéval.

Notre-Dame de Paris victime des flammes.

Pourtant le ciel du centre de Paris était sillonné par des aéronefs d’état. Dragon 75, l’Eurocopter EC145 de la Sécurité Civile de Paris était évidemment là. Mais les pompiers de Paris avaient également déployé un de leurs drones de reconnaissance afin de mieux comprendre la propagation des flammes. Pour autant les hélicoptères eux aussi ne pouvaient pas attaquer le feu, au risque là encore de risquer de dégrader un peu plus la cathédrale.

Photos © Sécurité Civile.

 

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18 COMMENTAIRES

  1. Effectivement on ne largue pas des tonnes d’eau en une seule fois sur une structure du XII éme siécle, fragilisée par un incendie hyper violent, la voûte n’aurai pas résisté. De plus, mais c’est à confirmer, larguer de l’eau sur du plomb en fusion, et des produits chimiques (décapants, et autres utilisés pour la restauration…) c’est pas une bonne idée.
    L’intention est louable, mais les pompiers de Paris sont des professionnels, ils ont fait ce qu’il fallait pour sauver la structure et les alentours menacés.

  2. Formé à l’utilisation d’extincteurs, j’avoue que la question m’est venue immédiatement. La chute de la flèche de la cathédrale semblait hélas inévitable mais elle a eu le bon goût de s’effondrer sur elle-même. Dans d’autres circonstances, le monument aurait causé des dommages collatéraux qui auraient rendus la polémique encore plus venimeuse!
    Soufflons donc que les dommages ne soient « que » matériels et  » circonscrits ».
    Les échelles des pompiers ont manqué de hauteur, mais les soldats du feu n’ont pas manqué de courage.
    Et pour l’édifice, ce ne sera qu’une péripétie de plus à moins que l’on ne se décide à tout refaire en mieux… Ce qui est difficile tant la dentelle et la pierre sont familières en ce lieu….

    • En fait les échelles de pompiers n’ont pas à aller au delà de 30 m, car au-delà les bâtiments dont le plancher le plus haut dépasse 28 M, sont classé en IGH (Immeuble de grande hauteur), avec des règles de prévention et sécurité incendie hyper-strict (immeuble de bureau par exemple) du type Sprinklers etc….
      Un monument du XII siècle c’est difficile dans tous les cas. Mais les pompiers sont des pros, et ils l’ont démontré en sauvant la structure, l’orgue, et beaucoup d’autres chose au combien précieuses pour l’humanité.

      • J’avoue avoir franchi le Rubicon de la bêtise et en être revenu. Le reportage d’hier montrait une nef sauvegardée à l’exception des impacts dû à la chute de la flèche. Grâce aux explications et aux images, je comprends -enfin et complètement- pourquoi un grand lâcher d’eau au petit bonheur aurait mis en péril les équipage d’un éventuel Canadair et,massacré la structure interne de l’édifice, bien assez délicat sans qu’on lui colle des tonnes d’eau sur la truffe.
        Avec le recul, et les bonnes infos, on voit mieux à quel point:
        -la taille de la charpente et son âge ont empêché de saisir l’ampleur du problème.
        -que le toit n’ayant pas été crevé par les flammes, toute aspersion d’eau depuis les airs était vaine.
        -qure la proximité d’une foule empêchait l’emploi de produits chimiques
        -et que ll’intensité des flammes et la position enclavée de l’édifice rendait une opération aérienne des plus hasardeuse.
        Moralité: passer pour un con ne tue pas, et c’est une chance pour moi.
        Respects la brigade des sapeurs pompiers de Paris, Le timing fut serré (on parle de 15 à 30 minutes avant que le feu ne devienne inmaîtrisable) mais tenu: Paris n’aura pas « sa » version des deux tours qui s’effondrent.
        .
        Il y a des remake qu’il vaut mieux éviter!.

  3. Stupeur et grande tristesse à la vue des images de cet incendie ! Les Québécois sont de tout coeur avec les Français qui sauront reconstruire cette cathédrale emblématique de Paris. Quiconque a déjà vu de près le largage d’eau d’un Canadair sait fort bien l’effet dévasteur d’une telle trombe d’eau ! Les pompiers ont donc pris la bonne décision et on salue leur courage.

  4. Terrible tragédie que cet incendie mais il faut voir celà comme une simple péripétie de la vie bientôt millénaire de cette cathédrale. Évidemment qu’il faut la reconstruire, celà va sans dire, déjà par respect pour tout les Hommes qui jadis ont consacrés leurs existences, donné leurs santés et perdu la vie pour sa construction. Alors avec les moyens modernes que nous avons à notre disposition à notre époque il serais irrespectueux de ne pas le faire. Nous aurons une cathédrale encore plus belle et plus solide qui pourra traverser encore de nombreux siècles. Ce sera la patte du 21ème qui restera son histoire. Nos aïeux nous l’on confiée, nous la confierons à nos descendants.

  5. Pour rappel, les Canadairs de la sécurité civile sont basés près de Nîmes, sur l’ancienne base aéronavale de Nîmes-Garons, ce qui est logique puisque les feux de forêts ont lieu essentiellement sur le pourtour méditerranéen.
    L’alerte incendie a été lancée peu avant 19h00. Le temps que les Canadairs fassent le trajet Nimes-Paris (ce ne sont pas avions à réaction), et il aurait déjà fait nuit à Paris. Or ces avions n’agissent que de jour, ils ne peuvent pas bombarder de nuit.
    De plus, où aurait-il pu écoper leurs eaux ? Il leur faut un plan d’eau dégagé sur au moins 1200m. Donc dans Paris cela aurait été impossible en raison des nombreux ponts sur la Seine. En Ïle-de-France, il aurait fallu écoper soit sur le plan d’eau de Vaires-sur-Marne (20km de Notre-Dame), soit sur la Seine entre le bois de Boulogne (au niveau de l’hippodrome de Longchamp) et Suresnes (8km de Notre-Dame) mais c’est peu juste en longueur dégagé.

    Pour l’anecdote, un Canadair avait fait le déplacement l’année dernière en Alsace pour un exercice sur le massif vosgien. Pour cela, il écopait sur le Rhin (à hauteur de Kunheim) dont la navigation avait été naturellement interrompue.
    Cf:
    https://www.dna.fr/actualite/2018/05/30/un-canadair-en-alsace
    https://www.lalsace.fr/actualite/2018/05/30/un-canadair-survole-le-petit-ballon
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/canadair-alsace-formation-pompiers-alsaciens-franc-comtois-aux-feux-foret-1485457.html

  6. Le plus célèbre des twitteurs a avoir émis cette idée est D. Trump. Vu la brillance de l’individu, on sait de suite que c’est une mauvaise solution.

  7. Stupeur et désolation en apprenant la triste nouvelle. Je partage la douleur que vous éprouvez dans ce triste incendie. « Le bourdon Jean-Baptiste de la basilique Notre-Dame de Montréal, soit la grosse cloche de près de 11 tonnes, a sonné en début d’après-midi, lundi, en signe de solidarité avec la grande soeur de la basilique, la cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par les flammes.  » https://quebec.huffingtonpost.ca/2019/04/15/cloches-basilique-notre-dame-sonnent-pour-paris_a_23712179/?utm_hp_ref=qc-homepage Voici des vidéos illustrant les effets dangereux du largage d’eau. Un CL-415 éteint un feu de camions sur la route: https://www.dailymotion.com/video/x27twnc Un avion bombardier d’eau largue son réservoir d’eau en plein sur eux! La douche!!!! https://www.dailymotion.com/video/x5awvw8

  8. Je me rappelle d’une intervention de nos CL-215/415 lors d’un incendie en milieu urbain. Les experts québécois de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) partagent entièrement le point de vue exprimé par les membres de la Sécurité Civile de France. Dans un article paru dans Le journal de Québec « Les avions-citernes n’auraient rien pu faire pour Notre-Dame de Paris » https://www.journaldequebec.com/2019/04/15/les-avions-citernes-nauraient-rien-pu-faire-pour-notre-dame-de-paris Voici le commentaire de
    Normand Lacombe faisant suite à cet article « Ces avions(les canadairs) ont combattu l’incendie du centre commercial Place du Saguenay en 1980 avec une cinquantaine de largages. On a utilisé les CL-215 parce que la pression de l’aqueduc était trop faible parce que trop sollicité. À l’enquête du Commissaire aux incendies, on a démontré que la masse d’eau qui écrasait la structure, générait un déplacement d’air tel qu’il projetait les tisons à l’intérieur du bâtiment multipliant les foyers d’incendie, propageant et attisant l’incendie au lieu de l’éteindre. (C’est un bâtiment plat et vaste et non une haute cathédrale). Une tranchée faite à la pelle mécanique a épargné Sears, seul commerce sauvé des flammes. Et puis… Un « Canadair » pourrait-il puiser sur la Seine aussi facilement que sur le Saguenay ? »

  9. De toute facon nos canadair sont basés dans le sud donc il aurait été trop long de les faire venir.
    Par contre je ne suis pas d’accord sur le fait que larguer de l’eau par avion aurait été trop dangereux, que le poids de l’eau aurait été trop violent pour le toit. Or il suffit de l’arguer plus haut pour que l’eau s’éparpille en gouttellettes comme une pluie. Pour un feu de foret oui on largue bas pour briser la puissance du feu en le noyant sous des trombent d’eau mais là on aurait pu le faire de plus haut.
    Certes le survol de Paris aurait été trop dangereux, car un largage, plus haut aurait été imprécis et genants pour le perosnnel au sol et les habitations, cela dit je pense qu’un largage plus haut pas hélico aurait été possible. Le problème c’est qu’ils sont tous dan sle sud, aucun n’était dispo pour Paris.
    En tout cas il va falloir un peu repenser à nos matériel, il est clair que les grandes échelles parisienne sont trop courtes, 30m, il faudrait un peu regarder du coté des pompiers de NY qui ont des échelles allant jusqu’à 112m. Ne serait ce que pour les tours de la Défenses. Ensuite je pense qu’il va falloir revoir les normes de sécurité de ce type de chantier.

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